Photos, poésie, extraits de livre
chaque fois
la chair de Rosaro Montero
Soledad regarda Rosa avec aversion.
- J'ai lu que... que ton mari était mort récemment, c'est bien ça ?
Le visage de l'écrivain se durcit légèrement. Elle ne semblait pas apprécier d'en parler.
- Oui.
- Pardon. Je suis vraiment désolée. Je peux te demander combien de temps vous êtes restés ensemble ?
Montero la regarda avec une curiosité méfiante.
- Vingt et un an.
Soledad sentit que le sang commençait à bouillir dans ses veines.
- Alors comment peux-tu dire que tu la comprends ? Comment sais-tu ce que ressent une femme qui n'a jamais connu l'amour ?
Rosa sourit :
- Eh bien, parce que dans mes biographies je fais la même chose qu'avec mes personnages de mes romans. Tu te mets dedans, tu sais. Tu vis à l'intérieur de ces vies. Nous avons tous en nous toutes les possibilités de l'être humain, c'est ce que le Romain Térence disait : "Rien de ce qui est humain ne m'est étranger." Tu t'imagines alors à l'intérieur de cette autre existence, tu te laisses porter par elle, tu laisses le personnage te raconter son histoire, t'envelopper dedans... C'est comme surfer, tu sais. Comme grimper sur le dos d'une vague puissante et éclaboussée d'écume et la laisser t'emporter et te conduire jusqu'à la plage, pérora pseudo-poétiquement la romancière.
- Tu fais du surf ?
- Non !
- Mais alors comment peut-tu savoir pour la vague et l'écume et tout ça ? se désespéra Soledad, incapable de contenir son irritation.
Montera éclata de rire avec une joie sincère et ses yeux pétillèrent :
- Ça aussi, je l'imagine.
Rosa Montero
La chair
rêverie mauve
Harmonie du soir de Charles Beaudelaire
les croqueurs de mots rendent hommage à Henri qui a embarqué pour des galaxies lointaines
il aimait les alexandrins et je lui, vous offre une poésie de Charles Beaudelaire
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
Charles Beaudelaire
pour Henri,
pour Colette la tante de mon mari,
et Guy Noël un de ses collègues
(décédés tous deux cette semaine).
Qu'est ce qui nous assure que l'homme a une âme (Martin Steffens)
A la question : "Mais, Monsieur, qu'est-ce qui nous assure que l'homme a une âme ?", un de mes collègues à l’Université de Strasbourg avait répondu spontanément : "Quand un homme torture un homme, il essaie de tuer un peu plus que son corps."
Réponse qui m'habite depuis : le tortionnaire prouve que l'homme est esprit, et pas seulement corps et psychisme : nombre de procédés de torture (diffusion en boucle d'une musique angoissante, isolement...) ne laissent aucune trace physique. Ce que le tortionnaire cherche, c'est plus qu'inscrire dans l'économie psychique de sa victime sa propre trace, et celle de l'idéologie qu'il sert, en marquant sa mémoire au fer rouge de la souffrance endurée.
C'est en laissant le corps en vie et la conscience en alerte, blesser chez sa victime ce qui lui est plus précieux et atteindre ce qui constitue le cœur battant de sa vie : son esprit. Cette victime, il veut "se la faire" : en faire sa chose, en faire une chose, et, comble de l'horreur, en faisant d'elle si possible, le témoin de sa propre chosification.
Avec scalpels et bistouris, il ne veut tuer ni le corps, ni l'âme (au sens psychologique du mot), mais profaner le centre secret d'où un être humain rayonne. Il veut piétiner ce qui fait de l'homme une personne. Per-sona, dit le latin, ce qui, littéralement, "laisse passer la voix" : le tortionnaire cherche à barrer définitivement le passage à toutes grâces futures, il veut détruire, peu à peu, délicieusement, le canal par où la joie de vivre se fraie (jadis) un passage.
Simone Weil écrit quelque part : "il y a dans le cœur de tout homme quelque chose qui s'attend à ce qu'on lui fasse du bien, et non du mal. C'est cela qui est sacré en tout être."
Martin STEFFENS
Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger
Grâce à (Martin Steffens)
le grâce à brise la chaîne de la causalité et de la culpabilité : dire grâce à au lieu de à cause de , c'est faire grâce à l'origine de notre épreuve. "faire grâce" au sens de "faire crédit" : cet adversaire que j'accuse, pourquoi ne pas l’accueillir comme l'instrument de ma propre croissance ?
Bien sûr, il est parfois des accusations auxquelles on doit consentir : il y a même un certain courage à dire combien une personne a pu nous faire de mal. Mais cela doit rester l'exception d'une nouvelle règle : faire grâce, autant que possible, à ce qui nous entoure ; donner aux circonstances de notre vie, le plus possible, l'occasion de révéler leur meilleur visage.
Aussi, au lieu de murmurer à son conjoint, les dents serrées, ce pénible constat : "à cause de toi, on arrive toujours trop en avance !", lui offrir, dans un sourire, ce joyeux constat : "grâce à toi, on ne rate jamais aucun train". Ou encore, passer d'une phrase telle que : "à cause de cette fichue tête en l'air, j'ai oublié à la maison les billets de train que je voulais échanger !", à celle-ci : "grâce à cette contrariété de taille, je mesure la patience de mon épouse qui vit avec un homme dans les nuages... Qu'elle en soit remerciée !".
Martin STEFFENS
Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger
chaque être humain a quelque chose que je n'ai pas (Alejandro JODOROWSKI)
(la vérité entre 2 langues - 2016 - PascALEjandro)
Chaque être humain a quelque chose que je n'ai pas.
Si je suis réceptif et prête attention, je remarquerai que tout collabore à ce que cette chose que je n'ai pas apparaisse comme un cadeau devant moi.
Chaque être humain est une leçon que je dois recevoir.
Alejandro JODOROWSKY
un évangile pour guérir
le dieu intérieur
m'en allant promener
défi 188 : hommage à Henri
les croqueurs de mots rendent hommage à Henri qui a embarqué pour des galaxies lointaines
il aimait les alexandrins et pour ce défi, écrire en alexandrins un texte sur l'amitié.
Grise Durga vient, Djinnie s'approche tendrement,
Le pissenlit se love près de sa sœur fleurie,
La vague lente embrasse le sable joli,
Bourdon et rose se font des baisers riants.
Les amis, souvent, ont valsé la note bleue,
les amis, de tout temps, ont chanté, bienheureux.
Le pissenlit généreux essaime à tout vent,
La saison avance, la mauve est en tête.
L'amie joyeuse soufflait ses bougies à vingt ans,
A soixante, nous réunit pour sa retraite.
Les amis, souvent, ont valsé la note bleue,
Les amis, de tout temps, ont chanté, bienheureux.
Pour vous tous, poète Henri, bien-aimée Cathie,
Fée des mots, Martine et reine du bio Annie,
Fidèles Marie-Pierre, Simone et Bernadette
Et tous les autres ami(e)s et petite sœur Huguette.
Alors chers amis, étoiles de mes cieux, valsez !
chers amis précieux, partageurs de joie, chantez !












