• Paris le 11 mars 1996,

     

    Cher jeune poète,

     

    J'ai mis du temps à vous répondre : bousculade et surtout raison de santé. Ca va mieux, je reprends le collier.

     

    J'ai lu vos poèmes avec intérêt, parfois avec participation. Un conseil : tournez-(vous) davantage vers le quotidien, le tous les jours, l'infini dit par l'anonyme. Ayez espoir : la ressource est là. Il faut se mettre à l'unisson. Et le quotidien est infini et il y a l'espoir d'en faire un arc de triomphe. Il faut vivre pleinement pour pouvoir dire et savoir saisir sa façon de dire.

     

    Bien cordialement.

     

    Guillevic


    13 commentaires
  • Célian,

     

    L'île autrefois était nue.

    Elle était née de l'écume de la mer du Nord. C'était la plus belle île jamais créée.

    Dessus il n'y avait que trois êtres : un élan, un oiseau froissé et un garçon très sage (même s'il avait quelques problèmes avec l'école).

    La voûte au-dessus de l'île rouge s'était arrondie pour que les planètes puissent venir tourner autour. Copernic et Ptolémée et tous s'étaient trompés : c'était l'île le centre de l'univers.

     

    Quelques gouttes, est-ce que le déluge va bientôt recouvrir les champs de colza que moi Robinson j'ai mis tant d'années à faire pousser ?

    Je m'assois sous l'amandier tout mouillé.

    Et je me dis

    entre l'herbe et la pluie

    il n'y a rien.

     

     

    Maud Simonnot

    L'enfant céleste


    12 commentaires
  • Je ne pensais à rien de particulier quand il me vient une idée saugrenue, comme un chat qui s'allonge, les pattes à coussinets roses en l'air, pour se faire caresser le ventre.

    Tout à coup il me semble pouvoir envisager d'être un homme marié et même marié à l'église et que ce peut être un sort enviable que d'enlacer toute sa vie la même femme, pas forcément pour faire quoi que ce soit, mais simplement pour être dans la même chambre.

    Je serais tout disposé à donner son bain à la petite, à lui mettre sa couche et je lui aurais mis son pyjama quand elle rentrerait du laboratoire, et puis je passerais de l'huile d'amande douce sur les joues roses de l'enfant pour qu'en l'embrassant, ma femme sente le parfum d'amande de notre fille.

    Et puis l'un ou l'autre de nous deux suivrait le cercueil de l'autre. Sauf bien entendu, au cas où nous trouverions la mort au même instant, comme le couple sur la route de campagne ; 

     

    Audur Ava OLAFSDOTTIR

    Rosa Candida


    13 commentaires
  • Hier, dans la cour galeuse de l'ancienne caserne de pompiers où je vis, je me suis fait apostropher par cinq pissenlits au pied d'un mur moussu. Avant de devenir jouets aériens pour les enfants, ces fleurs n'étaient que louanges, vivats, exaltation de l'or des jours fragiles. Leur joie d'exister était si grande qu'elle attirait comme un aimant les rayons des étoiles les plus éloignées de la terre. Toute la lumière du ciel s'engouffrait dans l'entonnoir de leurs petits cœurs jaunes. A l'instant où je les ais vus, Dieu est passé devant mes yeux dans une nuée d'or et de pollen.

     

    Christian BOBIN

    Prisonnier au berceau 


    15 commentaires
  • 106

     

    Merveilleuse angelotte, aux ailes lestes,

    Descendit du ciel sur le frais rivage

    Où je marchais seul selon mon destin.

     

    Comme elle me vit sans aucune escorte

    Elle tendit sous l'herbe, sur la route

    Un piège de soie qu'elle avait filé.

     

    Alors je fus pris, non sans grand bonheur,

    Car ses yeux me lançaient de doux rayons.

     

    Pétrarque 

    Canzoniere


    11 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique