sieste ronde (Oraison juin 2015)

Photos, poésie, extraits de livre



Son souffle
s'est suspendu,
un instant, une éternité
dans le cœur duveteux
d'un nuage gris.
C'était hier
c'était dimanche
elle était et ne sera plus.
Envolées les 90 années
dans sa maison, sa rue, son Borny
disparue la présence vivace
de cette Lorraine fidèle.
Sa maison,
du raisin pour le vin paternel
son histoire
où les Messins endimanchés
fréquentaient la guinguette proche.
Son village
à l'heure allemande
où le maire choisit
les familles à "virer".
Le train,
sa grand-mère malade
le voyage vers la Dordogne
son père à Toulouse.
Trouver à manger, se loger,
la Dordogne était pauvre.
Elle pédalait
pédalait, à ses 16 ans
sur les chemins creux.
Au retour,
la maison dépouillée
les objets chez les voisins,
le vélo à nouveau,
travailler dans un garage
au milieu d'hommes
L'accident,
l'opération, l'année
couchée dans son lit,
le corset ...
Elle grandissait Lucie
Un jour, après,
Robert est venu
l'a épousée.
Ouvrier, il travaillait
dans les usines actives,
La vallée de la Fensch,
désamiantant les installations.
La mort de la mère,
la naissance de Vincent
Toujours présent,
le grand père aimait l'enfant.
Et le maire
vendit le village
à l'affamée messine.
Bradant ses terres,
Du blé, des pâtures ;
une baguette technologique
les changeant en immeubles serrés
en boîtes à ouvriers,
puis à migrants.
Modernisme effréné,
l'enfant grandissait.
Elle, affairée,
conduisait le foyer
droit comme un sillon de blé.
Les maisons serrées
entre Cora, Buffalo Grill,
Jardiland,
Terres transformées
en technopole, ZAC Sébastopol.
Robert se mourait,
l'amiante le minait.
Elle l'aimait
le pleura.
Elle se courbait
les ans passèrent,
et peu à peu,
son champ rétrécit.
Elle souffrait
Ses petits enfants devenaient grands
Son fils a pris quelques rides .
Et avec ténacité,
elle maintenait le cap
85 ans, 90
et un AVC la sortit
de la maison natale.
Les jours d'été
se sont effeuillés
Elle était toute fragile
Elle m'a regardé
longuement de ses yeux
où brillait fortement
son âme.
Elle était ma voisine
depuis 20 ans
Et je l'aimais.
Paix à son âme.
comprendre l'offenseur
De cette manière on arrive tôt ou tard à voir l'autre en le dissociant du mal qu'il a commis. L'autre n'est pas le mal, il ne l'incarne pas, il ne peut être diabolisé : l'autre reste un homme ou une femme qui a commis une action mauvaise, mais chacun est toujours plus grand que le mal qu'il a accompli. Si on n'assume pas ce regard, la seule issue possible est la condamnation à mort de l'offenseur, sa négation au prix de sa destruction. La personne n'est pas un délit qui a une personnalité, elle est et elle reste un être humain.
....
Le pardon affirme que la relation avec l'offenseur est plus importante que l'offense infligée par celui-ci à la relation, et il amène l'offensé à considérer comme passé le mal qu'il a injustement subi, afin que celui-ci ne cadenasse pas l'avenir de la relation.
Au cours de ce long chemin, l'offenseur et l'ennemi peuvent même devenir de grands maîtres, comme l'enseigne la tradition bouddhiste, car lorsque nous sommes contrariés, offensés, critiqués, une plus grande conscience de nous-mêmes peut nous être donnée : un meilleur discernement de notre capacité de tolérance, de patience, de compréhension des autres, ainsi que de notre susceptibilité, de notre réactivité et du potentiel d'agressivité qui nous nous habite. De cette manière, celui qui a été offensé ne nie pas la dignité de celui qui l'a blessé, au contraire il y croit ; la vision du monstre se dissout et laisse place à l'autre, frère ou sœur en humanité, être fragile, capable toutefois de changer et de se convertir.
Si on arrive à dire oui à l'offenseur, alors cesse la peur face à lui : on lui manifeste sa propre confiance, en le libérant d'un poids écrasant et en lui reconnaissant la possibilité de la re-création.
Enzo BIANCHI
Don et pardon
Le dépoussiérage m'accaparait infiniment en ce temps là : doué en rien, je m'étais fait un devoir d'être au moins parfait dans un des domaines les plus communs au service d'une maison.
La poussière m'était devenue une énigme : comment pouvait-elle ainsi s'accumuler, et dans les endroits les plus protégés ! C'était ma rivale de chaque instant, et même le vol précipité de ces particules dans un rayon de soleil me voyait battre le torchon.
J'appris un jour par Matabei que la poussière blanche qui traversait les interstices des tuiles du grenier provenait de l'espace intersidéral. Ma stupeur n'était qu'un désir de comprendre ; j'étais vraiment bête comme un âne à l'époque. davantage même car l'âne, de France ou d'ailleurs, a l’intelligence qui lui convient. Mais j'avais bien envie qu'on m'instruise.
Hubert HADDAD
Le peintre d'éventail
Trêve de la neige ! on oublie les vieux outils dans un état amorti d'ébahissement, reculant l'heure d'empoigner la bêche ou le râteau pour rouvrir les allées.
Avec un plumeau, on dégage un duvet de cygne du bord des fenêtres.
Les passereaux n'ont pas attendu le jour pour commencer leurs minuscules ravages dans les plate-bandes.
Mais le tricotage d'ouate filée n'a pas cessé. L'écheveau des flocons raccomode sans hâte les fraîches empreintes des chats et des corbeaux.
Hubert HADDAD
Le peintre d'éventail


nous rendions nous au Tibet ? en Irlande ?

uniquement au temple de Mercure (reconstitution datant de 1869, musée jusqu'en 1958)
dans les Vosges, en ce jour brumeux, magique

au Donon près de Schirmek (1009 m)

et la vue immense sur la vallée ne nous fut pas révélée ;
toute cette brume nous rappela plus précisément qu'au Néolithique le site était déjà occupé.
De nos jours, nombreux sont les visiteurs, même par ce jour gris et pluvieux.
N'écoutant que nos coeurs, nous sentions toute l'énergie dégagée par ce lieu impressionnant.

