J'avais rendez vous à 18h45 avec mon frère, ce soir du concert de Naïssam Jalal ; auparavant, j'ai fait une rencontre vivifiante, émouvante. Un porte monnaie à acheter pour un autre anniversaire à venir ; la vendeuse, belle femme, visage large, cheveux jais, yeux pétillants et douceur de son corps, m'aide à choisir sans rien m'imposer. Finalement, le porte monnaie sera rouge.
Nous allons à la caisse ; elle parle gaiement de ces anniversaires de maman, le même jour que leur fille. Comme ma soeur et ses vingt ans d'écart avec Claire. Son accent est intriguant, pas polonais, ukrainien peut être. Je lui pose la question. Elle est Arménienne ; son cœur chante lorsque je lui décris son pays vu en hiver 1980. Le mont Arara, l'arche de Noë qui y amerrit, les églises orthodoxes dans les grottes, le massacre des Arméniens par les Turcs. La gentillesse des gens, bien différente de la froideur institutionnelle moscovite.
Elle sourit, me dit que son cœur est touché. Nous nous séparons, heureuses de ce moment intime. Et je me souviens de cet avant lointain.
Mon frère arrive, légèrement en retard, s'étant trompé de lieu de rendez-vous. Vite nous filons dans un restaurant à hamburger. Ceux ci sont originaux ; le pain est soit remplacé par des gaufres ou par une crêpe. Nous choisissons les hamburgers gaufres. Végétarien pour moi, poulet pour lui. La salle est froide, nous sommes seuls, du jaune, des coussins sur les banquettes. Ai-je bien choisi ? Puis le serveur arrive, remet le chauffage en route, dépose les plateaux sur la table avec le sourire. C'est bon, plus de goût que chez le roi des hamburgers. En partant, je félicite le serveur et le cuisinier, hommes de pays différent, l'un de Turquie peut être, l'autre d'Inde ou du Pakistan. Moment de bonheur.
Le spectacle se passe, nous sommes placés plutôt vers l'avant (au 7ème rang). En sortant, visite aux toilettes, passage obligatoire, je rencontre Carmen. Ses cheveux sont blancs, mi-longs entourant son visage, sa jupe, large. Prête à danser, à rire. Heureuse d'être en retraite depuis 5 ans, elle était bibliothécaire dans mon quartier (la médiathèque qui a brûlé en juin 2023). Elle s'occupait du rayon spiritualité.
J'aime ces rencontres placées sous le signe de l'instant, de l'immédiateté. Elles sont le bonheur en concentré.
"le bonheur, c'est le métier de l'existence" Fabrice Midal
La semaine a commencé par l'anniversaire de mon frère. Les enfants avaient dessiné et j'ai oublié de photographier le dessin de Victor représentant une flûte de pan.
Christian aime le jazz et en joue. Contrebasse et piano électronique. Sa pièce de vie est remplie de cd et de disques en vinyle.
Comme cadeau je lui ai offert une place au concert de Naïssam Jalal qui chante et joue de la flûte traversière.
Elle présente son spectacle comme une série de paysages qui se succèdent. Promenade dans les rizières au petit matin, Delhi son brouillard et ses larmes, Bénarès et ses fidèles demandant leur pardon en se baignant dans le Gange, et entre chaque paysage, la tanpura continue à chanter ses quatre cordes.
Un autre paysage nous donne un moment difficile de sa vie où elle n'arrivait plus à nager, elle ne s'est pas noyée mais laisser être, porter.
Elle nous prépare à la fin de son spectacle. Après ce paysage, le silence adviendra, n'applaudissez pas, soyez emportés par la puissance du silence.
Lilousoleil nous propose pour ce défi :
de nous mettre dans la peau du Loup ou de la Grand-Mère du petit Chaperon Rouge, d’écrire un petit texte sur le thème ci-dessous.
« Le loup présente ses vœux à la grand-mère du chaperon rouge »
Il est une fois,
Il fait froid, de la neige dans la forêt, et j'ai faim (je suis une louve) : Ouh ! Ouh ! hurle-je dans l'air, me sens abandonnée, la meute de Loup blanc, partie chassée, me laissant seule. Et je vois soudain une presque adolescente , qui chante, lance des boules de neige.
"Vive le vent, vive le vent,
Vive le vent d'hiver"
Elle me voit, recule, s'arrête. (peur ou surprise ?)
Celle à l'anorak rouge porte un sac ; elle n'avance pas vers moi, mais prend une cuisse de poulet bien rôti et la dépose à ses pieds, partant prestement.
Voilà comment notre histoire a commencé. Après ce fut une tranche de porc, des haricots et même une boite de raviolis achetée en ville. Et en cet hiver rigoureux, elle chante toujours :
Dans les grands sapins verts
Oh ! Vive le temps, vie le temps
Vive le temps d'hiver.
Alors, elle me raconte, sa maman qui l'envoie chez sa grand mère porter un repas et le partager ensemble. Des moments radieux, doux ; l'ancienne n'a pas voulu emménager en ville et continue à vivre dans son petit chalet en pente.
Elle dit à sa grand mère qu'elle n'aime plus le poulet ni le porc ni toutes les viandes animales. Durant les repas chez sa maman, elle se sert un peu plus pour me gâter toujours davantage. Et un jour, fameux jour, je me suis laissée caresser, oh juste un tout petit rien car je suis sauvage et ma meute m'a tant prévenue contre les humains. Bon, Emilie n'a pas de fusil, ni arc et flèches.
Boule de neige et jour de l'an
Et bonne année grand-mère.
Et un jour de janvier, puis un deuxième et un troisième, j'ai suivi la petite demoiselle rouge de 11 ans jusque chez la grand-mère. Une grande dame au chignon blanc, ses bras largement ouverts pour embrasser sa chère petite.
Et bien le quatrième jour, Emilie me dit assieds toi ; mamie veut te souhaiter une bonne année.
Et je hurle comme je peux
"Et bonne année grand mère".
note :
Après avoir écrit ce défi, je me suis rappelée que vers 11 ans, je passais dans une petite rue pour me rendre à l'école, à 20 mn de la maison. Un chien aboyait fort devant sa porte et m'apeurait. Tout doucement nous nous sommes apprivoisés, (grâce à mes petits dons aussi). Puis j'ai connu son papy , et plus tard le chien me suivait de plus en plus, jusqu'au porche de notre école. Un bon souvenir.
Pour ce premier défi de l'année Marie Chevaliernous propose une réflexion sur une situationdonnée et il faudrait que ces cinq mots y figurent : plaisir, joie, tendresse,film et gentillesse
Il y a vingt ans, vous avez connu un(e) ami(e) et vous vous êtes tout de suite entendus. Vous êtes toujours en accord quand vous parlez des grands problèmes de société. Il (ou elle) sait tout de vous et réciproquement ; tous vos petits secrets mais nous ne vous êtes jamais rencontrés « en vrai ».
Comment ressentez-vous ou ressentiriez vous cette situation ?
Dites-lenous !
Klara et Audrey sont des sœurs d'âmes, oui, oui ! Je suis la fille d'Audrey et maintenant à presque 40 ans, ma mère me confie que l'été dernier elle a rencontré Klara dans un petit bourg d'Auvergne après 20 ans d'échanges bloguiens.
Leur amitié a commencé par des petits bouts d'histoire à tricoter sur le blog de Klara. Quel plaisir pour Audrey, de mettre des mots ! Un vrai film que ces mots enchaînés, des contes imaginaires. La blogueuse bretonne avait une inspiration intarissable.
Elles ont partagé leurs lectures, Bernard Werber, Chogyam Trungpa et le chanteurFlorent Pagny. Plaisirs et peines aussi, les enfants adolescents qui commencent à se faire une vie ailleurs, les parents malades et qui décèdent et tendresse aussi, amours de nos chiens, chats. Elles habitaient loin, alors elles ont franchi le pas en échangeant par mails, de longs mails. Puis elles se sont téléphoné, leurs voix entremêlées, l'une commençait l'autre continuait.
Je connaissais leur histoire d'amitié mais ma vie me prenait ailleurs, amour, travail, puis maison, enfants. Maman a quitté son entreprise de plus de 40 ans, la retraite ! Son amie est partie de Bretagne pour le Massif Central. Et c'est là qu'avec douceur, j'ai proposé qu'elles fassent connaissance.
Elle hésitait, pas trop son truc de parcourir la France. Mais maman, lui dis-je, vous êtes en vacances à 50 km de sa nouvelle maison !
Et aujourd'hui, elle est si heureuse de me raconter leur première rencontre en vrai : "c'est comme si nous nous étions vu la veille". Elle m'a prise dans ses bras et nous sommes parties nous promener avec les chiens autour d'un lac. Les maris nous suivaient, papotant.
Et pas de point final à cette amitié et même merci à Internet, les smartphones et toute la technologie décriée. Des photos ont été prises et échangées.