Ainsi en va-t-il du beau à l'ère démocratique, où nous jouissons tous ou presque, et c'est tant mieux, d'un droit d'accès à la beauté. Le tourisme fut en effet avant tout une façon pour ceux qui en avaient été privés, de profiter des chefs-d'œuvre de la culture et des merveilles de la nature, jusqu'alors réservés à une élite. Mais comment nier que cette pratique louable soit devenue une industrie polluante et une part abêtissante ?
Je me méfie toutefois de l'unanimité critique envers le "surtourisme" ; elle permet de condamner à bon compte : le touriste, c'est toujours l'autre. Celui qui ne voyage pas distingué, qui n'avance pas "hors des sentiers battus" - jusqu'en Antarctique, où sa présence, prétendue raffinée, est néanmoins hautement préjudiciable. Le vrai voyageur est rare, quelle que soit son appartenance sociale.
Pour ce défi 312, c'est Jeanne Fadosi qui s'y colle. Voici ce qu'elle attend de nous !
Vous êtes les heureux lauréats de la troisième croisière de la nouvelle saison.
Outre les bagages recommandés pour cette aventure, vous pouvez emporter 10 objets pour votre convenance personnelle (petits contenants acceptés).
Vous expliquerez d'une courte phrase par objet vos motivations.
Contrainte, les noms et/ou expressions de ces objets doivent, ensemble, utiliser le maximum de lettres de l'alphabet, idéalement les 26.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Pour la consigne, vous pouvez mettre les lettres utilisées en caractères gras (ce n'est pas une obligation)
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ABCD EF GH I J K L M N OPQ RSTUV WX YZ
Pouah, en découvrant que je suis l'heureuse gagnante d'une croisière, je fais la grimace ; je crains la mer, je n'aime pas boire, ni manger à profusion, ni jouer au casino, ni aller aux spectacles. Pas pour moi, je souffle à mon mari, pas pour moi.
Finis de lire le courrier, c'est une croisière sur le Rhône, elle dure cinq jours et tu verras Lyon, Arles et Avignon.
Finalement ce qui me décide, oui, surtout, pas seulement d'aller sur les pas de Van Gogh à Arles, mais rencontrer quelques blogueuses qui sont également d'heureuses gagnantes. Gisèle, Zaza et Martine.
Que vais-je emmener Jeanne ?
un cahier de yoga avec les salutations du chat, de l'enfant, au soleil. Pour le corps et l'âme. Mon corps de septuagénaire s'arthrose, s'ankylose, se rouille.
En second, un carnetorné de jonquilles et en troisième, un bic bleu où je mettrai en mots, les rencontres, les émerveillements, les découvertes.
Parce que je le souhaite, un kimono à l'imprimé de paon, que je porterai dans ma cabine, le soir en regardant le coucher de soleil.
En cinquième, un appareil photo micro 4/3 Olympus (ne demandez pas pourquoi, j'aime m'arrêter et photographier l'instant).
Puis maintenant, en 6ème, 7ème et 8ème objets, des livres
Roman Fleuve de Philibert Humm
(un livre de voyage, l'auteur remonte la Seine de Paris à son embouchure)
Feuilles d'herbe de Walt Whitman
(des poèmes qui m'enthousiasment toujours)
et
Je voulais vivre de Adélaïde de Clermont Tonnerre
l'histoire de Milady des trois mousquetaires de Dumas.
(y vivre les aventures de cette femme vue par une auteure d'aujourd'hui)
Neuvièmement, une écharpe en soie pour les soirées fraîches ou la climatisation trop forte.
Et pour terminer, en dixième un petit sac à dos bleu et jaune très léger.
(et dedans, bien dissimulée la petite chienne Stella qui ne poussera même pas un wouff !)
parce que nous aimons voyager avec elle.
Et dans 7, 5, 3 jours ... ce sera l'embarquement
A bientôt croqueurs et croqueuses de mots.
Et tant pis pour les deux lettres manquantes, je les garde pour le prochain défi !
Comme les histoires de pluie
ou les journaux de bord,
la maladie avait ses arguments.
Je ne me plains de rien. Aujourd’hui, je
maintiens l’optimisme amer avec lequel nous avons réagi,
en septembre 2020,
lorsque les rendez-vous médicaux et la mer de tests
se sont mélangés du jour au lendemain
aux sables de la vie.
Je ne me plaindrai jamais de la
façon disciplinée dont vous avez compté nos pas
pour voir la ville avec des yeux différents,
de la résistance physique et mentale
que la chimio exigeait.
Je ne me plains pas des faiblesses
, ni de Noël sans cheveux
, ni de l’étrange façon de dire au revoir à l’année
où l’amour est passé sous le bistouri.
La pandémie a interdit les visites.
Déguisé en médecin sans manteau,
je suis monté me cacher dans la chambre
5427.
Nous avons divisé les raisins de votre dessert en deux,
en écoutant ces carillons
de la télévision
qui ne sonnaient pas encore éteints.
Je ne me plains pas de tout ce que nous avons fait par la suite,
du corps peu à peu ainsi vaincu,
des fenêtres des hôpitaux,
du fauteuil roulant en 2021,
de la morosité fatiguée de novembre,
de huit heures du matin dans le murmure de la clinique
avec les derniers résultats dans la salle d’attente.
Je ne me plains pas de la peur de tomber,
de la douche difficile,
des transferts difficiles pour arriver à la salle de bain.
Je ne me plains pas
des soins palliatifs,
de la mémoire gazeuse
et des conversations inévitables.
Je ne me plains pas de te voir mourir dans mes bras.
J’ai compris que les voyages et les
livres
avec leurs dédicaces ont toujours été des moyens de prendre soin de nous.
J’ai compris les racines de notre militantisme,
j’ai compris le coût de vouloir
d’une manière aussi complètement vendredi.
J’ai compris l’intrigue de cette histoire
dans la nuit étoilée,
une histoire d’amour,
cette année et ces trois mois,
ces derniers jours qui sont
maintenant, rappelés,
les plus heureux de ma vie.
Luis Garcia Montero
Un an et trois mois. Tusquets, 2022.
(poème traduit automatiquement par le traducteur de bing)
Elle s'appelait Almadena Grandes. Après le COVID, elle eut l'idée d'écrire une histoire, celle qui aurait pu devenir la nôtre. Pourquoi pas ? L'Espagne n'est pas si loin de la France. Un homme venu du peuple, ambitieux, arrive à créer un pouvoir n'étant pas dictature de droite ou de gauche où chaque homme n'aura plus faim, aura sa raison d'être dans la société. De grands centres commerciaux sont construits sous des bulles pour éviter toute infection. Une fois par semaine, c'est le grand jour des courses. Tout semble pour le mieux jusqu'au jour où certains se rendent compte qu'une partie aisée de la population vit à l'air libre, sans crainte de virus. La maladie atteint l'auteur durant son écriture. Malgré sa bataille, elle veut jusqu'au bout écrire, même faire publier une lettre pour ses lecteurs leur expliquant son absence. Son mari l'aide et terminera lui même le dernier chapître de "Tout ira mieux" , selon les échanges avec son épouse.
Je me méfie, je l'ai dit, de l'émerveillement et de tous les émerveillés. Ils me paraissent exiger du beau une prouesse, comme s'il avait pour mission de nous épater, de nous en donner pour notre argent. C'est un peu de l'admiration surjouée et finalement assez convenue ; une forme de narcissisme aussi, qui fait ne jamais s'oublier derrière ce ce qu'on semble révérer. La capacité à s'émerveiller ne dit-elle pas l'âme élevée que l'on a, prompte à la spiritualité, et l'individu merveilleux que l'on est, inspiré et, en cela, inspirant ? La splendeur demande plus d'humilité. Souvent incognito, elle réclame d'abandonner cette logique du donnant-donnant - le monde, oui, mais à la condition qu'il m'émerveille - et cette petite gloire que l'on se fait de posséder un talent.
Proust montre ainsi que ce qu'il y a de précieux dans Vermeer, c'est un petit pan de mur jaune, presque invisible dans sa Vue de Delft. Parce que Vermeer, c'est beau et on est d'accord. Mais sa splendeur réside le plus souvent dans un détail, indifférent à notre regard, ce jaune du mur, quasi imperceptible, qui brille comme un soleil. Il est "si bien peint qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d'art chinoise, d'une beauté qui se suffirait à elle-même". (Proust, la prisonnière). C'est cette autosuffisance, cette brillance, qui fait précisément la splendeur et qui avive mon désir. Cela n'a pas besoin d'être grandiose ou démesuré.
Pour ce défi 311, c'est Jill Bill qui s'y colle et voici ce qu'elle nous demande :
Sur le thème, Chatte sur un vélo de « Alain Séchas » Trois imposés dans votre texte, amusez-nous avec,
« Lavoir, l'avoir, la voir ».
L'habit ne fait pas la féline , ou la soeur, simplement, elle va à toute allure et je ne pouvais que la voir filer devant moi, à Bourg en Bresse, un après midi de septembre. Elle ne prit pas la peine de s'arrêter, la sœurette.
Elle me fit juste un geste vers une haie. Une chaussette y était accrochée, m'attendant pour que je l'emmène au lavoir de Meillonnas à quelques kilomètres de là. Elle pendouillait la coquine, me rappelant que je ne m'étais pas occupée d'elle pour le précédent défi. L'avoir, mais non, elle était faite pour un pied plus grand, plus long.
Je ne supportais pas trop son insistance et lui promit la pluie pour dimanche, une pluie drue, continue, bien longue pour la laver. Et le pied de la Miaou, Miou, était idéal. Seulement comment faire pour l'envoyer en Belgique. Ma fille se prêta au jeu ce week end où avec ses collègues de travail, elles étaient parties sans mari et enfants, à Liège ; elle trouva une certaine Dominique de Bruxelles qui se proposa de la convoyer.