
Lilousoleil des Croqueurs de Mots nous propose de nous inspirer de cette mosaïque composée essentiellement de photos personnelles et de quelques unes empruntées à mes Aminautes et l’ami Google.

Consignes
Vous pouvez utiliser les images comme un escargot, comme un chemin, comme une marelle.
Vous pouvez vous laisser porter par les couleurs, par les odeurs que les images et pourquoi pas une musique, convoquent.
Vous posterez votre texte pour le lundi 10 octobre 2016 à 8 h. D’ici là portez vous bien.
la photo-rêve
Dans sa chambre, après une journée grise, dans un monde gris, à la nature sous cloche, dans un monde où les hommes connectés avaient dû se débrancher faute d'énergie, obligés de se mouvoir dans un fatras de voitures abandonnées en longues files, laisser les télévisions devenir garde-manger, garde-emballages ou porte-herbes folles, dans ce monde banalement morne, l'adolescente, au visage rond, aux yeux étirés et les cheveux d'une raideur stupéfiante, la jeune Espéranza s'assit par terre, entre son lit et le mur aux papiers défraîchis.
Elle avait enduré les questions banalement dites et redites, y aurait-il un bon pour le zoo ? rare lieu, où quelques animaux, vaches rescapées, chèvres accrocheuses, rats bien malins et même, chose exceptionnelle, un cheval, à la crinière rousse, mangeait la carotte apportée, carotte gardée de côté pour la visite.
Et sous le lit, dans l'ancienne boîte de chaussures que l'on achetait, avant la grande crise, dans ces beaux emballages avec du papier tendre, blanc, elle sortit une photo. Déjà, en la prenant dans les mains, elle irradiait de couleur, de joie, de vie.
Sa grand-mère, en la lui offrant pour ses 8 ans, lui avait dit : "les jours, ceux qui te semblent particulièrement, ternes, flasques, presque transparents, prends la photo, et comme à la marelle, fais sauter ton doigt de case en case, surtout pas de l'une à l'autre, régulièrement, juste comme une danse fantaisiste et ..."
Depuis plusieurs mois, elle n'avait pas joué.
"7 et 8 et 15 ... bises et mille douceurs ..
Tout disparaissait, tout s'amenuisait et son doigt léger, allait de caresse en caresse, sur les coquelicots, l'écureuil, le violon, s'arrêtant presque sur la photo d'enfant, contournant le taureau, et..
le marché de Kos.
Le soleil la chatouillait, de nombreux chats venaient à ses pieds, des cloches sonnaient.
Elle avait réussi le saut, elle était ailleurs !
Je crois bien qu'une barque l'attendait, au port, pour l'emmener à Kalymnos.
L'homme jeune ramait énergiquement lui offrant un citron d'or.
Juste un petit tas de poussière, s'agita dans la chambre, la photo-rêve aussi s'était envolée.
peut-être qu'un jour vous aussi, vous trouverez la photo-rêve.