rose
Rose
Enfouir son nez
dans le coeur de la rose
blanche, douce, franche.
Fondre, se dissoudre
dans sa fragrance
chair, âme, grâce.
Oublier la personne
dans l'éphémère
parfum de la rose.
Agab (06/19)
Photos, poésie, extraits de livre
Rose
Enfouir son nez
dans le coeur de la rose
blanche, douce, franche.
Fondre, se dissoudre
dans sa fragrance
chair, âme, grâce.
Oublier la personne
dans l'éphémère
parfum de la rose.
Agab (06/19)
Morts
Au flanc de la colline
piquetée de vignes
reposent des hommes
des femmes, soldats
et civils. Tous morts
en 1945, janvier, mars.
Les croix en pierre sombre
portent les noms, les âges.
Et près des herbes folles
mêlés,
les Allemands, les Polonais
ou Russes ; de l'ombrage,
un ciel étincelant, la fureur
s'en est allée ailleurs.
A Colombo, jour de Pâques,
églises détruites, 300 morts
Et des cris et des larmes.
Paix précieuse, revient !
Agab (04/19)
Je suis à sec
Mon personnage se fige
Les mots pour décrire,
maison, auto, vélo
pour dialoguer,
Vendredi, étiez-vous là ?
Mon personnage se fige
Je m'assois, il est muet.
Avez-vous songé à le nourrir
de votre vie, des pruniers en fleurs ?
Peut être a-t-il de la peine !
Ou souhaite-t-il un autre chemin ?
Demandez-lui intimement
N'est-il pas un peu vous ? Il répondra.
Agab (04/19)
Foi
Entendre les sons grinçants
d'une Eglise trahie par
des prélats, des prêtres
asservissant les faibles
Entendre et laisser faire
et se démêler le blé
de l'ivraie dans les fois
d'ici ou là-bas
Et sourire en écoutant
les explications alambiquées
motivant les religions
et croire en l'Amour pacifiant
Je n'ai pas besoin d'autres
intronisations chrétiennes
pour être prêtre, prophète et roi
Mon baptême a suffi.
Agab (03/19)
Réconfort
Ensemble, être peinés,
partager, dire des mots
ensablés dans nos cœurs.
Nos proches malades
d'une maladie vicieuse
trompant leurs neurones
et nous, sans savoir
pour les dépêtrer.
Hors de notre monde
et des codes habituels
dégoulinant sur leurs faces.
Partager, dire des mots
s'échappant par vagues,
prier, s'embrasser
et repartir sans miracle.
Juste être bien ensemble
à recoller les morceaux
de nos coeurs abîmés.
Agab (01/19)
Le gilet bleu
Il est un petit gilet bleu
dont la teinte
ressemble aux yeux
des blondes nordiques.
Ce gilet dont personne
ne veut aux soldes
des soldes
a la douceur moelleuse
apaisant l'hiver rude.
Il était dans l'armoire
attendant ce jour,
neige en tas légers.
il me revêt
et chante la paix.
Agab (12/18)
Capitaine Asfree pour le défi du lundi, le dernier de la saison , propose :
Quelqu’un est sur le pas de sa porte, à votre avis que fait-il ?
Sur le pas de sa porte, Roland se gratte la tête. Il ne sait pas quoi faire. Ce type venu remuer le passé, son passé, n'arrange rien !
L'histoire commence le 6 juin 1944, Ouistreham, dans le ciel des parachutes, dans la rue des Anglais, des Allemands, du bruit et tous ces morts qui jonchent le sol. Il a 5 ans, pour lui, le sens de la guerre est incompréhensible, juste qu'aujourd'hui, sa mère, ses grands parents, sont aux fenêtres et parle des "boches" qui vont enfin payer pour ce qu'ils ont fait.
Le 6 juin 1944, à Ouistreham, il est tout gamin, habillé d'un sarrau bleu, et il a ouvert la porte ; il est sorti pour retrouver Jean et Germain, jouer au ballon ; à 5 ans, la vie est normale que l'on soit en guerre ou pas et jouer est vital. Puis le ballon est perdu, dans la rue claquent des bruits d'armes, des mitraillettes et devant lui, deux morts, puis trois, et dix ; du sang, des armes à terres, des militaires et aussi des civils. Il se recroqueville dans un coin de la place, tout près d'un arbre, et un soldat se penche vers lui, le console et lui offre un pingouin en peluche, un tout petit pingouin grand comme ses mains. Déjà, il part plus loin, le laissant seul et fier de son nouvel ami.
Aujourd'hui, 6 juin 1964, un homme a frappé à la porte, et Roland a ouvert. Peut être un représentant, un homme bien habillé, la quarantaine, venu vendre une encyclopédie. Seulement il n'a pas besoin d'une encyclopédie. L'homme se présente : "Aël Guillot" ; il hésite, il reste quelques secondes sans parler, regardant Roland . "Bonjour, j'étais dans le commando Kieffer, j'ai débarqué à Ouistreham en 1944 et j'ai appris par Monsieur le Fauconnier, maire de Ouistreham, que vous étiez le jeune enfant à qui j'ai offert une peluche !".
Derrière, Roland, arrive sa femme, s'essuie les mains sur son tablier et dit :"Entrez, Monsieur, entrez, vous boirez bien un café !". Les deux hommes sont intimidés et Lucie, petite abeille vive, tire une chaise, pousse un bouquet de fleurs, sourit et fait tout pour mettre à l'aise les deux hommes. Elle apporte un morceau de tarte à la rhubarbe. Et Aël reprend son histoire, toute son histoire, infirmier il était dans ce groupe, un grand jour où les décisions se prennent seul, dans l'instant, beaucoup de camarades morts, et des blessés, la peur que cela tourne mal, la joie de fouler le sol de la France et le souvenir de ce petit enfant, dans son sarrau bleu, de ses larmes. Lui offrir son fétiche, celui remis par tante Lisette avant son départ de la maison en 42, il a 17 ans tout juste pour rejoindre le Général à Londres.
Les mots s'écoulent, torrent puis rivière, son regard est perdu dans le passé. Et soudain, il s'arrête : "Et vous, Roland, vous souvenez-vous ? Avez-vous encore le petit pingouin ? ". Le jeune homme ouvre sa bouche, un peu comme un poisson. Dire que l'on a encore un petit pingouin à 25 ans, qu'on l'a conservé, ce confident, cet ami dans les joies et les tristesses, pas facile pour un homme. Finalement, il se lève et va dans une pièce adjacente, revient tenant dans ses mains, une boîte ronde, bleue. Dedans, la peluche est couchée, bien un peu vieillie, les couleurs ternies, même du tissu utilisé pour ravauder les ailes. Et Germain de confier que sa maman est décédée peu de temps après la fin de la guerre ; elle avait marché sur une des nombreuses bombes laissées là. Tous ont eu beaucoup de chagrin et Dédé, son pingouin aussi ...
La boîte bleue est déposée sur la table, Aël remercie, dit qu'il va prendre congé. Les deux hommes se serrent la main, fortement, longuement. Il tend à Germain, sa carte de visite : "J'aimerais vous revoir, vous et votre épouse, je serai à Cabourg tout le mois d'août avec ma famille ".
Sur le pas de sa porte, Roland se gratte la tête. Il tergiverse sur l'attitude à prendre. Lucie le prend par la main, elle ne se pose pas de questions. "Voyons Roland, nous irons à Cabourg avec Maurice, nous irons leur rendre visite."
La porte se referme ; plus loin un homme sifflote, il est heureux. Il reverra Roland et sa petite famille. Il a vu beaucoup de livres chez l'homme, des romans, des livres de poésie. En son for intérieur, il songe à ce petit garçon qu'il n'a jamais eu, il songe à cet homme, peut être s'entendront-ils et voudra-t-il travailler avec lui dans sa maison d'édition ?
Note :
A la radio, hier, un homme racontait son histoire de soldat, le débarquement comme infirmier, le petit enfant, le pingouin, puis la rencontre ... dans cette histoire l'homme a rencontré une jeune femme grâce à une émission de France Inter dans les années 60. Je l'ai senti déçu, il était presque muet, il était si certain que l'enfant était un garçon. J'ai voulu lui offrir une autre rencontre. Si vous souhaitez en savoir davantage sur lui, il s'appelait Gwen Aël Bolloré.
Orchidées sauvages*
Innocente fleur
juchée sur son pied,
elle tend sa hampe
vers le ciel, rose
rose presque fuchsia
Innocente orchidée
dont la soeur fleurit
à 20 mètres d'elle.
D'où sont venues les graines ?
Elles ont survécu à la tonte.
Elles risquent d'être cueillies
puis jetées plus loin.
Trésors insécures
Dans la banlieue. Fragiles.
Je tremble pour vous.
Agab (05/19)
*
anacamptis pyramidalis
Jean est donc toujours dans un coin de Provence quand ses parents viennent le trouver. A ce moment, beaucoup de gens croyaient qu'il n'y aurait pas la guerre et donc la mère et le beau-père avaient décidé de le faire marier avec cette jeune fille qu'il connaissait depuis l'âge de 16 ans. Donc cela arrive et ce qui devait arriver, trois mois après, c'est la guerre et du midi départ pour l'Alsace sur le Rhin près de Saint-Louis jusqu'au jour de repli circonstancié pour aller se faire coincer près de Dannemarie (Haut-Rhin) et en prendre pour lui, pour deux ans dans un camp en Allemagne d'où il finit par s'évader en 1942 au mois d'août.
Il arrive chez ses parents qui lui avaient écrit au sujet de sa femme. Elle avait fait comme malheureusement beaucoup d'autres des grosses bêtises. Lui qui venait de s'abrutir deux ans là-bas, sur le coup était d'accord pour le divorce....
... le divorce a été refusé, le juge estima que le ménage n'avait pu se former normalement. (10 jours ensemble en 3 ans de mariage avec la guerre).
... Il trouve une place d'ajusteur dans une usine qui fabrique des arbres à cames. Il n'est pas trop mal vu mais il tombe malade, crise de sinusite et au bout d'un mois, il reçoit une convocation du S.T.O. (service du travail obligatoire) pour aller passer une visite pour voir si on peut le recruter. Il se renseigne auprès d'un gars de l'usine qu'il sait être de la résistance ; celui-ci lui apprend que la secrétaire a du le signaler comme réfractaire au travail. De là, il se rend chez son docteur et lui explique la situation. Celui-ci lui dit que si vous savez boiter, vous prendrez une cane et vous fournirez le certificat que je vous donne, ce sera bon. Il a donc boité et est sorti tous les jours avec une cane et le jour, où il s'est présenté, le certificat parlait de sciatique. Il a été sauvé du S.T.O. ; il valait mieux car s'il était passé en zone occupée, il aurait risqué de repartir en Allemagne. Par la suite, il se cacha dans un coin de campagne et à la Libération, il s'engagea pour trois mois comme gardien militaire dans un camp de prisonniers.
...
Jean ROSSILLOL
extrait de sa biographie
1939
... Il fut maintenu dans l'armée à cause de la guerre qui risquait d'arriver, changé de région pour former un bataillon de rappelés avec beaucoup de réservistes, pas loin de la frontière d'Espagne, pour garder dans les camps de pauvres gens qui fuyaient devant le caudillo.
Là, ils leur ont souvent rendus service. Avec eux, se trouvaient beaucoup d'officiers de réserve dont le capitaine de leur compagnie qui était commerçant à Roanne. Il leur demandait de garder mais pas de sévir. Il considérait lui que tous ces gens étaient des victimes d'une guerre fratricide engendrée par les gens du Caudillo. Le grand responsable en France de ces camps était un certain maréchal * qui n'avait qu'invectives au sujet ce ces pauvres gens ; il n'était pas ambassadeur chez le Caudillo pour rien.
Je peux affirmer qu'il y avait des gardes mobiles qui gardaient les portes d'entrée au camp pire que si cela avait été des criminels. D'ailleurs un jour qu'il était venu ; tous les corps et les bataillons du secteur avaient été réunis au Barcarès et dans son discours, il avait bien insisté sur le terme de crapule vis à vis d'eux et demandé aux gardes mobiles de punir ceux qui cherchaient à sortir en leur faisant creuser des fosses dans le sol comme cela se pratiquait aux colonies et de les mettre nus en plein soleil toute la journée sans manger ni boire.
Nous n'étions pas loin d'un certain Dodolf. Là-dessus après cette séance, le capitaine les avait convoqués et demandés de ne pas se rendre complice de telles pratiques. Et, comme quelques jours après avec d'autres camarades, ils voyaient les gardes mobiles maintenir des réfugiés allongés à plat ventre sur le sol, nus jusqu'à la ceinture et leur maintenant les portails d'entrée sur le dos, ils ont prévenus leur capitaine. Immédiatement, celui-ci a été rencontré le chef de bataillon pour qu'il fasse cesser de telles façons de faire. Ils sont partis tous les deux voir le commandant des gardes mobiles et lui ont dit de faire arrêter immédiatement ces brimades sinon ils y enverraient la troupe pour arrêter. L'autre se plia à leur demande. Ils eurent donc gain de cause. Seulement, deux jours après leur bataillon était envoyé vers un autre camp, pas besoin de chercher d'où le coup venait.
* maréchal PETAIN, ambassadeur de France en Espagne (mars 1939 - mai 1940)
Jean ROSSILLOL
(1917-2004)
(extrait de sa biographie)