Presque comme avant,
prendre le bus pour la première fois depuis avant,
masqués, eux et moi ;
se rendre chez l'ophtalmologue au centre ville,
masqués, eux et moi
la femme dans la salle d'attente a tant craint
pour ses parents âgés, malades l'un, l'autre.
Le médecin sursaute en me voyant toucher ce masque
"Oh attention les personnes âgées !".
Marcher dans la rue et voir à nouveau les mendiants
assis dans leurs habitudes, smartphone, chien.
Et une file masquée devant la pharmacie aux prix doux.
Presque comme avant, presque.
Devant la médiathèque, trois bibliothécaires parlent,
masquées ou non comme celle ayant eu le covid19,
Tête de pasionnara espagnole, rousse et souriante.
Déposer ses livres (en quarantaine avant d'être touchés),
Se laver les mains, être moins de cinquante.
Peu de monde malgré la réouverture, comme s'ils craignaient
une rencontre inévitable, discrète, maladive.
Afficher sa joie d'être là, de regarder les livres sages sur les rayons,
de saluer les gens du livre, derrière la barrière plastique
"Nous aussi, nous aussi !" répondent-ils en choeur.
S'en aller chargée, Don Quichotte pour enfin faire sa connaissance,
Keigo Higashino, chasseur d'images, le monde des religions...
satisfaite presque comme avant ; enlever son masque,
s'arrêter, admirer les perruches vertes tournoyant au dessus de soi.
Agab 06/20