Métamorphose de l'adversité (Etty Hillesum par Pierre Ferrière et Isabelle Michiels)
Etty HILLESUM
par Pierre Ferrière et Isabelle Michiels
extraits de la métamorphose de l'adversité
N'y aurait il plus qu'un seul Allemand respectable, qu'il serait digne d'être défendu contre toute la horde de barbares, et que son existence vous enlèverait le droit de déverser votre haine sur un peuple tout entier. Et de noter à ce propos : c'est une pensée libératrice qui a levé comme un jeune brin d'herbe encore hésitant au milieu d'une jungle de chiendent (18).
Quelle métaphore ! C'est que la jungle de chiendent nous est bien connue : révolte, riposte, surenchère dans la violence, accusation simpliste et jugement unilatéral, ressentiment, voire haine, mais aussi tristesse et abattement. Telles sont presque toujours les réactions primaires spontanées de l'homme face à ce qui lui est contraire ou hostile. Or, cette voie, la plus facile et la plus rebattue, Etty est de plus en plus persuadée qu'elle est stérile. Pire même, elle contribue à propager la gangrène du mal. Et ce n'est pas la déferlante noirceur déversée quotidiennement sur nos écrans qui démentira ce constat.
Pour Etty, il existe une seule solution : travailler à éradiquer en soi tout sentiment de haine. Car une conviction se fait de plus en plus intime en elle : le moindre atome de haine ajouté à ce monde le rend plus inhospitalier qu'il n'est déjà. Elle en arrive même à considérer que notre unique obligation morale consiste à défricher en nous mêmes de vastes clairières de paix et à les étendre de proche en proche, jusqu'à ce que cette paix irradie vers les autres. Car plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition (227).