• Célian,

     

    L'île autrefois était nue.

    Elle était née de l'écume de la mer du Nord. C'était la plus belle île jamais créée.

    Dessus il n'y avait que trois êtres : un élan, un oiseau froissé et un garçon très sage (même s'il avait quelques problèmes avec l'école).

    La voûte au-dessus de l'île rouge s'était arrondie pour que les planètes puissent venir tourner autour. Copernic et Ptolémée et tous s'étaient trompés : c'était l'île le centre de l'univers.

     

    Quelques gouttes, est-ce que le déluge va bientôt recouvrir les champs de colza que moi Robinson j'ai mis tant d'années à faire pousser ?

    Je m'assois sous l'amandier tout mouillé.

    Et je me dis

    entre l'herbe et la pluie

    il n'y a rien.

     

     

    Maud Simonnot

    L'enfant céleste


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  • Je ne pensais à rien de particulier quand il me vient une idée saugrenue, comme un chat qui s'allonge, les pattes à coussinets roses en l'air, pour se faire caresser le ventre.

    Tout à coup il me semble pouvoir envisager d'être un homme marié et même marié à l'église et que ce peut être un sort enviable que d'enlacer toute sa vie la même femme, pas forcément pour faire quoi que ce soit, mais simplement pour être dans la même chambre.

    Je serais tout disposé à donner son bain à la petite, à lui mettre sa couche et je lui aurais mis son pyjama quand elle rentrerait du laboratoire, et puis je passerais de l'huile d'amande douce sur les joues roses de l'enfant pour qu'en l'embrassant, ma femme sente le parfum d'amande de notre fille.

    Et puis l'un ou l'autre de nous deux suivrait le cercueil de l'autre. Sauf bien entendu, au cas où nous trouverions la mort au même instant, comme le couple sur la route de campagne ; 

     

    Audur Ava OLAFSDOTTIR

    Rosa Candida


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  • Hier, dans la cour galeuse de l'ancienne caserne de pompiers où je vis, je me suis fait apostropher par cinq pissenlits au pied d'un mur moussu. Avant de devenir jouets aériens pour les enfants, ces fleurs n'étaient que louanges, vivats, exaltation de l'or des jours fragiles. Leur joie d'exister était si grande qu'elle attirait comme un aimant les rayons des étoiles les plus éloignées de la terre. Toute la lumière du ciel s'engouffrait dans l'entonnoir de leurs petits cœurs jaunes. A l'instant où je les ais vus, Dieu est passé devant mes yeux dans une nuée d'or et de pollen.

     

    Christian BOBIN

    Prisonnier au berceau 


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  • 106

     

    Merveilleuse angelotte, aux ailes lestes,

    Descendit du ciel sur le frais rivage

    Où je marchais seul selon mon destin.

     

    Comme elle me vit sans aucune escorte

    Elle tendit sous l'herbe, sur la route

    Un piège de soie qu'elle avait filé.

     

    Alors je fus pris, non sans grand bonheur,

    Car ses yeux me lançaient de doux rayons.

     

    Pétrarque 

    Canzoniere


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  • J'ai toujours dû la vie à ce que je voyais de pur. Si nous savions regarder le réel de chacun de nos jours, nous tomberions à genoux devant tant de grâce. Dans un fossé du parc de la Verrerie, quelques myosotis triomphent des ténèbres par innocence de leur bleu et leur enfantine soumission aux ordres contradictoires du vent. Ces petites fleurs ne semblent flotter sur aucune tige, comme un ciel second égaré parmi nous. Un regard aimant sur elles et elles sont délivrées, remontant aussitôt au ciel premier à l'intérieur duquel - selon le prophète Hénoch - les anges forgent leurs épées et leurs cuirasses.

    Me croira-t-on si je dis que les myosotis sont plus beaux de fleurir au Creusot à l'ombre des usines asthmatiques ! C'est un même secret que la grâce et l'infortune, une même vue donnée sur l'éternel par la puissance et la douceur. 

    Christian BOBIN 

    Prisonnier au berceau 


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