• Brusquement, lui revient une histoire qu'Araxie, l'arrière grand-mère arménienne de Charlotte, leur avait confiée un soir.

    Quand le Near Est Relief, l'association humanitaire américaine, décida de racheter les orphelins arméniens aux familles de leurs maîtres, ils les alignèrent le long de la voie ferrée en attendant le train pour l'orphelinat d'Alep.

    Ils étaient des centaines de survivants à patienter ainsi, une goutte d'eau, tellement il y avait eu de morts.

    Tout près d'Araxie, un enfant turc d'à peine deux ans jouait dans la poussière, assis par terre loin de sa mère. Quand le train est arrivé, l'arrière grand mère de Charlotte l'avait pris par la main et l'avait fait monter avec elle.

    "J'aurais pu le tuer, me venger de mes souffrances, leur avait-elle expliqué, mais je me suis dit que ça ferait toujours un Arménien de plus et un Turc de moins. ils nous en avaient tellement enlevé."

    Pascal MANOUKIAN

    Ce que tient ta main droite t'appartient


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  • poème 12

     

    De même que nous ne ne pouvons

    soutenir longtemps un regard,

    nous ne pouvons non plus soutenir longtemps la joie,

    la spirale de l'amour,

    la gratuité de la pensée,

    la terre en suspens de cantique.

     

    Nous ne pouvons pas même soutenir longtemps

    les proportions du silence

    quand une chose le visite.

    Et moins encore

    quand rien ne le visite.

     

    L'homme ne peut soutenir longtemps l'homme,

    ni non plus ce qui n'est pas l'homme.

     

    Et néanmoins il peut

    supporter le poids inexorable

    de ce qui n'existe pas.

     

    Roberto JUARROZ

    15 poèmes 


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  • Toi le féminin

    Ne nous délaisse pas,

    Qui n'est point douceur

    Ne survivra pas.

     

    François CHENG

    Enfin le royaume


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  • L'ivrogne n'a pas de genre

     

    Ce matin je me suis réveillé encore

    J'en remercie mon Seigneur

    Le monde est une telle porcherie

    Que je dois me couvrir la tête 

     

    J'aime et je loue le Seigneur

    Au Seigneur je pardonne vraiment

    J'espère ne pas regretter

    De lui permettre d'être vivant

     

    Je sais que vous aimez me saouler

    Et vous moquer de ce que je dis

    Je suis très heureux qu'il en soit ainsi

    Tous les jours je suis assoiffé

     

    Je suis fâché contre l'ange

    Qui m'a pincé à la cuisse

    Et m'a fait tomber amoureux

    De chaque femme qui passe

     

    Je sais qu'elles sont vos soeurs

    Vos filles, vos mères et vos épouses

    Si j'ai omis une femme une seule

    Alors là toutes mes excuses

     

    S'enfuir au paradis c'est amusant

    Quand on sort des sentiers battus

    Le Seigneur est un sacré singe quand

    On le porte sur le dos

     

    Le Seigneur est un sacré singe 

    c'est une sacrée femme aussi

    Un sacré lieu de rien

    Un sacré visage le tien

     

    Puisse-t-Il sur votre tempe s'écraser

    Et scruter à travers vos yeux

    Puis vous faire tomber amoureux

    De tous ceux que vous méprisez 

     

    Léonard COHEN

    Le livre du désir

     


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  • Tant et tant de vies ont vécu,

    Tant et tant de paroles sont dites.

    Le dernier mot, nul ne l'entend ;

    Toi seul qui sais, le diras-Tu ? 

     

    François CHENG

    Enfin le royaume 


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