• En haut de la montagne, il n'y a rien de plus ni de moins qu'en bas de la montagne. Nous nous déplaçons avec nous-mêmes, nous déplaçons en nous-mêmes.

    Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles.

     

    Christian Bobin

    Le monde est occupé


    6 commentaires
  • Il ne m'a pas échappé que les enfants sont d'ordinaires turbulents, dépourvus d'inhibition, occupés à essorer à grand renfort de cris et de pleurs le bouillon émotionnel dans lequel leur naissance les a plongés. Un enfant pris par la matière brute de l'enfance n'est occupé à rien d'autre.

    L'inhibition croît proportionnellement à la taille, puis soudain, à l'adolescence, on rebat les cartes. On s'étire, on pèle, on mue, ça tire sur le corps, dans la tête et devant le miroir. On se demande comment on a fait pour y croire : en ses parents, en l'école, en cette histoire de vivre et de grandir. On grésille, le diamètre de nos veines n'est plus calibré pour le nouveau voltage qui nous parcourt le corps.

    On doute de soi et du monde et on en veut au monde de nous faire douter de soi. Ce qui nous tenait lieu de royaume quelques mois plus tôt nous apparaît clairement comme une prison. On passera une vie entière, ensuite, à se demander à quel moment on y voyait le plus clair : avant ou après ? En fonction, on méprisera son enfance ou on lui vouera un culte.

     

    Marion MULLER-COLLARD

    Wanted Louise


    8 commentaires
  •  

    Monsieur Gomez est content de sa femme de ménage. Il l'a recommandée à d"autres propriétaires de la ville, au-delà de la montagne. Ariane a trois employeurs. Ils ont tous un plomb dans l'âme, une lourdeur dans le regard. Monsieur Gomez, c'est la tristesse. Madame Carl, c'est l'orgueil. Monsieur Lucien c'est la jalousie. Quand ils entendent parler Ariane, ils oublient d'être tristes, orgueilleux, jaloux.

    Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même - aussi naturellement que peut le faire la vue d'un cerisier en fleur ou d'un chaton jouant à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c'est la présence. L'autre travail, ils le font pour les apparences, parce qu'il faut bien faire quelque chose et que personne ne va vous payer simplement pour votre présence, pour les quelques bêtises que vous dites en passant, ou pour la chanson que vous fredonnez.

     

    Christian Bobin

    Tout le monde est occupé


    9 commentaires
  • L'Inconnu a dit : on va voyager longtemps,

    jusqu'à l'étoile la plus proche,

    jusqu'au fond de la vallée.

     

    Nous voyons déjà la ville blanche,

    un ventre de tortue - la place centrale

    et les tours, perçant le midi rond

     

    mais quand nous sommes arrivés

    la ville n'était plus là

    et monstrueusement vide la toile tanguait.

     

    Alors il a dit : il faut qu'on peuple

    de nouveau le monde

    avec la rive la plus verte du fleuve.

     

    où le matin des gens plantent des arbres

    et le soir se noient dans leur ombres.

     

    Aksinia Mihaylova

    Le baiser du temps


    15 commentaires
  • Deux aminautes ont sorti leur livre presque la même semaine, presqu'en même temps : Marie GILLET "Avec la vieille dame", Marie qui jardine son blog "au bonheur du jour" avec tendresse 

    et 

    Martine Martin-Cosquer "Je dis ça mais je ne dis rien", Martine qui cultive un blog "Au quai des rimes" avec tendresse aussi.

    Toutes les deux sont des écrivaines, des auteures, des aventurières des mots. L'une décrit les aidants, ces donneurs d'amour, l'autre décrit le monde des servants, ces blogueurs qui aiment leur ville. Il m'est impossible de les décortiquer leurs livres dans cet article, juste vous les offrir, toutes deux pourraient se rencontrer chez François Busnel (la grande librairie).

    Si je vous dis qu'elles écrivent bien, c'est réel,  lisez leur blog respectif, Bonheur du Jour et Quai des Rimes. Vous trouverez ci-dessous le descriptif qu'elles ont choisi de communiquer.

    Je vous remercie toutes les deux. Un livre est une page sur le monde. Et chacune vous avez un style, une personnalité, et je suis allée jusqu'au bout avec plaisir. Et comme souvent dans les livres que nous aimons, nous regrettons qu'il n'y ait pas quelques pages supplémentaires. 

     

    lisez "Je dis ça mais je ne dis rien" et "Avec la vieille dame"

     

    Descriptif de "Je dis ça mais je ne dis rien" écrit par Martine

    Troulaville est un joli village paisible et animé jusqu’au jour où, en pleine campagne préélectorale pour les Municipales, un corbeau vient en troubler l’apparente sérénité en se permettant quelques facéties et en envoyant aux habitants les plus connus des lettres anonymes sur le thème des sept péchés capitaux et autres inconduites qui animeront les réseaux sociaux, un blog local, radiotrottoir et radio bistrot.Certains secrets inavoués se révèlent à tous et les masques tombent.Qui est ce mystérieux corbeau trublion ? Quelles sont ses motivations ? La vérité est surprenante.

    Descriptif de "la Vieille Dame" écrit par Marie

    Une femme tente de se reconstruire après la mort de ses parents. Devenus progressivement grabataires, elle s'en est occupée pendant dix ans, assumant pleinement son rôle d'aidante. Au fur et à mesure du récit, elle livre des bribes de ce qu'elle a vécu et progressivement, réalise que ce qu'il n'en est pas resté que douleur, sacrifice et deuil. Oui, il y a eu la perte d'êtres chers qu'elle a vus dépérir jusqu'à en perdre toute figure humaine, mais il y a eu aussi la joie, l'amour et la vie au-delà de la mort. Ce livre évoque donc une situation d'actualité, celle de aidants qui prennent soin de leurs parents âgés. Il décrit les petites morts successives de la perte d'autonomie ainsi que les sacrifices consentis par ceux qui restent jusqu'au bout auprès de ceux qu'ils aiment.

     

     

     

     


    10 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique