• .... Ma mère et moi avons eu une conversation. Nous nous sommes assises et elle m'a dit :

    "Maya, tu ne m'approuves pas parce que je ne suis pas comme ta grand-mère, et c'est vrai, je ne suis pas comme elle. Mais je suis ta mère et, crois-moi, si je fais fonctionner certaines parties de mon corps, c'est pour pouvoir t'acheter des vêtements, remplir ton assiette correctement et conserver ce toit au-dessus de ta tête. Quand tu iras à l'école, la maîtresse te fera des sourires et tu lui souriras en retour. D'autres élèves te souriront et tu leur rendras leur sourire. Je suis ta mère et j'ai à te dire certaines choses que je veux que tu fasses. Si tu arrives à sourire pour les étrangers, s'il te plaît, essaie de le faire aussi pour moi. Je t'assure que j'apprécierais tes efforts."

    Elle a posé une main sur ma joue et m'a souri. "Allez, mon coeur, fais un sourire à maman. Essaie au moins une fois."

    Elle a eu une expression amusante et malgré moi j'ai souri. Elle m'a embrassée sur les joues et s'est mise à pleurer.

    "C'est la première fois que je te vois sourire. Quel sourire lumineux ! Mon magnifique amour de fille peut sourire !"

    Personne ne m'avait jamais dit que j'étais magnifique, et personne ne m'avait jamais dit "ma fille".

    J'ai appris ce jour-là que le sourire peut être un don. Et les années qui ont suivi m'ont appris qu'un mot aimable, un geste, des paroles de réconfort sont des dons charitables - céder ma place à un étranger, augmenter le volume de la radio pour faire plaisir à quelqu'un ou le baisser si ça l'irrite.

     Je ne serai jamais connue comme philanthrope, mais je suis passionnée par la nature humaine et donnerai librement toutes mes ressources.

    Je suis heureuse aussi quand je me sais charitable.

     

     

    Maya Angelou (poète, écrivaine, actrice, enseignante et réalisatrice)

    Lettre à ma fille 

     


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  • Je n'envie 

    ni les puissants, ni les intelligents.

    La jeunesse, la beauté, la notoriété

    me semblent dérisoires et la gloire aussi.

    Quand je serai mort, j'espère seulement

    être le plus longtemps possible

    dans le coeur de mes filles.

    Et si ce n'est pas trop demander,

    être un peu dans le coeur de Dieu.

     

    Alexandre ROMANES

    Sur l'épaule de l'ange


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  • A l'amie de ma jeunesse, à Kitty

     

    La vie ne peut à elle seule

    Nous souder au fil imperceptible des ans.

    Et l'amour ne peut à lui seul

    Nous faire avancer jusqu'au bout main dans la main.

    Mais ce mystique feston que le printemps tresse

    De fragrants lilas et de rose fraîche éclose

    Mieux que des chaînes liera mon âme à la tienne

    Franchissant joie, peine et vie... et ce jusqu'au terme.

     

    Kate CHOPIN

    (Sous le ciel de l'été)


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  • Sur les cent milliards d'êtres humains qui ont successivement peuplé le monde avant nous, combien ont laissé une trace, un nom, une oeuvre qui ait subsisté jusqu'à nos jours? Une proportion infinitésimale.

    Le destin de l'être humain est d'être oublié.

    Pas même ceux qui se sont distingués de façon exceptionnelle à un titre ou à un autre ne survivront indéfiniment dans la mémoire collective. Combien seront encore connus dans cinq siècles ? Ils ne sont guère nombreux. La mémoire n'a jamais été aussi courte dans l'histoire humaine.

    Nous avons beau être assaillis en permanence par une tempête d'informations, nous en savons de moins en moins. Métaphoriquement parlant, notre cerveau est menacé d’explosion. Pour assimiler les informations nouvelles, il doit se débarrasser des anciennes et les consigner à la décharge. Si notre palais de la mémoire était un lieu réel, ses salles seraient remplies à ras bord depuis longtemps. 

     

    Henning Mankell

    Sable mouvant 

    Fragments de ma vie


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  • Dans mon monde, les vérités sont toujours provisoires. Rien de ce que j'ai pu penser au cours de ma vie n'est resté à l'identique. Les vérités sont comme des bateaux. Il faut les piloter en gardant le cap. Eviter les écueils et les récifs. Adapter la vitesse et la voiture. Les vérités voyagent, elles aussi, dans ma tête et dans ma vie. Pour qu'elles survivent, je dois parfois les remettre en question et les modifier.

    Quand j'avais une vingtaine d'années, la guerre des Etats-Unis contre le Vietnam fut un marqueur important, décisif à bien des égards. J'ai pensé, et je le pense toujours, qu'il était juste de s'opposer à cette guerre. Mais une fois les troupes américaines repoussées, le Vietnam a attaqué sont voisin le Cambodge. Et de la même manière que je trouvais juste auparavant de blâmer les Etats-Unis, j'ai pensé qu'il était juste de condamner le Vietnam pour cette agression. A ma surprise, beaucoup ont alors délaissé la raison au profit de la sentimentalité. N'avais-je pas honte de m'en prendre ainsi au courageux peuple vietnamien ? Non, non, assuraient-ils, les Vietnamiens avaient toutes les raisons du monde d'agresser le Cambodge.

    Pour moi, cela été une révélation. Parfois, la vérité doit être mise à l'envers pour être vue à l'endroit. 

     

     


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