• Pourquoi ce livre plutôt qu'un autre ?

    c'est un livre offert à mon mari car j'aime beaucoup cet auteur. Il a fini de le lire et maintenant, ce fut mon tour.

    Pourquoi vous offrir ces mots au lieu d'autres ?

    C'est une histoire d'un adolescent qui se retrouve au Canada, dans une région peu hospitalière, le Saskatchewan (rivière rapide) , où la poussière, la chaleur sont là en été et l'hiver des moyennes de -10/-13 degrés. Il a dû quitter ses parents emprisonnés pour avoir braqué une banque et sa soeur s'est enfuie, ne voulant pas de la solution offerte par sa mère. Une solution pour éviter l'orphelinat. Là, il vit dans des conditions rudes et il travaille tous les jours. Son tuteur, le frère de l'amie de sa mère, est un personnage étrange, fuyant ou chaleureux qui va encore l'entraîner dans une situation impossible. La première partie décrit l'avant : ses parents, ce qui les entraîne fatalement vers cet acte délictueux. C'est un récit long dont le but pour moi était de nous faire entrer dans la peau de cette famille, de ce jeune et sa soeur, entrer dans la ronde de leur vie. La deuxième partie décrit son séjour au Canada. La troisième, très courte, l'histoire d'aujourd'hui, de cet adolescent devenu soixantenaire.

    Et j'ai choisi le dernier paragraphe du livre.

    ... Je crois que ce qu'on voit c'est l'essentiel, comme je l'ai enseigné à mes élèves, et que la vie est une forme qu'on nous présente vide. Alors si la signifiance des choses nous pèse, elle ne fait rien de plus. Le sens caché en est quasi absent. 

    Ma mère disait que j'aurais tous les matins du monde pour y réfléchir au réveil, et qu'alors il n'y aurait personne pour me dire quoi penser. J'en ai eu des matins, en effet.

    Ce que je sais, c'est qu'on a plus de chances dans la vie, plus de chances de survivre, quand on tolère bien la perte et le deuil et qu'on réussit à ne pas devenir cynique pour autant ; quand on parvient à hiérarchiser, comme le sous-en Ruskin, à garder la juste mesure des choses, à assembler des éléments disparates pour les intégrer en un tout où le bien ait sa place, même si avouons-le, le bien ne se laisse pas trouver facilement. On essaie comme dit ma sœur. On essaie, tous tant que nous sommes. On essaie.

     

     


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    deuxième extrait de l'article paru sur psychologie de février 2016

    à l'occasion de la sortie du livre :  3 amis en quête de sagesse

    (Matthieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André)

     

    Vous abordez la question de la cohérence. Mais comment être cohérent dans un monde chaotique ?

     

    Le dalai lama disait : « si quelqu’un se jette sur moi avec une arme, je commence par lui tirer dans les pieds s’il le faut, puis après je vais lui caresser la tête. »

    Alexandre Jollien : tout à fait, ce n’est pas : « entrez chez moi et tabassez moi » au contraire, c’est s’ajuster au réel. Tous ces préjugés ont la vie dure. L’acceptation réclame une force et un courage inouï.

    Christophe André : c’est drôle comme ce mot « acceptation » peut, en Occident, hérisser certains ! l’acceptation est ce temps durant lequel on se met en contact avec le réel. « Que se passe-t-il et que puis-je faire ? » L’acceptation précède l’action juste, réfléchie et adaptée. Elle ne consiste pas à dire « c’est bien », mais « c’est là. »


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  • premier extrait de l'article paru sur psychologie de février 2016

    à l'occasion de la sortie du livre :  3 amis en quête de sagesse

    (Matthieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André)

     

    .. Cette dictature de l’actualité nous fait regarder les étincelles et jamais parler de la prévention des feux. On ne voit pas, par exemple, que les jeunes enrôlés par Daech n’ont pas toujours rêvé de couper des têtes. Pourquoi en sont-ils arrivés là ?

    La sagesse, c’est de comprendre les causes et les conditions de la souffrance, et pas seulement celles d’aujourd’hui. Si l’on veut éviter que cela continue, il faut aller aux racines du mal, dans le domaine de l’éducation notamment. C’est pour cela qu’il faut cultiver l’altruisme.

     

    Vous écrivez qu’il faut en arriver à aimer même son ennemi … Ne pensez-vous pas que c’est une des limites de l’empathie ?

    En anglais, ça marche mieux : love et like sont deux notions différentes. En français, le même mot nous fait confondre aimer et apprécier. On pense que l’amour, c’est seulement éprouver des sentiments pour ceux auxquels on est attachés.

    La bienveillance, c’est souhaiter apporter le bonheur aux autres. La compassion vise à remédier aux causes de la souffrance quelles qu’elles soient. C’est ce que signifie « aimer son ennemi ».

    Cela veut dire, par exemple, souhaiter que la haine, l’indifférence, la cruauté, le vice de Bachar Al-Assad disparaissent de son esprit tout en contrecarrant au mieux ses actions barbares. Ce n’est pas être négligent ni tolérant vis-à-vis du mal. C’est simplement dire que des êtres humains sont tombés dans une aberration. Ces personnes « ont » la haine, comme on « a » un cancer. Le malade ne vient pas voir le médecin en disant : « Docteur, je suis le cancer. » Un médecin confronté à un fou violent ne va pas se saisir d’un bâton pour le réduire en charpie ! il va faire le nécessaire pour le maîtriser, puis pour le soigner. Il faut faire cela avec  Bachar Al-Assad. L’empêcher de nuire et, ensuite, si on peut, le soigner. C’est cela la compassion.

     


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  • Pourquoi ce livre plutôt qu'un autre ?

    Pour son titre, Lila et parce qu'il s'offrait devant mes yeux à la médiathèque, parce qu'il parlait de Lila, d'une enfant enlevée à sa famille biologique par Doll, parce qu'il parlait d'un révérend et de la foi, parce qu'il parlait de confiance. 

    Puis une semaine ou deux plus tard alors que j'en finissais la lecture, un article sur le nouvel observateur montrait l'auteur recevant du président Obama, une distinction et lui confiant qu'il aimait ses livres. 

    Pourquoi vous offrir ces mots au lieu d'autres ?

    Il y en avait beaucoup dans ce livre, beaucoup. Des mots racontant l'histoire des Américains pauvres allant d'un état à un autre pour donner l'aide aux agriculteurs. Des mots racontant l'instabilité de cette Lila, se retrouvant un jour seule, sans sa Doll, sans son groupe, l'impossibilité de faire confiance. Des mots racontant l'émerveillement de ce révérend veuf et âgé devant cette femme, entière, directe, en peine aussi. Les mots, elle ne savait pas trop les dire, les formuler, sauf qu'elle planta des fleurs sur la tombe de sa femme et son enfant.

     

     

    premier extrait (Lila)

    ... un jour, à l'église, ils avaient lu l'histoire de la reine d'Egypte qui, descendant à la rivière, avait trouvé un bébé flottant dans un panier, et ce bébé était devenu le sien. Vis. La mère de cet enfant était censé le tuer, mais elle n'avait pas eu le courage. Elle l'avait mis dans la rivière, et la reine l'en avait sorti. Mais, ensuite, il grandit, devint un homme et décida qu'il ne voulait pas être l'enfant de la reine. A moins qu'elle ne soit morte, et que ce ne soit le père de la reine qui n'aime pas l'enfant ; de à, l'histoire ne dit rien. J'espère bien qu'elle est morte avant qu'il ait eu l'occasion de la traiter de cette manière, songea Lila. Elle aurait dû pouvoir lui faire confiance. Et voilà que je me remets à penser comme ça. On peut se fier à personne. C'est ce que je me dis tout le temps. Si jamais je dois essayer un jour, autant que ce soit maintenant, tant que je peux partir s'il le faut, tant que je suis encore assez jeune pour me débrouiller toute seule un moment. Tant que c'est pas trop grave si ça marche pas. 

    deuxième extrait (le révérend)

    Il ne s'agit pas de dire que la joie et là pour compenser la perte, mais que l'une et l'autre existent individuellement et doivent être reconnues pour ce qu'elles sont. La souffrance est très réelle, et la perte nous semble tout à fait définitive. La vie sur terre est difficile, grave, merveilleuse. Notre expérience est fragmentaire. Ses parties ne s'additionnent pas. Elles ne s'intègrent même pas dans un seul et unique calcul. Parfois, on a peine à croire qu'elles forment un tout. Rien n'a de sens tant que nous ne comprenons pas que l'expérience ne s'accumule pas comme l'argent, les souvenirs, les années ou les faiblesses.

     

    troisième extrait

    Allons, pour l'heure il y avait des géraniums sur le rebord des fenêtre, et un vieil homme assis à la table de la cuisine, récitant à son bébé un poème qu'il connaissait depuis toujours, se demandant sans doute encore s'il avait réussi à assurer à son épouse une place dans cette vie d'après, s'il pourrait jamais en être certain.

     

     


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  • pour Bonheur du jour

     

    J'ai vu le grand poker mondial des Bourses jeter en cliquant des continents dans la famine. 

    J'ai vu les eaux monter inexorablement, avalant des villages de pêcheurs et les ours blancs tourner sans trouver le sommeil sur une banquise en loques. 

    J'ai vu des cyclones arracher des forêts, et des hommes se dessécher dans de nouveaux déserts.

    Il y a même des endroits où on continue à couper le clitoris des femmes.

    Les derniers hêtres vont quitter la Provence.

    Et pourtant chaque matin certains d'entre nous se ruent sur leur ordinateur pour rejoindre les autres. Quand ils les croisent dans la rue, dans le vie, ils ne les voient pas.

    Qui est responsable ? les hommes, la nature ? Le bien et le mal n'ont jamais existé dans le chaos de l'univers. Les étoiles font leur vie et s'en vont. Chacun de nous essaie de sortir un instant de la nuit, d'être aimé, d'éloigner la mort. Je ne suis ni pire ni meilleur que les autres, j'écris pour être aimé, pour comprendre ce chaos, notre folie, pour retenir ceux qui s'en vont.

    La trace que je laisse n'a pas plus d'importance que la bave argentée d'un escargot. J'aime la blancheur de mon cahier, l'odeur du café dans un bol rouge et la lumière des saisons qui glisse derrière mes vitres comme si l'homme n'avait rien dérangé.

    René Frégni

    la fiancée des corbeaux

     


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