je me suis fait apostropher (Christian BOBIN)
Hier, dans la cour galeuse de l'ancienne caserne de pompiers où je vis, je me suis fait apostropher par cinq pissenlits au pied d'un mur moussu. Avant de devenir jouets aériens pour les enfants, ces fleurs n'étaient que louanges, vivats, exaltation de l'or des jours fragiles. Leur joie d'exister était si grande qu'elle attirait comme un aimant les rayons des étoiles les plus éloignées de la terre. Toute la lumière du ciel s'engouffrait dans l'entonnoir de leurs petits cœurs jaunes. A l'instant où je les ais vus, Dieu est passé devant mes yeux dans une nuée d'or et de pollen.
Christian BOBIN
Prisonnier au berceau




