• Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut.Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses.Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. » évangile de Luc

     

    Le problème de Marthe n'est pas qu'elle était à la cuisine au lieu d'être au salon ; c'est qu'à la cuisine, elle s'occupait de cuisine sans chercher le Christ. C'est que l'on peut cuisiner de deux manières bien différentes : on peut cuisiner pour réussir le plat, ou pour faire plaisir aux invités ; ce n'est pas sans lien, puisque pour faire plaisir aux invités, en général, il faut réussir le plat, mais l'état d'esprit est, il me semble, très différent.

    Dans un cas, vous préparez de la nourriture, et dans l'autre vous fabriquez de la communion. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Il y a du plaisir à réussir un œuf poché sans le casser, il y a du plaisir à goûter une sauce particulièrement réussie, mais c'est un plaisir bien différent que de passer son après-midi tout occupé des gens qu'on aime et pour qui on travaille. Cuisiner peut être un plaisir ou un fardeau, mais ce peut être aussi un acte d'amour.

    Si Marthe ne l'avait pas oublié, elle aurait choisi, elle aussi, la meilleure. Elle aurait découvert que ce qu'elle prenait pour un effort méritant une récompense, c'était déjà la récompense elle-même ; que la vie chrétienne, ce n'est pas s'épuiser à mériter un jour la vie éternelle, le Royaume de Dieu, mais c'est recevoir cette vie et ce Royaume qui nous sont déjà donnés ; que la vie chrétienne, ce n'est pas autre chose que la vie éternelle, la vie avec Dieu déjà commencée. 

    C'est que pour parodier une antique formule, pour peu que nous l'ayons laissé entrer, Dieu est aussi dans la cuisine. 

     

    Adrien CANDIARD

    A Philémon

    Réflexions sur la liberté chrétienne


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  • La maison

     

    Je voudrais simplement,

    j'insiste, simplement,

    une maison au bord

    d'un de ces lacs en Auvergne

    que je connais comme si

    j'étais née à l'intérieur.

    Dans cette maison,

    peu meublée,

    il y aurait tout de même

    une chambre pour Karine,

    une autre pour Chloé,

    du vin rouge,

    assez pour ne pas en manquer,

    ce qu'il faut de réserve

    dans le sucrier,

    une baignoire évidemment,

    des livres dans la salle de bains,

    un œil de bœuf que frôleraient,

    en automne, les branches des sapins.

    A quelques centaines de mètres

    je louerai une parcelle pour ma mule

    afin qu'aux premiers signes

    du printemps

    nous puissions cheminer ensemble,

    amuser les enfants qui ne seraient 

    pas les miens,

    transporter le pain noir

    jusqu'à l'heure du goûter.

    Voilà, c'est ainsi, 

    je voudrais simplement,

    j'insiste, simplement,

    cette maison, ce sucrier,

    cet âne solitaire, peut-être

    un chien, qui sait ?

    Oserais-je demander, de temps en temps,

    une lettre de la femme que j'aime ?

    Oserais-je demander, de temps en temps,

    un baiser de la femme que j'aime ?

    Oserais-je demander, de temps en temps,

    les mains de la femme que j'aime ?

    Probablement pas. Probablement jamais.

     

    Cécile COULON

    les ronces


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  • L'infiniment grand est contenu dans l'infiniment petit, c'est évident. Cela ne fait pas l'ombre d'un doute.

    Tenez, par exemple, en ce moment, alors que je suis en train d'écrire, on peut observer sur cette table une configuration planétaire, voire même le cosmos dans son ensemble. Thermomètre, pièce de monnaie, cuillere en aluminium, bol en faïence. Clés, téléphone portable, papier, stylo.

    Et un cheveu gris aussi, le mien, dont les atomes gardent en eux la mémoire de l'apparition de la vie, de la catastrophe cosmique qui fut à l'origine de la naissance du monde. 

     

    Olga Tokarczuk

    Sur les ossements des morts


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  • La romancière polonaise Olga Tokarczuk

     

    Olga Tokarczuk 

    La romancière polonaise Olga Tokarczuk (29/01/1962) vient de recevoir le prix Nobel de littérature 2018 pour « une imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, représente le franchissement des frontières comme forme de vie ». Dans son discours de réception, intitulé « Le tendre narrateur », prononcé à l’Académie suédoise à Stockholm le 7 décembre 2019 1, elle décrivait la tendresse comme « un partage du destin : conscient, quoique peut-être un peu mélancolique ». Elle ajoute :

    « La tendresse est une considération profonde de l’autre, de sa fragilité, de sa singularité, de son incapacité à résister à la souffrance et à l’effet du temps. La tendresse révèle les liens, les similitudes et les identités qui existent entre nous. Elle est ce mode de regard qui permet de voir le monde comme un objet vif, vivant, interconnecté, coopérant et interdépendant. La littérature est bâtie sur cette tendresse envers tous êtres autres que nous qui nous entourent. »

    Pour Olga Tokarczuk, engagée politiquement à gauche, écologiste et végétarienne, la tendresse est spontanée et désintéressée, et constitue le mécanisme psychologique de base du roman

     


    https://legrandcontinent.eu/fr/2020/01/10/le-tendre-narrateur/

    livres traduits en Français

    Dieu, le temps, les hommes et les anges

    Les Pérégrins

    Sur les ossements des morts

    Les enfants verts

    Les livres de Jakob

    Récits ultimes

    Une âme égarée

     

     
     

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  • "Un Cheval qu'on fouette en Chemin

    Réclame au Ciel du sang humain."

    William Blake

     

    C'est pourtant simple, l'homme a un énorme devoir à accomplir envers les animaux : les aider à vivre leur vie jusqu'au bout ; quant aux espèces apprivoisées, il doit leur procurer amour et tendresse, car les bêtes nous donnent bien plus qu'elles ne reçoivent de nous.

    Il est impossible qu'elles puissent vivre leur vie dignement, qu'elles ne se mettent en règle avec leur milieu naturel et valident leur semestre dans le registre karmique : "J'ai été un animal, j'ai vécu et mangé ; je suis allée sur les pâturages verts, j'ai mis bas, et j'ai réchauffé mes petits de mon corps ; j'ai construit des nids, j'ai fait ce qui était de mon devoir."

    Quand on tue des animaux et qu'ils meurent dans la peur et la terreur, comme ce sanglier dont le corps s'étalait hier à mes pieds, et qui d'ailleurs doit s'y trouver toujours, avili, couvert de boue et de sang séché, transformé en charogne, alors on les condamne à aller en enfer, et le monde entier devient l'enfer.

    Est-ce que les gens ne le voient pas ? Est-ce que leur esprit est capable de dépasser leurs petits plaisirs égoïstes ? Le devoir que nous avons envers les animaux, c'est de les mener - à travers leur vies successives - vers leur libération. Nous allons tous vers cette même direction, de la dépendance à la liberté, du rituel au libre arbitre.

     

    Olga Tokarczuk

    Sur les ossements des morts 


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