alors, on n'a pas le droit de réécrire l'Histoire (Simone Veil - L'aube à Birkenau)
Aujourd'hui, je me réjouis de penser qu'on rend hommage aux Justes. Deux mille personnes environ ont reçu la médaille des Justes décernée par Israël après une très longue enquête. Mais il y a eu des milliers d'enfants qui ont été sauvés, et, très souvent, ceux qui les ont protégés n'ont rien demandé, ils ne se sont pas manifestés ou se sont bornés à dire que ce qu'ils avaient fait était normal. Ils se sont simplement révoltés contre une injustice insupportable.
Il y a eu de nombreux réseaux de sauvetages d'enfants : par exemple l'OSE ou les réseaux des couvents qui ont caché les enfants ou les ont fait partir en Suisse. Mais des gens très simples, isolés, ont souvent recueilli un enfant au moment où la police française ou la Gestapo arrivait chez eux. Ils ont simplement dit : "Ah non, cet enfant c'est le mien !" Et ils ont gardé l'enfant à leur charge pendant des années. On parle souvent de la rafle du Vél' d'Hiv, de sa monstruosité. Les Allemands avaient pensé arrêter 25 000 personnes, ils n'ont pu en arrêter que 13 000.
Beaucoup avaient été prévenues, alertées, et même sur le moment, sauvées par des Français.
Alors, on n'a pas le droit de réécrire l'Histoire. Il est tout aussi inexact de dire que tous les Français ont été formidables que de prétendre qu'il n'y a pas eu de Français courageux. Il est difficile d'évoquer la période de l'Occupation en images, d'en restituer toutes les dimensions, d'en faire revivre l'atmosphère sans parti pris.
Lacombe Lucien de Louis Malle m'a semblé inexact, avec des images peu vraisemblables. Quand à la restitution cinématographique de la Shoah, l'entreprise me paraît presque impossible.
Simone VEIL
l'aube à Birkenau
(propos recueillis par David Teboul)


















