Petites graines
Photos, poésie, extraits de livre
de jour en jour (du 8 au 13 juillet)
Tout ce qui vit est unique (François Cheng)
Tout ce qui vit est unique :
Ce lieu, ce feu, cet instant,
Ce soleil buvant rosée,
Cette bise hélant écho,
Ces gestes nôtres, ce regard...
Quel dieu donc, sinon unique,
Peut-il répondre à nos cris ?
François CHENG
La vraie gloire est ici
Dans cette rue où tout s'écoule... (François CHENG)
Dans cette rue où tout s'écoule
Sans accroc, tout marche sans faille,
Il arrive pourtant qu'en plein jour
Se produise un effondrement :
Une vieille dame qu'on aide à se
Relever, à s'asseoir sur un banc.
"Oh, non non, ce n'est rien ;
Mais pas à l'hôpital !"
"Reposez-vous un peu
Ici, en attendant ..."
"Oh, j'ai bien tout le temps,
Personne ne m'attend..."
Ici, ce jour, entre terre et ciel,
Une vérité est dite ; "J'ai bien
Tout le temps, personne ne m'attend."
Oh, nous les passants trop pressés.
Sommes-nous sûrs d'être attendus ?
Sûrs d'avoir encore tout le temps ?
François CHENG
La vraie gloire est ici
de jour en jour (du 29 juin au 7 juillet)
héliotrope lorrain, mon si joli soleil
qui porte qui ? (Erri de Luca)
....
Le lecteur entraîne auteur et histoire dans son mauvais temps ou en vacances, il le fait asseoir près de lui, et tout en lisant, il remanie également.
Recevoir d'un livre est une action aussi active que celle de l'écrire.
En tant que lecteur, je sais que c'est à moi d'apporter les dernières finitions à ce que je lis, en l'associant à mon existence. Le livre pour moi n'est pas une oeuvre achevée, mais un produit semi-fini. Et pour le finir, le temps de loisir d'un lecteur lui est nécessaire. Le rapport entre eux répond à la question : qui porte qui ? La réponse doit être que le livre porte le lecteur. Dans l'autobus de retour, entre les hommes debout après huit heures passées de bout, le livre devait me faire oublier le poids du corps et du temps de travail.
Il soutenait aussi la main qui le tenait ouvert au milieu des secousses du voyage. Béni sois-tu, livre, qui mènes mes os au terminus. Par chance, je descends au dernier arrêt, j'aurais manqué un arrêt intermédiaire.
Mais si le livre se hasarde à me demander de le porter, d'ajouter ses misérables grammes aux quintaux de la journée, alors va-t-en au diable, livre, je ne suis pas ton porteur. Tel a été et reste l'échange inégal entre la matière écrite et son lecteur.
Erri de Luca
Le plus et le moins
Et si je vous demande de nous confier le titre d'un livre qui vous porte actuellement et vous a porté hier ou avant-hier, lequel nous partagerez-vous ? Peut être volera-t-il jusqu'à nous comme une petite graine.
Et maintenant (Erri de Luca)
Et maintenant
Elle arrive à l'improviste,
elle dure autant que les cercles dans l'eau après la pierre,
elle interrompt les pensées, la mélancolie,
elle est sans réservation, sans rendez-vous,
la mystérieuse miette du bonheur.
Celui qui la reconnaît trop tard
lui fait un signe à la mémoire
du temps où elle était là et il ne la connaissait pas.
Il veut souffler dessus mais inutile,
l'étincelle de la braise ne part pas.
Alors, je l'ai à l’œil,
le nerf prêt à la secousse
électrique, maternelle, pyrotechnique
du bonheur, la voici, c'est maintenant.
Erri de Luca
Le plus et le moins
la joyeuse fête de Chambley (juillet 2017) - 2
à la pierre (François Cheng)
à la pierre
Nous ne faisons que passer,
Tu nous apprends la patience,
D'être toujours le témoin
De l'univers à son aube,
D'être l'élan du Souffle même,
Soutien sans faille des vivants,
Toujours présence renouvelante
Entre laves et granits,
N'espérant ni fleur, ni feuille,
Ni fruit de la luxuriance,
Tu tiens le nœud des racines,
Contre tous les ouragans.
François CHENG
la vraie gloire est ici































