• Partis

     

    Partis, la nuit, l'année, l'hier,

    Les douze petites heures que j'ai volées

    Et puis cachées dans l'ombre de mon âme

    Pour me distraire en chemin...

     

    Qu'ils partent donc, tous, nuit, année, hier !

    Du passé j'ai gardé une petite heure,

    Un joli petit rien que je tiens bien,

    Qui me distrait en chemin. 

     

    Kate CHOPIN (1851/1904)

    Sous le ciel de l'été


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  • L'histoire de mon enfance m'avait orienté vers le choix de la psychiatrie, ou plutôt vers l'idée que je me faisais de cette discipline. Je crois qu'il en est de même pour tout choix théorique. Les abstractions ne sont pas coupées du réel, elles donnent une forme verbale à notre goût du monde. La cohérence théorique nous rassure en nous donnant une vision claire et une conduite à tenir.

    Mais une autre histoire de vie aurait donné cohérence à une autre théorie. Aucune théorie ne peut être totalement explicative, sauf les théories à prétention totalitaire. Un jeune psychiatre choisit une théorie biologique du psychisme, avant toute expérience de l'existence, parce que son histoire l'a rendu sensible à une telle représentation. Une autre expérience l'aurait rendu attentif aux effets psychiques de la relation , et un troisième préférera les explications sociales ou spirituelles.

    Pour chacun, sa théorie apporte une vérité partiellement vraie et totalement fausse. Le drame commence quand, convaincu qu'il est le seul détenteur du savoir, il utilise les armes pour l'imposer aux autres. 

    Boris CYRULNIK

    Les âmes blessées


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  • Ils sont partout sauf en eux, ces gens qui font le tour du monde. Le plus long voyage que j'ai fait, c'était dans les yeux d'un chat. Les bêtes sont des anges. Leur silence est proche de celui des livres. Leur silence est de l'encre. Il porte une tunique de papier, une ceinture d'encre. Il entre dans notre coeur et il parle. De l'intérieur de nous. Sans mots. Les livres qui n'ont pas cette grâce ne sont que marchandises, pesanteur et poison. Les livres - anges, les livres - animaux s'endorment une joue plaquée contre la paroi intérieure de notre coeur. 

    Christian BOBIN

    Un bruit de balançoire


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  • Les gouttes de pluie sur la vitre ont un bombement argenté et une bordure laiteuse.

    La pluie s'arrête.

    Les gouttelettes ne partent pas tout de suite. Elles forment une voie lactée cloutée. Elles semblent figées comme parfois nos vies.

    Puis l'une se met en route. Il est difficile de ne pas penser qu'elle va vers sa mort. La jeune élue, poussée par le vent, s'éloigne de ses soeurs idôlatres, crispées dans une fausse immortalité.

    La petite vivante avec sa joie muette glisse en oblique vers l'abîme, dans l'angle de la vitre encadrée d'acier froid. Voilà. C'est fini.

    Vivre n'est rien d'autre que donner sa lumière, traverser la voie lactée des épreuves, disparaître - et continuer, car telle était la parole qui ce matin se fracassait en dizaines de gouttes d'eau sur la vitre insensible d'un train entre Paris et Genève : aucune lumière donnée ne se perd.

    Nous sommes des paillettes d'or détachées d'une statue vivante. Nous sommes des instants de son souffle, des pollens de sa voix, des petites gouttes de pluie qui prennent le train sans billet jusqu'à l'éternel qui est ceci, ici, maintenant.

    Christian BOBIN

    Un bruit de balançoire


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  • Cette nuit-là Valodia m'enlaça étroitement tandis que les doux ronflements de Tatiana résonnaient dans le tipi.

    Notre union fut aussi harmonieuse que celle du poisson et de l'eau, celle des fleurs et de la rosée, celle de la brise et des chants d'oiseaux, celle de la lune et de la Voie lactée.

    CHI Zijian

    Le dernier quartier de lune 


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