• lumière

     

    une lumière d'une autre saison,

    crémeuse et blanche, est entrée

    dans la pièce et glisse

    lentement sur l'armoire

    la théière russe, elle tombe

    sur la photo d'une famille

    un jour d'été, autour

    de la table  : gâteaux, limonade

    à gorgées lentes

     

    ce qui console n'est pas la lumière

    l'important c'est

    qu'elle change, 

    disparaît et revient

     

    d'où que vienne le chagrin

     

    Miriam Van Hee

    (la cueillette des mûres)


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  • Une auteure de science fiction avec un personnage central féminin, une réplicante qui se souvient à chaque instant de la briéveté de sa vie et donc de sa mort proche, dans un peu plus de trois ans, une histoire de déchets nucléaires et de son site d'enfouissement Onkalo.

     

    Socrate et sa dernière chanson

    - Ah, Bruna.. Tu te rappelles qui était Socrate ?

    - Bien sûr. Un de tes sages de l'Antiquité. Celui qui a du se suicider.

    - Oui, c'est lui. On l'a condamné à mort et conduit en prison, avec l'obligation de boire une dose mortelle de ciguë le lendemain matin. Ses amis ont soudoyé les gardes pour qu'il puisse s'échapper, mais il n'a pas voulu le faire.

    - Pourquoi ?

    - Il disait que sa fuite le ferait paraître coupable. Et puis il ne voulait pas vivre loin d'Athènes. Mais ce n'est pas de ça dont je voulais te parler. Le plus intéressant c'est qu'il a passé la nuit entouré de ses amis, mais il a consacré la plus grande partie de ses dernières heures à apprendre à jouer une mélodie très difficile à la flûte. Ses amis, exaspérés, lui ont demandé pourquoi il perdait son temps avec ça, à quoi ça allait lui servir, puisque sa vie allait s'achever au lever du jour. Et alors il a répondu : "A quoi voulez-vous que ça serve ? A apprendre cette chanson avant de mourir."

    ....

    - Eh bien, je trouve ça idiot.

    - Mais qu'est-ce que tu peux être bête parfois, Bruna ! Tu ne comprends pas ? D'abord, c'est parce que la seule chose qui donne du sens à la vie, c'est la connaissance, l'art, la beauté. Mais, surtout, c'est parce que ça revient au même d'apprendre la chanson dix ans ou dix minutes avant de mourir, car ce sera toujours un apprentissage face au néant , une construction fragile et éphémère. Nous sommes des êtres fugaces et nous le sommes tous, très chère. 

    Rosa MONTERO

    Le poids du coeur


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  • - Semaine de la santé mentale du 13 au 26 mars 2017 -

     

     

    chaises musicales et chaise électrique

    Nous avons tous autour de nous des personnes bien intentionnées, qui sont toujours prêtes à vous proposer de l'aide, mais jamais à vous en demander, qui, avec leur dévouement, leur bonne volonté, vous enferment dans un de ces cartons où est portée en gros la mention "FRAGILE". C'est seulement en vivant les uns avec les autres que nous pouvons découvrir combien les sens sont infiniment moins uniques que nous l'imaginons.

    je m'appuie beaucoup sur mon mari, sur nos filles. Ils ne se servent pas de la bipolarité dont je souffre pour m'épargner la peine et me priver de la joie de me rendre utile. Ils savent qu'ils peuvent me demander certains services, qui comptent pour eux. Quand la relation d'aide s'avère être en réalité une authentique relation d'entraide, tout le monde  gagne et la liberté de chacun s'élargit. On sait qu'on peut placer sa confiance non pas seulement dans une force protectrice qui n'appartient en réalité qu'à Dieu - quand on y croit ! - mais dans la faiblesse consentie de chacun, qui est le don inestimable par excellence.

    A vrai dire, tout cela tient à très peu de choses, et je pourrais formuler une autre version de ceci en disant que jamais je ne me la suis coulée aussi douce que cet automne. Les objectifs, la performance, l'efficience : tout cela fait joyeusement naufrage dans la seule joie d'exister qui n'a de comptes à rendre qu'à elle seule et qui, malgré les apparences, prend sa part du poids du monde. Être là, ensemble, n'appartient à aucune logique de rentabilité.

    Demander de l'aide à quelqu'un, quelle confiance cela suppose ! Est-ce que les personnes fragiles méritent vraiment qu'on les prive d'une telle joie ? L'aliénation, ce ne sont pas des salauds, à abattre, ce ne sont jamais des personnes qu'il suffirait d'éliminer pour effacer définitivement de la terre toute mémoire de violence. L'aliénation procède toujours d'une pétrification des êtres dans des rôles présumés intangibles, sans aucune possibilité d'intervention.

    Nous ne pourrons jamais être là tous ensemble si, de temps en temps, nous n'acceptons pas - avec allégresse - de jouer aux chaises musicales : que chacun change de place, occupe pour un temps celle d'un autre, cède la sienne, voir accepte provisoirement de ne plus en avoir du tout ! Il y a quelque chose d'au moins aussi terrible qu'être condamné à la chaise électrique, c'est d'être condamné à perpétuité, par la commisération des autres, à une chaise roulante infamante parce qu'impartageable.

    Être là

    Véronique DUFIEF

    (en allant de Christian Bobin à Alexandre Jollien, j'ai rencontré Véronique DUFIEF, femme mûre, mère, poète, atteinte de bipolarité)

     

    merci à Thérèse qui m'a prêtée ce livre,

    ange au doux sourire accueillant


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  • Noir l'oiseau

    non ! bleu !

    la branche en bouge encore

     

    Jack KEROUAC


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  • Le monde est un arbre (suite et fin)

     

    arbres

    qui habitez les haïkus

    je vous écoute

    j'écoute votre sève de silence

     

    et Ryôkan m'émerveille

    le monde est devenu

    un cerisier en fleurs

    ...

    Le monde est un arbre

    et nous feuillons infiniment

    entre la mort et la vie

    ...

    arbre d'étoiles recueillies

    chemin de cœur chemin de vie

     

    chemin que prennent sans répit

    les cyprès de Vincent

    en poussière d'étoiles

    cyprès galaxies

    eaux vives de l'instant

    émergeant toujours du présent

    cyprès foudroyés foudroyants

    hors du mesurable

    énergie pure 

    discontinuité créatrice

    vision d'une vie enfin complète

     

    le monde est un arbre

    et nous sommes les feuilles

    de ses branches

    un arbre dressé

    qui regarde les veines du ciel

    un arbre perdu

    qui pousse au centre du monde

    un arbre éperdu

    qui se couche lentement sur le lit du vent

     

    Zéno BIANU

    (le désespoir n'existe pas)


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