•  

    L’alouette,  sur son lit de terre, dès que le matin point

    Ecoute en silence ; puis, s’élançant du champ de blé qui ondule, à pleine voix

    Conduit le chœur du jour : son trille éperdu

    Montant sur les ailes de la lumière dans le vaste espace

    Retentit en écho dans l’adorable azur et la brillante sphère  des cieux.

    Sa gorge étroite lutte avec l’inspiration ; toutes les plumes

    De sa gorge, de sa poitrine, de ses ailes vibrent du souffle divin.

    Toute la nature l’écoute en silence, et l’auguste soleil

    S’arrête sur les monts, laissant tomber un petit oiseau

    Un regard de douce humilité, d’émerveillement, d’amour  et de respect.

    Alors, à pleine voix, de leurs verts bosquets tous les oiseaux  entonnent leur chant :

    Grive, linot, chardonneret, rouge-gorge et roitelet

    Eveillent le soleil de son doux songe sur les monts.

    Le rossignol de nouveau module son chant, et, tout le jour

    Comme toute la nuit, épanche de son inépuisable gazouillement,  tous les oiseaux chanteurs

    Ecoutant attentifs ses accents éclatants, avec admiration et amour.

     

     

    Traduit de l’anglais par Madeleine. L Cazamian

    In, « William Blake, Poems/poèmes »


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  • La montagne est trop haute

    Les nuées trop limpides

    Pour quoi sommes-nous faits 

    Dans la vallée profonde

     

    Le chemin nous échappe

    Le cœur est notre guide

    Si loin déjà d'ici

    Dans son ordre invisible

     

    Gérard BOCHOLIER

    Depuis toujours le chant


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  • La partie

     

    Il y a des jours comme ça

    où je me demande si

    la partie est terminée

    ou si, au contraire,

    elle vient juste de commencer.

    Aujourd'hui est un de ces jours-là

    sauf qu'il dure depuis dix ans,

    déjà.

    Je commence à trouver le temps

    long.

    En plus de ça, depuis ce matin

    je me demande si un poème

    est le début, ou la fin

    d'un énième chapitre.

    J'en suis arrivée à la conclusion suivante :

    un poème c'est quelque chose

    d'éphémère et joli

    comme la signature d'un doigt

    sur la buée d'une vitre.

     

    Cécile COULON

    Ronces


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  • (dans la geôle, avant la crucifixion, Jésus entend la pluie)

    J'imagine un autre destin. Les autorités fuient la montée des eaux. On me relâche. Je retourne dans mes provinces, j'épouse Madeleine, nous menons la vie simple des gens ordinaires. Charpentier par trop médiocre, je deviens berger. Nous préparons du fromage, avec le lait des brebis. Chaque soir, nos enfants s'en délectent et grandissent comme des plantes. Nous vieillissons heureux.

     

    Suis-je tenté ? Oui. Plus jeune, je me réjouissais d'être élu. A présent, je n'ai plus cette faim. Elle est rassasiée. Je préférerais rejoindre la douceur de l'anonymat, ce que l'on nomme à tort la banalité. Rien de plus extraordinaire pourtant que la vie commune. J'aime le quotidien. Sa répétition permet d'approfondir les éblouissements du jour et de la nuit : manger le pain sortant du four, marcher pieds nus sur la terre encore imprégnée de rosée, respirer à pleins poumons, se coucher le long de la femme aimée - comment peut-on vouloir autre chose ?

    Cette vie-là aussi se termine par la mort. Je suppose néanmoins que mourir est très différent quand c'est l'oeuvre de l'âge : on s'éteint avec les siens, cela doit ressembler à un endormissement. Si je pouvais échapper à la violence annoncée, je ne demanderais rien de mieux.

    La pluie s'arrête. L'hypothèse exquise s'achève.

    Tout s'accomplira.

    Amélie NOTHOMB

    SOIF

     


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  • Le faisan

     

    Tu as dit que tu le tuerais ce matin,

    Ne le tue pas. Sombre, étrange... j'en tremble encore.

    Cette tête a surgi, allant son chemin

     

    Parmi l'herbe haute de la colline à l'orme.

    C'est quelque chose, que de posséder un faisan,

    Ou même seulement d'en avoir la visite.

     

    Je ne suis pas mystique : ce n'est pas du tout

    Comme si je croyais qu'il avait un esprit.

    Il est tout simplement dans son élément.

     

    Cela lui donne une prestance de roi, un droit.

    L'empreinte de sa large patte l'autre hiver,

    Le sillon de la queue sur la neige, chez nous ---

     

    Le prodige de cela, dans cette pâleur,

    A travers les traces croisées des moineaux.

    C'est sa rareté, peut-être ? Il est rare.

     

    Mais il me plairait d'en avoir une douzaine,

    Une centaine sur cette colline --- verts, et rouges,

    Se croisant et se recroisant : une aubaine !

     

    Il est tellement bien dessiné, et si vif.

    C'est une petite corne d'abondance.

    Tapageur, il se déploie, brun comme une feuille,

     

    Et se pose sur l'orme, où il est tranquille.

    Il profitait du soleil dans les narcisses.

    J'ai fait un pas de trop, stupide. Laisse-le, laisse-le.

     

    Sylvia PLATH

    La traversée


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