• Dans cette rue où tout s'écoule

    Sans accroc, tout marche sans faille,

    Il arrive pourtant qu'en plein jour

    Se produise un effondrement :

    Une vieille dame qu'on aide à se

    Relever, à s'asseoir sur un banc.

     

    "Oh, non non, ce n'est rien ;

    Mais pas à l'hôpital !"

    "Reposez-vous un peu

    Ici, en attendant ..."

    "Oh, j'ai bien tout le temps,

    Personne ne m'attend..."

     

    Ici, ce jour, entre terre et ciel,

    Une vérité est dite ; "J'ai bien

    Tout le temps, personne ne m'attend."

    Oh, nous les passants trop pressés.

    Sommes-nous sûrs d'être attendus ?

    Sûrs d'avoir encore tout le temps ? 

     

    François CHENG

    La vraie gloire est ici 

     


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  • Et maintenant

     

    Elle arrive à l'improviste,

    elle dure autant que les cercles dans l'eau après la pierre,

    elle interrompt les pensées, la mélancolie,

    elle est sans réservation, sans rendez-vous,

    la mystérieuse miette du bonheur.

    Celui qui la reconnaît trop tard

    lui fait un signe à la mémoire

    du temps où elle était là et il ne la connaissait pas.

    Il veut souffler dessus mais inutile,

    l'étincelle de la braise ne part pas.

    Alors, je l'ai à l’œil,

    le nerf prêt à la secousse

    électrique, maternelle, pyrotechnique

    du bonheur, la voici, c'est maintenant.

     

    Erri de Luca

    Le plus et le moins


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  • le temps 

     

    il (le temps) n'est composé ni d'ondes ni de particules. Il n'est pas soumis à l'évolution. Il n'est pas l'oeuvre des hommes.

    On se demande d'où il sort. Nous ne savons pas.

    De quel chaudron magique ? De quels abîmes métaphysiques ? Nous l'ignorons.

    Nous savons tout, ou presque tout, de la matière, de l'air, de l'eau, de la lumière, des lois immuables qui gouvernent l'univers avec une rigueur surprenante, et même de la pensée.

    Nous ne savons rien de ce temps dont le mystère effrayant finit par nous sembler d'une évidente simplicité et comme allant de soi.

     

    ...

    De ce temps si peu vraisemblable où le présent est toujours absent et qui n'est pas un torrent descendu on ne sait d'où mais le rappel perpétuel du dur destin de ces vivants qui sont des morts en sursis, les poètes, comme d'habitude, ont dit d'avance tout l'essentiel.

    ..

    Ronsard, notre maître à tous :

    "Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame.

    Las ! le temps non, mais nous nous en allons".

     

    Jean d'Ormesson

    Le guide des égarés

     

     

     


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  • ....

    Le lecteur entraîne auteur et histoire dans son mauvais temps ou en vacances, il le fait asseoir près de lui, et tout en lisant, il remanie également.

    Recevoir d'un livre est une action aussi active que celle de l'écrire.

    En tant que lecteur, je sais que c'est à moi d'apporter les dernières finitions à ce que je lis, en l'associant à mon existence. Le livre pour moi n'est pas une oeuvre achevée, mais un produit semi-fini. Et pour le finir, le temps de loisir d'un lecteur lui est nécessaire. Le rapport entre eux répond à la question : qui porte qui ? La réponse doit être que le livre porte le lecteur. Dans l'autobus de retour, entre les hommes debout après huit heures passées de bout, le livre devait me faire oublier le poids du corps et du temps de travail.

    Il soutenait aussi la main qui le tenait ouvert au milieu des secousses du voyage. Béni sois-tu, livre, qui mènes mes os au terminus. Par chance, je descends au dernier arrêt, j'aurais manqué un arrêt intermédiaire.

    Mais si le livre se hasarde à me demander de le porter, d'ajouter ses misérables grammes aux quintaux de la journée, alors va-t-en au diable, livre, je ne suis pas ton porteur. Tel a été et reste l'échange inégal entre la matière écrite et son lecteur.

     

    Erri de Luca

    Le plus et le moins

     

    Et si je vous demande de nous confier le titre d'un livre qui vous porte actuellement et vous a porté hier ou avant-hier, lequel nous partagerez-vous ? Peut être volera-t-il jusqu'à nous comme une petite graine.

     


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  •  

     

    à la pierre

     

     

    Nous ne faisons que passer,

    Tu nous apprends la patience,

     

    D'être toujours le témoin

    De l'univers à son aube,

     

    D'être l'élan du Souffle même,

    Soutien sans faille des vivants,

     

    Toujours présence renouvelante

    Entre laves et granits,

     

    N'espérant ni fleur, ni feuille,

    Ni fruit de la luxuriance,

     

    Tu tiens le nœud des racines,

    Contre tous les ouragans.

     

    François CHENG

    la vraie gloire est ici


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