• Hier, dans la cour galeuse de l'ancienne caserne de pompiers où je vis, je me suis fait apostropher par cinq pissenlits au pied d'un mur moussu. Avant de devenir jouets aériens pour les enfants, ces fleurs n'étaient que louanges, vivats, exaltation de l'or des jours fragiles. Leur joie d'exister était si grande qu'elle attirait comme un aimant les rayons des étoiles les plus éloignées de la terre. Toute la lumière du ciel s'engouffrait dans l'entonnoir de leurs petits cœurs jaunes. A l'instant où je les ais vus, Dieu est passé devant mes yeux dans une nuée d'or et de pollen.

     

    Christian BOBIN

    Prisonnier au berceau 


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  • 106

     

    Merveilleuse angelotte, aux ailes lestes,

    Descendit du ciel sur le frais rivage

    Où je marchais seul selon mon destin.

     

    Comme elle me vit sans aucune escorte

    Elle tendit sous l'herbe, sur la route

    Un piège de soie qu'elle avait filé.

     

    Alors je fus pris, non sans grand bonheur,

    Car ses yeux me lançaient de doux rayons.

     

    Pétrarque 

    Canzoniere


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  • J'ai toujours dû la vie à ce que je voyais de pur. Si nous savions regarder le réel de chacun de nos jours, nous tomberions à genoux devant tant de grâce. Dans un fossé du parc de la Verrerie, quelques myosotis triomphent des ténèbres par innocence de leur bleu et leur enfantine soumission aux ordres contradictoires du vent. Ces petites fleurs ne semblent flotter sur aucune tige, comme un ciel second égaré parmi nous. Un regard aimant sur elles et elles sont délivrées, remontant aussitôt au ciel premier à l'intérieur duquel - selon le prophète Hénoch - les anges forgent leurs épées et leurs cuirasses.

    Me croira-t-on si je dis que les myosotis sont plus beaux de fleurir au Creusot à l'ombre des usines asthmatiques ! C'est un même secret que la grâce et l'infortune, une même vue donnée sur l'éternel par la puissance et la douceur. 

    Christian BOBIN 

    Prisonnier au berceau 


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  • Elisa BRUNE et Paul QWEST

    Nos vies comme Evènement

    (ce que l'art et la science transforme en nous)

     

    En mai 2016, une simple mousse au chocolat qu’elle ne digère pas provoquera pour Élisa Brune un diagnostic médical sans appel : « Il ne vous reste que trente jours à vivre, madame. » Paul Qwest, témoin de la scène, l’invitera quelques jours plus tard à remettre la vie au cœur de cet événement en lui proposant de se lancer avec lui dans la rédaction d’un livre initiatique passionnant, une épopée scientifique, artistique et littéraire sous-tendue par leurs dix années de conversations. Cette belle aventure va durer plus de trois ans et demi.

     Odile JACOB

    Chaque chapître est composé de deux ou trois pages et de citations d'auteurs divers.

    Je vais laisser le hasard, vous donner quelques titres de chapître, quelques extraits et citations. A lire pour secouer ses neurones endormis, pour apprendre plein de choses, pour retrouver des écrivains ou philosophes, à lire par petits bouts ou pas. Livre mis en avant dans la médiathèque et je me suis laissée happer.

     

    Première partie, se désencombrer

    ...

    troisième partie, entrer dans le présent 

     

    page 107 , Le canari produit un chant différent à chaque printemps. Comment est-ce possible ? Son cerveau fabrique de nouveau neurones chaque année, dans la zone dédiée au chant, et ceux-ci disparaissent à l'automne. Ainsi, l'oiseau oublie son ancienne stratégie de séduction et doit en inventer une nouvelle.

     

    page 131

    Dru

    "J'écris de la musique comme vache qui pisse" W. A. MOZART

    page 191

    A Auschwitz

    "Ce matin, il y avait un arc-en-ciel au-dessus du camp, et le Soleil brillait dans les flaques de boue. Quand je suis entrée dans la baraque hospitalière, quelques femmes m'ont lancé :"Vous avez de bonnes nouvelles ? Vous avez l'air si radieuse !" J'ai inventé une petite histoire où il était question de Victor-Emmanuel, d'un gouvernement démocratique et d'une paix toute proche, je ne pouvais tout de même pas leur servir mon arc-en-ciel, bien qu'il fût l'unique cause de ma joie ?" Etty HILLESUM

    page 421

    Sommes nous toujours l'ignare d'un autre ?

    Innombrables sont les créateurs de génie qui ont été incompris par leur époque, au point de passer pour des ignares. C'est que le génie passe souvent par la transgression des conventions et des orthodoxies, de la syntaxe et du vocabulaire, transgression qui à est à tort interprétée comme une méconnaissance et une incapacité ; cette idée que Picasso ne savait pas dessiner. Imprégnons-nous des jugements qui n'ont pas fait date.

    ...

    A propos de Victor Hugo, Edmond Duranty dans le Réalisme en 1857 écrit : "Ôtez à Hugo 30 gros adjectifs, et toute sa poésie s'affaisse comme un plafond auquel on enlève ses étais."

    page 452

    Global

    "Je suis l'âme sœur de tout ce qui vit, de la girafe et du crocodile autant que de l'humain". Gustave FLAUBERT

     

     

     Elisa BRUNE est décédée le 29  novembre 2018.

     


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  • S'adonner au silence

     

    Expulsé par la mer

    le coquillage gît sur la plage

    à peine a-t-il conscience de vivre

    mais il recèle 

    entre ses valves entrouvertes

    un profond mystère

     

    Peut-être la chanson

    jamais chanté d'un noyé

    ou la senteur désespérée

    d'une plante sous-marine

     

    Il est difficile

    de garder ce mystère

    quand le soleil brûle

    et que le vol rapide

    d'une mouette 

    l'ombrage brièvement

    mais la mer connaît 

    ce qui est son bien

    tous les coquillages

    elle les a comptés

     

    Anise KOLTZ

    Somnambule du jour. Poèmes choisis


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