• Lenteur, lenteur de tes gestes

    Et de ton corps...

    Ecoute, écoute ce corps

    Que tu as longtemps,

    Si longtemps méprisé

    Ou délaissa.

    Ecoute ce corps, respecte-le,

    Lui sans qui tu ne pourrais exister.

    Il est fatigué de tes excès,

    Las d'avoir été négligé,

    Malmené, mené parfois au bout de ses forces

    Comme s'il n'était là que pour t’obéir,

    Pour être dominé, esclave à ton service.

     

    As-tu quelquefois été à son service ?

    Lui as-tu accordé un peu d'attention ?

    Toi qui ne pouvais être sans lui,

    Qui ne peux être que par lui,

    Toi qui sans lui ne peux te mouvoir,

    Tu lui as demandé toujours plus,

    Sans égard pour ses besoins,

    Pour ses limites

    Toujours plus vite, plus d'exigences,

    Plus de travail.

     

    Peut-il encore suivre la vitesse

    De tes demandes, la vitesse de ton 

    Esprit ? Il est temps de l'écouter,

    Apprends à le respecter,

    Apprends la lenteur...

     

    Lenteur, lenteur, elle te permet

    De te relier à ton intériorité profonde,

    A ta vérité.

    Elle te donne de l'espace

    Afin que ton germe d'Eveil

    Puisse grandir

    Et qu'il t'envoie lui aussi

    L'énergie dont tu as besoin

    Pour vivre, pour être à l'extrême pointe

    De la vigilance.

     

    Alors, lenteur, lenteur,

    Trésor puissant, joyau secret,

    Je te respecte,

    Je te donne la liberté

    D'être,

    Lenteur, lenteur,

    Je te laisse m'envahir

    de douceur. 

     

    Denise Desjardins

    Les fleurs de l'âge

    (livre écrit à l'âge de 92 ans)

    son fils Arnaud, dirige le centre spirituel de Hauteville, fondé par Arnaud Desjardins 


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  • pour Mlle Jeanne 

     

    Il (Maître Huang Yuan) m'a aussi enseigné à vivre les moindres gestes de la vie quotidienne, car c'est en eux que le peintre trouve son inspiration. Une réceptivité totale nous rend attentifs aux vibrations des choses, à la nuance de l'aube.

    Il m'a appris, en me levant, à sentir la petite brume matinale qui varie chaque jour. Elle éclaire un aspect de soi encore inexploré, un sentiment ignoré. "On enrichit sa peinture en vivant pleinement l'humeur du jour, disait-il. Le peintre ne copie pas la nature, en même temps elle est sa révélation première ; il en restitue les traits, les états, l'ossature.

    Un brin d'herbe est source de connaissance. Il apprend la ligne drue, coupante, dense. La danse de l'oiseau en vol t'indique comment se déployer, prendre son élan, piquer vers le sol. Il faut te nourrir des vies qui t'entourent. Elles provoqueront des émotions et des perceptions de plus en plus riches et variées.

    Le peintre, au cours de son existence, se construit une banque de données psychiques à partir de sa connivence avec le monde. C'est ce qu'il restitue dans son trait. Un jour, de cette banque de données naîtra naturellement, en un geste spontané, un acte créatif."

     

    Fabienne VERDIER

    Passagère du silence

     


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  • J'en ai plus qu'assez de me torturer les méninges

    pour écrire. Je crois que je vais laisser les mots

    sortir tout seuls comme un enfant fatigué.

    "Je peux avoir une part de tarte ?" demande-t-il

    avant de se rendormir sur la corne de la lune.

     

    JIM HARRISON

    Une heure de jour en moins 

    poèmes


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  • Une communauté se noie parfois en elle-même,

    puis ressuscite. Chaque mètre semble

    avoir ses fleurs, chaque rue ses pies en résidence.

    Dans le champ extérieur du terrain de base-ball

    poussent de merveilleuses petites fleurs blanches qui,

    selon un jardinier, sont du "liseron insidieux". 

    Toute ma vie j'ai aimé les mauvaises herbes.

    Ce sont des poètes botaniques, indésirables. 

    Elles ne vous font pas gagner un dollar.

    Les gens détruisent le répugnant pissenlit

    que depuis le début de l'enfance je trouve splendide,

    en soufflant les graines duveteuses après leur mort,

    propulsant tous ces bébés dans le sombre univers, 

    mais j'ai aussi un faible pour les passereaux vachers

    et les corneilles, ces passereaux et les poètes pondent

    leurs oeufs pour que d'autres les couvent,

    avant de s'en aller sans raison.

     

    JIM HARRISON

    une heure de jour en moins 

    poèmes


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  • La mousse fluorescente des vieux murs parle la langue des disparus.

    C'est une langue sourdement lumineuse, un serpent émeraude qui monte au cœur.

    Noireclaire de Christian BOBIN

     Pourquoi aimons-nous tant les feuilles mortes alors qu'elles sont le signe de notre fin, sinon parce que nous avons profondément besoin d'être menés loin du monde ?

    Noireclaire de Christian BOBIN 

    Quand une joie monte du papier blanc jusqu'à ma main, j'ai la certitude que personne n'est perdu. 

    Noireclaire de Christian BOBIN

     

    Christian BOBIN

    Noireclaire


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