• petite poétesse

    il semble que plus tu écris de mots

    plus tu penses

    que c'est toi qui les écris

    pourquoi crois-tu contrôler les choses

    les mots ne sont-ils pas venus se répandre

    hors de toi la première fois

    se déverser sans ta permission

    et maintenant tu essaies de

    les mettre à ton service

    mais la magie n'opère pas comme ça

    ta précipitation

    étouffe les chefs-d'œuvre

    qui cuisent à l'intérieur de toi

    ton travail consiste à

    te rendre disponible à ce qui se passe

    sois patiente et quand ce sera l'heure

    l'univers te sollicitera à nouveau

     

     

    - l'inspiration

     

    Rupi Kaur

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  •  

    être ceux qui parlent le plus fort sur le terrain de jeu de la terre

    ne nous rend pas plus importants que

    la boue que nous écrasons sous nos pieds

    nous ne sommes rien excepté de l'air

    et du feu et de l'eau et de la terre

    nous sommes un peuple

    qui oublie de quoi il est fait

    un peuple qui parle du temps qu'il fait

    comme si c'était banal et non magique

    comme si les océans

    n'étaient pas de l'eau bénite

    comme si le ciel

    n'était pas une vision 

    comme si les animaux

    n'étaient pas nos frères et sœurs

    comme si la nature n'était pas dieu

    et la pluie les larmes de dieu

    et nous les enfants de dieu

    comme si dieu n'était pas la terre elle-même.

     

    Rupi Kaur

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  • NOTRE MER

     

    Notre mer qui n'es pas au ciel

    et qui embrasses les confins de l'île et du monde

    béni soit ton sel,

    bénis soient tes fonds.

    Accueille les bateaux surbondés

    sans une route sur tes vagues

    les pêcheurs sortis la nuit,

    leurs filets parmi tes créatures,

    qui reviennent le matin

    avec la pêche des naufragés sauvés.

    Notre mer qui n'es pas au ciel,

    à l'aube tu as la couleur du blé

    au couchant du raisin de la vendange, 

    nous t'avons semée de noyés

    plus que tout autre âge de tempêtes.

    Notre mer qui n'es pas au ciel,

    tu es plus juste que la terre ferme

    quand même tu élèves des vgues-murailles

    puis les abaisses en tapis.

    Garde les vies, les vies tombées

    comme des feuilles dans l'allée,

    sois pour elles un automne,

    une caresse, une étreinte, un baiser au frond,

    une mère, un père avant le départ.

     

    Erri de Luca

    Aller simple

    suivi de l'hôte impénitent


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  • "Tu te rappelles quand tu as lu ta première phrase, tu as dit que certains mots pouvaient vouloir dire des choses importantes ? demanda-t-il un jour, assis sur la berge du ruisseau.

    - Oui, je me rappelle, pourquoi ?

    - Eh bien, c'est encore plus vrai des poèmes. Dans un poème, les mots font plus que dire des choses. Ils éveillent des émotions. Des fois même, ils te font rire. 

    ...

    Ecoute un peu. Il est d'Edward Lear". Il sortit de sa poche une enveloppe pliée et se mit à lire :

    Puis Papa-Longues-Jambes

    Et Monsieur Ailes-Tombantes

    Coururent vers la mer

    A grands cris gais et clairs ;

    Ils trouvèrent un bateau

    Voiles roses et tout beau ;

    Et voguèrent loin loin

    Vers le ciel de demain.

    Tout sourire, elle commenta : "On dirait le rythme des vagues quand elles viennent se briser sur la plage."

    De ce jour, elle se mit à composer des poèmes, les inventant alors qu'elle sillonnait le marais dans sa barque ou ramassait des coquillages - des vers simples qui chantaient tout seuls et lui traversaient la tête. "Il était une maman geai, qui réussit à s'envoler, moi aussi je m'envolerais, si seulement je le pouvais." Elle en riait aux éclats, et ils remplissaient pendant quelques minutes solitaires le grand vide de sa longue journée.

     

    Delia OWENS

    Là où chantent les écrevisses


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  • je voudrais te dire les bulles d'air les irisations de la nuit et du jour les décolorés du monde les avant de voir pluies dorées dans les yeux de Benjamin les couleurs furieuses et magistrales des objets hindous la danse chavirante des gracieuses brahmanes 

    le mouvement qui ravit toute nuance toute couleur

    la beauté du monde

    le rire avec ses colliers de perles dans les bouches des enfants

    les vieux enfants que nous sommes

    je voudrais plaider pour ce qui reste de parole

    si nous courons autour du mot utile

    nous courons autour

    la margelle du puits où s'évanouit le mot utile

    avec autour les mots de trop

    le trop de mots

    si nous plaidons pour dessaouler ce monde alors il nous faudra

    le courage

    le cou rage

    le court âge

    le coeur rage

    le corazon

    l'espoir fou    le courage

     

    SAPHO


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