Petites graines
Photos, poésie, extraits de livre
Défi 197
Voici notre amie Fanfan à la barre des « Croqueurs de Môts « pour la quinzaine qui arrive : Défi N°197
Elle nous propose donc de dire ce que nous inspirent ces chaises. (En espérant qu’elles nous inspirent )
Pourquoi sont-elles là ? Que font-elles là ? Qu’attendent-elles ? Qu’ont-elles vu ? Etc …
Et pour corser le tout, elle nous demande juste de glisser deux fois le mot « chocolat » dans votre texte en vers ou en prose.
........
D'abord, une ombre se formalise, s'épaissit, un homme âgé prend forme, un peu étonné, à peine. Sur la deuxième chaise, une femme à la si belle peau chocolat, se dessine peu à peu, un rien essouflée. La troisième chaise sursaute , une adolescente, cheveux fous, sortant de l'hébétude d'un mauvais réveil, apparait.
Tous trois se regardent et voient devant eux, la grande bleue, sentent le bon air des soirs d'été, ne serait-ce ce silence, cette absence des cris de mouette, ce vrombissement des insectes.
Ici, c'est le purgatoire, la salle d'attente des hommes défunts.
Nous, la trinité, ou nous, les anges, ou nous, l'océan ultime, sommes patients, laissons les anciens vivants s'accoutumer.
Nous leur restons invisibles.
Ils aiment être ensemble. Jean, l'ancien qui a vu son énergie être aussi menue que la flamme d'une bougie. Mariette, l'Africaine à la si belle peau chocolat, oublie cette mort durant l'accouchement de son enfant, confiante soudain en ses proches pour l'aimer. Jade, n'a rien compris. Elle écoutait Louane, un train qui s'enfile dans son bus et là voilà sur cette chaise, avec ses deux humains au beau sourire.
Aucun ne dit un mot, simplement ils en viennent à se tenir par la main et à se laisser absorber par le paysage.
Nous attendons, nous les connaissons.
Et lorsque nous apparaîtrons pour leur poser la question :
"L'un de vous va au paradis, les deux autres .. "
Sur un ton enthousiaste, les mots s'entre-croisent :
"oh cher ancien, c'est bien juste que vous rejoignez le grand jardin !"
"Ah ma petite demoiselle, votre jeunesse sera si bienfaisante là-bas"
"Madame, allez-y, vous y retrouverez la joie de vivre !"
Nous, nous sourions
bons, mauvais, riches, pauvres, jeunes, vieux, malades, en bonne santé, ils sont rares ceux qui sont pur égoïsme.
Pour ceux-là, ils ont le choix, l'enfer de la solitude, le retour sur Terre, ou sur Terre Nova.
S'ils le souhaitent, ils seront cincle plongeur ou abeille même chat.
Déjà, Jean, Mariette et Jade rejoignent le monde harmonieux, les trois chaises, un instant, restent seules.
neige dominicale (10/12/17)
au revoir Messieurs Jean d'Ormesson et Johnny Hallyday
Tout le bonheur du monde est dans l'inattendu
Jean d'Ormesson (16 juin 1925/5 décembre 2017)
Ce qui rend heureux, c’est d’être heureux
Johnny Hallyday (15 juin 1943/6 décembre 2017)
Jour de Saint-Nicolas, sauveur d'enfants martyrisés, le ciel est à la peine, gris des jours ordinaires. Deux hommes et plus ont disparu, leurs souffles charmants, vibrants, joyeux se sont éteints.
Hier, l'homme aux yeux pétillants, Jean d'Ormesson, le noble, l'homme des vieilles familles a rejoint l'insondable mystère. Aujourd'hui, le chanteur Johnny Hallyday après un combat chevaleresque contre le crabe, la maladie tapie au fond de chacun.
Le rocker des années soixante apportait la joie dans les foyers à la télévision noir et blanc. J'avais 7 ans et nous les enfants et elles, les mamans, riaient de joie. Un homme de scène qui en prenant l'âge des retraités continuait sa farandole avec la musique bien-aimée. Hier l'académicien souriant avec facétie et bons mots se rappelait à nous sur les chaînes télévisées et les radios. Aujourd'hui, les souvenirs déferlent accompagnés d'accords de guitare.
Ma jeunesse s'est dispersée, poussières de sable. Chaque jour des vivants, parents, étoiles, éléphants ou minuscules insectes, ou enfants à peine nés, cessent de respirer. Avec révérence, je les salue avant que le temps ne vienne où vous et moi, rejoindrons le cercle des disparus.
photo de Jean d'Ormesson : Crédit Média : Yves Calvi | Durée : 01:08:55 | Date : 05/12/2017
photo Johnny Hallyday : Paris en mars 2011 / Charles Platiau/Reuters
dessin de Jacques Gauvry (Ouest France)
Défi 196
Pour l'inconnu témoin de sa nuit après les années de jour
pour Céline qui aussi ne voit plus
Il y eut un jour
Merveille de l'arc-en-ciel
Acuité des regards échangés
Chatoiement des paysages
Bleus multiples des océans
Humilité des fleurettes tapies
Il y eut ma nuit
Et la douceur des voix
Et la caresse du soleil
Et le velours de l'obscur
Je caressai le chat roux
Sa beauté me traversa.


















































