Photos, poésie, extraits de livre
Une seule phrase de Cécile COULON
UNE SEULE PHRASE
Si je dois tenir en une seule phrase,
il faut qu'elle soit solide et vraie,
il faut qu'elle tremble comme le reflet d'une lune pleine
au fond d'un seau brisé.
D'où me vent cette idée ?
Peut-être du temps qu'on pense avoir et connaître.
Peut-être des gens qu'on aime, qu'on croit garder
près de soi comme des tableaux de maître
qu'il suffit de regarder pour être consolé.
Nous n'avons pas le temps. Nous ne gardons par les gens :
je dois apprendre à remplacer le verbe avoir par le verbe être.
Je dois apprendre à aimer sans glisser le soir par la fenêtre
pour quitter par peur d'être moi-même quittée.
Si je dois tenir en une seule phrase
il faut qu'elle soit douce et radicale,
il faut qu'elle donne tout ce qu'elle a et qu'on sente,
quand on la reçoit, l'énergie d'un cœur usé
mais qui cavale plus vite qu'un regard de nouveau-né.
D'où me vient cette idée ?
Les poèmes viennent tous du même lieu :
de ce gros trou dans la poitrine
qui contient ce que le monde n'a pas voulu nommer.
Il faut avec des mots très simples tenter trois gestes fous :
avouer - rejoindre - aimer.
Si je dois tenir en une seule phrase,
il faut qu'elle soit vive et joyeuse,
qu'elle prenne dix ans d'élan pour un seul petit pas.
Si je dois tenir, ce soir, en une seule phrase :
je pense à toi.
Cécile COULON
en l'absence du capitaine
Mardi matin de Cécile COULON
MARDI MATIN
Ma bien-aimée dort à mes côtés
il est sept heures du matin,
la fenêtre est ouverte
sur un ciel rose et bleu,
des moineaux vont et viennent,
Dieu secoue la tête dans un clocher.
Il y a une douceur de dimanche
dans ce début de journée.
Ma bien-aimée est couchée sur le ventre
dans mes draps blancs rayés,
je suis déjà réveillée,
mille choses doivent être accomplies cette semaine
mais le plus important
c'est ce moment où, encore endormie,
elle frôle ma cuisse pour vérifier que je suis là,
renifle un peu,
dans son œil le sommeil ne veut pas s'en aller.
Il y a des jours où "je t'aime"
signifie :
quelle chance d'être ici,
ensemble,
le monde entier cogne à notre porte
et nous ne l'entendons pas.
Cécile COULON
en l'absence du capitaine
Jeudi en poésie avec Josette
Pour le jeudi 12 mai
un poème en « ic », « oc », « ac » serait le bienvenu
S'accorder
avec les gouttes de pluie
Plic plac ploc
avec les amants chahutant
au sein des pâquerettes
Flic flac floc
S'accorder
S'accoupler
L'accordéon joue son air
De brique et de broque
Cric crac croc
S'accorder
Agab (05/22)
la pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan COE
Les chants d'Auvergne de Canteloube
La pluie, avant qu'elle tombe de Jonathan COE
Un livre écrit avec votre âme, cœur, intelligence ou pas. Parce que votre vie d'écrivain est ainsi, écrire pour gagner sa vie, celle de l'éditeur et des autres, parce que les mots vous habitent tant, trop ?
Sans savoir que l'intime du livre, spermatozoïde au flagelle persistant, s'insinue dans le nôtre.
De ces histoires de femmes de la guerre, aux années 60 ou maintenant, reste le cri barbare, versant le calme des jours, leur ennui, d'amour ou sans, de fracas et de photos.
Et j'entends ma grand mère hurler sa colère dans les bois sombres, devant ma mère, jeune enfant.
Et je me souviens de Murol et notre enfant chérie de 3 ans, cœur de notre amour, portée par Olivier, ciré jaune peut être, pluie bien sûr.
Et je me promets d'écouter les chants de Canteloube, déjà conseillés dans un livre lu précédemment.
Et vous allez, écrivains
Et nous allons, le peuple des lecteurs.
Merci à Jonathan Coé
"Des nuages. Des nuages blancs, qui flottent sur un ciel gris pâle. Ce ciel qu'encadre la petite fenêtre treillissée de la chambre de Thea, à l'arrière de cette maison si belle, si triste. Je regarde les motifs des nuages, les motifs qui changent sans cesse, qui se forment et se dissipent, se forment et se dissipent, tandis que l'après-midi s'écoule dans un silence presque total. Parfois un cri dans le jardin, le bruit des autres enfants, qui continuent à jouer. Thea endormie à côté de moi : si jeune, si vulnérable, si apeurée. La pression de son corps contre mon bras, et les motifs des nuages qui se forment et se dissipent, se forment et se dissipent. Blanc sur gris, et la pression de son corps..."
page 194
défi 266 avec les croqueurs de mots
Pour ce défi 266, je vous propose pour le défi du lundi 30 mai, d'écrire un texte à partir de quelques lignes tirées du livre de Marie Gillet "aussitôt que la vie".
"Je suis partie de bon matin. J'ai pris ma décision après avoir ouvert les volets et regardé le ciel lisse vaquant simplement à son occupation de l'aube ; laisser la place au jour. L'ait était pur et calme. Il allait faire très beau. Rien ne s'opposerait à la lumière."
Paul Cézanne - Mont Sainte Victoire - 1906
Pour les jeudis en poésie :
thème du jeudi 26 mai : le bleu
thème du jeudi 2 juin: deux acrostiches avec les mots paix et joie
ou thème libre.









