Petites graines
Photos, poésie, extraits de livre
OISEAU MINUSCULE de Jim Harrison
OISEAU MINUSCULE
Violent désir d'être un oiseau minuscule
sur une branche minuscule, peut-être
une mésange arlequin
dressée sur ses pattes grêles,
pas ce gros type qui tombe
en faisant un boucan terrible
abîme trottoirs et pâtures,
s'enfonce jusqu'à la taille dans la boue de la rivière.
Si mes jambes étaient des lances je serais descendu
jusqu'à l'une de ces tumultueuses rivières souterraines
qui sont partout, portées par le courant noir de la terre.
Jeune, je pensais mourir avant quarante ans
comme tant de mes poètes préférés.
A soixante-quinze ans je constate que ce n'est pas arrivé.
Je reste pourtant fidèle à mes poèmes et aux oiseaux.
Les oiseaux sont des poèmes
que je n'ai pas encore saisis au vol.
Jim HARRISON
la position du mort flottant
Sommeil des bêtes (Jim Harrison)
SOMMEIL DES BÊTES
Qu'elles sont belles ces vaches Black Angus endormies
dans la pâture si verte ! Elles commencent à manger
dès les premières lueurs pâles de l'aube,
puis lorsque la chaleur augmente en milieu de matinée
toutes s'écroulent et se vautrent pour la sieste
sauf quelques veaux qui n'ont pas envie
de dormir et se promènent en dérangeant tout le monde
mais on les ignore pour finir par s'endormir.
Les veaux mâles se réveillent en premier, se provoquent
se cognent la tête pour imiter les futures guerres sexuelles,
"J'suis l'plus gros, l'plus fort, j'veux toutes les femelles",
mais tout s'apaise lors d'une somnolente journée
estivale, de gros tas noirs dans la pâture
verte, une centaine, énormes et plus petits,
comme obéissant à un signal ils se lèvent et mangent.
Pourquoi cela me plaît-il autant ? Comme à nous,
il importe à ces créatures condamnées d'ignorer
l'avenir et de rester en paix avec la nature
en mangeant l'herbe verte et drue.
Jim HARRISON
La position du mort flottant
jeudi en poésie avec Josette
Pour le jeudi 19 mai qui est celui de l’Ascension (le 26 mai mais chut !!)
un poème qui nous fera prendre de la hauteur !
L'Esprit Saint
La chienne à côté de moi
dort. J'entends son souffle
apaisé. Et une bouffée
du poète Jim Harrison
sort de ses poèmes d'homme
flottant**. Le réveil couleur rose
égraine des secondes de vie
en moins, en moins. Serai-
je plus légère pour
l'envol à venir. Le
printemps exubérant est en
mouvement constant. La
libellule, l'insecte adolescent
vivent l'instant précieux.
L'Esprit Saint jubile.
Agab (05/22)
** la position du mort flottant de Jim HARRISON
Défi 265 avec Josette
Pour le défi 265 Josette sort de sa cachette … Voici ce qu’elle propose à « tous-tes »
Eh oui nous sommes dans une époque genrée !
Pour le lundi 16 mai
Je vous propose d’écrire une petite histoire en utilisant les mots suivants dans leur sens masculin et féminin :
Carpe, Faune, Greffe,
et aussi d’intégrer : Dauphin et Dauphine, Lézard et Lézarde, Loup et Loupe (et plus si affinité)
mandala renaissance
Une seule phrase de Cécile COULON
UNE SEULE PHRASE
Si je dois tenir en une seule phrase,
il faut qu'elle soit solide et vraie,
il faut qu'elle tremble comme le reflet d'une lune pleine
au fond d'un seau brisé.
D'où me vent cette idée ?
Peut-être du temps qu'on pense avoir et connaître.
Peut-être des gens qu'on aime, qu'on croit garder
près de soi comme des tableaux de maître
qu'il suffit de regarder pour être consolé.
Nous n'avons pas le temps. Nous ne gardons par les gens :
je dois apprendre à remplacer le verbe avoir par le verbe être.
Je dois apprendre à aimer sans glisser le soir par la fenêtre
pour quitter par peur d'être moi-même quittée.
Si je dois tenir en une seule phrase
il faut qu'elle soit douce et radicale,
il faut qu'elle donne tout ce qu'elle a et qu'on sente,
quand on la reçoit, l'énergie d'un cœur usé
mais qui cavale plus vite qu'un regard de nouveau-né.
D'où me vient cette idée ?
Les poèmes viennent tous du même lieu :
de ce gros trou dans la poitrine
qui contient ce que le monde n'a pas voulu nommer.
Il faut avec des mots très simples tenter trois gestes fous :
avouer - rejoindre - aimer.
Si je dois tenir en une seule phrase,
il faut qu'elle soit vive et joyeuse,
qu'elle prenne dix ans d'élan pour un seul petit pas.
Si je dois tenir, ce soir, en une seule phrase :
je pense à toi.
Cécile COULON
en l'absence du capitaine
Mardi matin de Cécile COULON
MARDI MATIN
Ma bien-aimée dort à mes côtés
il est sept heures du matin,
la fenêtre est ouverte
sur un ciel rose et bleu,
des moineaux vont et viennent,
Dieu secoue la tête dans un clocher.
Il y a une douceur de dimanche
dans ce début de journée.
Ma bien-aimée est couchée sur le ventre
dans mes draps blancs rayés,
je suis déjà réveillée,
mille choses doivent être accomplies cette semaine
mais le plus important
c'est ce moment où, encore endormie,
elle frôle ma cuisse pour vérifier que je suis là,
renifle un peu,
dans son œil le sommeil ne veut pas s'en aller.
Il y a des jours où "je t'aime"
signifie :
quelle chance d'être ici,
ensemble,
le monde entier cogne à notre porte
et nous ne l'entendons pas.
Cécile COULON
en l'absence du capitaine
Jeudi en poésie avec Josette
Pour le jeudi 12 mai
un poème en « ic », « oc », « ac » serait le bienvenu
S'accorder
avec les gouttes de pluie
Plic plac ploc
avec les amants chahutant
au sein des pâquerettes
Flic flac floc
S'accorder
S'accoupler
L'accordéon joue son air
De brique et de broque
Cric crac croc
S'accorder
Agab (05/22)
la pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan COE
Les chants d'Auvergne de Canteloube
La pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan COE
Un livre écrit avec votre âme, cœur, intelligence ou pas. Parce que votre vie d'écrivain est ainsi, écrire pour gagner sa vie, celle de l'éditeur et des autres, parce que les mots vous habitent tant, trop ?
Sans savoir que l'intime du livre, spermatozoïde au flagelle persistant, s'insinue dans le nôtre.
De ces histoires de femmes de la guerre, aux années 60 ou maintenant, reste le cri barbare, versant le calme des jours, leur ennui, d'amour ou sans, de fracas et de photos.
Et j'entends ma grand mère hurler sa colère dans les bois sombres, devant ma mère, jeune enfant.
Et je me souviens de Murol et notre enfant chérie de 3 ans, cœur de notre amour, portée par Olivier, ciré jaune peut être, pluie bien sûr.
Et je me promets d'écouter les chants de Canteloube, déjà conseillés dans un livre lu précédemment.
Et vous allez, écrivains
Et nous allons, le peuple des lecteurs.
Merci à Jonathan Coé
"Des nuages. Des nuages blancs, qui flottent sur un ciel gris pâle. Ce ciel qu'encadre la petite fenêtre treillissée de la chambre de Thea, à l'arrière de cette maison si belle, si triste. Je regarde les motifs des nuages, les motifs qui changent sans cesse, qui se forment et se dissipent, se forment et se dissipent, tandis que l'après-midi s'écoule dans un silence presque total. Parfois un cri dans le jardin, le bruit des autres enfants, qui continuent à jouer. Thea endormie à côté de moi : si jeune, si vulnérable, si apeurée. La pression de son corps contre mon bras, et les motifs des nuages qui se forment et se dissipent, se forment et se dissipent. Blanc sur gris, et la pression de son corps..."
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