
avec les croqueurs de mots
Pour lundi 14 novembre :
Jeanne Fadosi nous demande d'évoquer une histoire réelle ou imaginaire avec une horloge ou une pendule ou un réveil, une montre, un chronomètre, une horloge pointeuse,un cadran solaire ou pourquoi pas le sablier pour les œufs à la coque ou un jeu comme le scrabble etc, ou encore un métronome (un seul ou plusieurs instruments) en prose, en vers, en dessin, en mélange, peu importe, juste faire « pas trop long » pour favoriser la lecture des uns et des autres.
Ne connaissez-vous pas Blaise et Luciane, les marchands de temps rue des Eglantiers à Petite Ville sous les Bois ?
Ne dites pas non, beaucoup ont recours à leurs services en toute discrétion. D'autres les rencontrent près des églises en déshérence, à minuit au bord des mers bleues ou dans des lieux peuplés par les renards, les sangliers ou les chouettes enchantées.
Vous secouez la tête, non, vraiment, nous ignorons tout de ce couple hasardeux, vendeurs de temps. Alors, suivez-moi, et ne dites pas un seul mot, suivez et écoutez. Ce n'est pas trop loin, la vitrine est reconnaissable avec ces horloges, suisses, comtoises ou chinoises. J'ouvre la porte, et un premier son, un tintement gracile, et la porte refermée, un son d'ici, grave, un son aigu, de là, un chœur de sonneries nous accueille. Chut ! fais-je signe. Le tout sonne avec harmonie et joie. Du fond, viennent Blaise et Luciane, un couple de 50 ou 60 ans, habillé de jeans bleus, et chemises multicolores. Bon, font-ils, bon, c'est bon ! Les horloges vous acceptent. Si votre odeur leur avait déplu, vous n'auriez entendu que sons désaccordés et là, pas de commerce du temps.
Et bien voilà, chers amis, pourriez vous me vendre une écharpe de temps, soyeuse, lumineuse ? C'est pour ma grand mère de bientôt 100 ans, ses souvenirs se sont envolés, celui de son mari, de sa mère chérie, de son amie d'école. Juste quelques minutes parfumées de sa vie d'antan.
Les vendeurs se concertent, conciliabule, gestes amples, clin d'oeil et Luciane décroche de l'armoire comtoise, une écharpe aux teintes de l'arc-en-ciel qui se met à voleter et entourer chaleureusement mon cou. Pour le paiement, que désirez-vous, je suis prête à vous entendre. Blaise propose que je donne cinq minutes de ma vie, quelque chose de neuf, quelque chose de léger à moins que vous préfériez venir avec nous demain matin, recueillir la rosée ourlant les herbes du jardin public, la saison est favorable, jours de novembre, se préparant à l'hiver, vous nous serez utile pour la récolte ?
A peine ai-je répondu à leur souhait d'être aidé, qu'une de vos voix surgit, Pardon, je m'excuse, mais je suis intéressée aussi par un de vos objets. Le bébé de ma soeur souffre d'une bronchiolite, sa vie est incertaine. S'il vous plaît aidez-moi ? Les marchands se concentrent, lui demandent de se rapprocher, Et doucement, ils lui donnent une jolie montre ancienne, une montre Lip, on dirait . Portez là, toute la nuit, mais d'abord, il vous faut vous rendre à l'hôpital et chanter une comptine à l'enfant, et demain, oui demain matin, à 7 h, nous accompagner pour ramasser la rosée des champs. C'est vous qui tiendrez le bol et dans un sourire gourmand, Blaise rajoute, un croissant aux amandes pour petit déjeuner ensuite.
Les horloges, réveils, montres se mettent à sonner, de plus en plus fort, il est l'heure de rentrer, de s'embrasser (pas de Covid19 à Petite Ville sous les Bois), de se dire au revoir et offrir nos présents.