Photos, poésie, extraits de livre
jeudi en poésie avec Colette
Colette est à la barre et nous propose comme sujet : Dépouillement de la nature.
Dépouillement
Une feuille, un jour d'été, sec, chaud
Un jour d'été se détache une feuille
Elle est craquante de sécheresse
La mort commence ainsi.
Pleinement feuillu, l'arbre ronronne
Septembre advient, bien vert,
Puis merveilleusement paré,
Jaune et rouge et or et pourpre
Somptueux jours, fastueux jours.
Se détachent les feuilles, une, dix, cent
Voiles dans le temps automnal
Puis un jour, être dépouillé
Une unique feuille tremble
La regarder avec l'amour des derniers jours.
La mort est toute à la joie de sa victoire.
L'arbre royal dans l'agencement nu de ses branches,
Rit. Demain, nous naîtrons à nouveau !
Le crapaud (2)
L'ornière était béante, il y traîna ses plaies
Et s'y plongea, sanglant, brisé, le crâne ouvert,
Sentant quelque fraîcheur dans ce cloaque vert,
Lavant la cruauté de l'homme en cette boue ;
Et les enfants, avec le printemps sur la joue,
Blonds, charmants, ne s'étaient jamais tant divertis ;
Tous parlaient à la fois et les grands aux petits
Criaient : «Viens voir! dis donc, Adolphe, dis donc, Pierre,
Allons pour l'achever prendre une grosse pierre ! »
Tous ensemble, sur l'être au hasard exécré,
Ils fixaient leurs regards, et le désespéré
Regardait s'incliner sur lui ces fronts horribles.
– Hélas ! ayons des buts, mais n'ayons pas de cibles ;
Quand nous visons un point de l'horizon humain,
Ayons la vie, et non la mort, dans notre main. –
Tous les yeux poursuivaient le crapaud dans la vase ;
C'était de la fureur et c'était de l'extase ;
Un des enfants revint, apportant un pavé,
Pesant, mais pour le mal aisément soulevé,
Et dit : « Nous allons voir comment cela va faire. »
Or, en ce même instant, juste à ce point de terre,
Le hasard amenait un chariot très lourd
Traîné par un vieux âne éclopé, maigre et sourd ;
Cet âne harassé, boiteux et lamentable,
Après un jour de marche approchait de l'étable ;
Il roulait la charrette et portait un panier ;
Chaque pas qu'il faisait semblait l'avant-dernier ;
Cette bête marchait, battue, exténuée ;
Les coups l'enveloppaient ainsi qu'une nuée ;
Il avait dans ses yeux voilés d'une vapeur
Cette stupidité qui peut-être est stupeur ;
Et l'ornière était creuse, et si pleine de boue
Et d'un versant si dur que chaque tour de roue
Était comme un lugubre et rauque arrachement ;
Et l'âne allait geignant et l'ânier blasphémant ;
La route descendait et poussait la bourrique ;
L'âne songeait, passif, sous le fouet, sous la trique,
Dans une profondeur où l'homme ne va pas.
Les enfants entendant cette roue et ce pas,
Se tournèrent bruyants et virent la charrette :
« Ne mets pas le pavé sur le crapaud. Arrête ! »
Crièrent-ils. « Vois-tu, la voiture descend
Et va passer dessus, c'est bien plus amusant. »
Tous regardaient. Soudain, avançant dans l'ornière
Où le monstre attendait sa torture dernière,
L'âne vit le crapaud, et, triste, – hélas ! penché
Sur un plus triste, – lourd, rompu, morne, écorché,
Il sembla le flairer avec sa tête basse ;
Ce forçat, ce damné, ce patient, fit grâce ;
Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant
Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang,
Résistant à l'ânier qui lui criait : Avance !
Maîtrisant du fardeau l'affreuse connivence,
Avec sa lassitude acceptant le combat,
Tirant le chariot et soulevant le bât,
Hagard, il détourna la roue inexorable,
Laissant derrière lui vivre ce misérable ;
Puis, sous un coup de fouet, il reprit son chemin.
Alors, lâchant la pierre échappée à sa main,
Un des enfants – celui qui conte cette histoire, –
Sous la voûte infinie à la fois bleue et noire,
Entendit une voix qui lui disait : Sois bon !
Bonté de l'idiot ! diamant du charbon !
Sainte énigme ! lumière auguste des ténèbres !
Les célestes n'ont rien de plus que les funèbres
Si les funèbres, groupe aveugle et châtié,
Songent, et, n'ayant pas la joie, ont la pitié.
Ô spectacle sacré ! l'ombre secourant l'ombre,
L'âme obscure venant en aide à l'âme sombre,
Le stupide, attendri, sur l'affreux se penchant,
Le damné bon faisant rêver l'élu méchant !
L'animal avançant lorsque l'homme recule !
Dans la sérénité du pâle crépuscule,
La brute par moments pense et sent qu'elle est sœur
De la mystérieuse et profonde douceur ;
Il suffit qu'un éclair de grâce brille en elle
Pour qu'elle soit égale à l'étoile éternelle ;
Le baudet qui, rentrant le soir, surchargé, las,
Mourant, sentant saigner ses pauvres sabots plats,
Fait quelques pas de plus, s'écarte et se dérange
Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,
Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,
Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon.
Tu cherches, philosophe ? Ô penseur, tu médites ?
Veux-tu trouver le vrai sous nos brumes maudites ?
Crois, pleure, abîme-toi dans l'insondable amour !
Quiconque est bon voit clair dans l'obscur carrefour ;
Quiconque est bon habite un coin du ciel. Ô sage,
La bonté, qui du monde éclaire le visage,
La bonté, ce regard du matin ingénu,
La bonté, pur rayon qui chauffe l'inconnu,
Instinct qui, dans la nuit et dans la souffrance, aime,
Est le trait d'union ineffable et suprême
Qui joint, dans l'ombre, hélas ! si lugubre souvent,
Le grand innocent, l'âne, à Dieu le grand savant.
défi 213
À tous les matelots des Croqueurs de Mots,
Colette est à la barre et nous propose en toute simplicité ce quatrain :
Novembre a ses charmes
Novembre a ses larmes
Son décor fait rêver
Son refrain fait pleurer
Pour le lundi 3 décembre, vous le complétez ou vous l’introduisez dans un texte comme cela vous convient.
"Novembre a ses charmes
Novembre a ses larmes
Son décor fait rêver
Son refrain fait pleurer"
Luisa tapote sur son clavier et chantonne "la, la, la, novembre .... charmes". Le rythme vient, s'impose, elle reprend une nouvelle fois ... jusqu'au moment où la sonnerie joyeuse de son smartphone résonne. Apparaît le nom de Frédéric. "Luisa, c'est moi ! Veux tu venir me rejoindre, tout de suite, maintenant vers la place ronde, au café des amis ? ".
Novembre, sa nuit grognonne, en larmes, s'attend à un refus, à un non," je travaille" ou" non, je vais voir mamie au foyer Douzain". Luisa raccroche, dit qu'elle continuera demain à créer un petit refrain pour la chanson qu'elle prépare aux enfants de sa classe de maternelle. Luisa met ses chaussures, son anorak et un parapluie pour faire fuir les gouttes. Elle marche vite, prend une rue, regarde le ciel près de s'endormir et fonce voir Frédéric. Elle le voit bientôt, il est fier, souriant. Regarde, mon idée a été choisie. La place ronde arbore effectivement, en cette fin de novembre, un décor qui fait rêver. Multiples sapins de Noël, boules rouges, dorées, des lutins rouges, et comme des étoiles filant dans la nuit. Ils s'embrassent fougueusement. C'est comme ça quand on a vingt ans.
Et Luisa chantonne son refrain qui la fait pleurer. Elle se voit avec les enfants, ceux de l'école maternelle, et aussi, ceux qu'ils feront tous les deux, ce soir peut être ou dans quelques jours.
"Novembre, lui souffle, l'ami, la naissance sera pour août. Ils se passeront de moi aux espaces de vert pour six mois, je serai avec vous deux ou trois." Les lutins les regardent. Ils leur semblent qu'un d'entre eux leur fait signe, et aussi un deuxième. Peut être des jumeaux dans l'amour de ce novembre.
Novembre a ses charmes ... lui confie Frédéric le jardinier.

