• Comment calmer cette nostalgie du grand démarrage ? On pouvait toujours prier Dieu. C'était une occupation agréable, moins fatigante que la pêche à l'espadon. 

    ...

    On pouvait aussi penser que l'énergie primitive pulsait, résiduelle, en chacun de nous. Autrement dit que résonnait en nous tous un peu du vibrato originel. La mort saurait nous réincorporer au poème initial. Ernst Jünger, quand il tenait un petit fossile du précambrien dans le creux de sa main, méditait sur l’apparition de la vie (c'est-à-dire du malheur) et rêvait aux origines : "Un jour, nous saurons que nous nous sommes tous connus."

    Enfin, restait la technique de Munier : traquer partout les échos de la partition première, saluer les loups, photographier les grues, rassembler à coups d'obturateur les tessons de la matière mère explosée par l'Evolution. Chaque bête constituait un scintillement de la source égarée.

    ...

    L'affût était une prière. En regardant l'animal, on faisait comme les mystiques : on saluait le souvenir primal. L'art servait aussi  à cela : recoller les débris de l'absolu. Dans les musées on passait devant les tableaux, carrés de la même mosaïque.

     

    Sylvain Tesson

    La panthère des neiges

     


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  • N'élève pas la voix, poème

     

    N'élève pas la voix, poème,

    Sois un murmure qui dit : "Là !"

    où le ruisseau se parle à lui-même

    du profond rocher de la colline

    jusqu'au bas de laquelle il s'est creusé sa voie

    en ruisselant au-dessus d'eux. "Là !"

    où perce le soleil et où le cardinal

    flamboie soudain sur le rameau illuminé.

    "Là !" où la colombine aérienne

    s'éclaire sur sa tige fragile.

    Marche, poème. Regarde, et ne fais pas de bruit.

     

    Wendell Berry

    Nul lieu

    n'est meilleur que le monde


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  • une sacrée bonne femme : HILDEGARDE DE BINGEN

    une sacrée bonne femme : Hildegarde de Bingen

    Commençons par la recette de ses gâteaux de la joie : 

    500 g de farine de petit épeautre

    4 jaunes d'oeufs

    3 g de sel

    180 g de beurre

    140 g de sucre roux

    70 g de miel 

    30 à 35 g de mélange d'épices pour la joie 

     

    épices pour la joie : (pour 1.500 kg de farine) 45 g de muscade, 45 g de cannelle, 10 g de clous de girofle

    Faire fondre doucement le beurre, le mélanger avec le sucre et le miel, ajouter les jaunes d'oeufs, battre l'ensemble doucement, y ajouter la farine complète ou blutée de véritable petit épeautre. Malaxer doucement cette pâte. Saupoudrer de la farine sur le plan de travail, étaler la pâte au rouleau, y découper à l'emporte-pièce des biscuits. Cuire au four à 200/220° en contrôlant régulièrement la cuisson (10/15 mn) afin de ne pas trop cuire."

     

    une sacrée bonne femme : Hildegarde de Bingen

    Hildegarde est née en 1098 en Rhénanie. Elle est confiée à Jutta von Spanheim au monastère Saint Disibode (Allemagne) en 1106.

    A 38 ans, elle est nommée abbesse

    Elle reçoit des visions qu'elle rédige dans le Scivias. Aussi, elle compose des chants et l'ordo virtutum.

    Elle soigne par les plantes (écrit le livre les Causes et les Remèdes)

    Elle fonde un monastère à Rupersberg et un autre à Eibingen. 

    Elle fait des prédications  à Mayence, Trèves et Cologne, Metz aussi.

    Rencontre aussi l'emprereur Frédéric Barberousse.

    Ecrit de nombreuses lettres. 

    Hildegarde meurt dans son monastère du Rupertsberg le 17 septembre 1179.

    Elle est proclamée docteur de l'Eglise le 7 octobre 2012

    une sacrée bonne femme : Hildegarde de Bingen

     « Quoi que vous pensiez ou croyez pouvoir faire, faites-le. L’action porte en elle la magie, la grâce et le pouvoir. »


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  • La paix du monde sauvage

     

    Quand le désespoir pour le monde monte en moi

    et que je m'éveille la nuit au moindre bruit

    en craignant ce qui peut arriver à ma vie, à celle de mes enfants,

    je vais m'étendre là où le canard des bois

    repose en sa beauté sur l'eau, là où le grand héron va se nourrir.

    J'entre dans la paix du monde sauvage

    qui n'accable pas sa vie du poids de la douleur

    à venir. J'entre dans la présence de l'eau immobile.

    Et je sens au-dessus de moi, aveugles de jour, les astres

    attendant de dispenser leur lumière. Un instant

    je repose dans la grâce du monde et je suis libre.

     

    Wendel Berry

    Nul lieu

    n'est meilleur que le monde 

     


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  • Il n'y a nulle part de bestiaire sans flore. Pas moins dans les cathédrales qu'ailleurs. A Saint Sulpice, un arbre a grandi sur l'encorbellement sud du premier parapet. A Saint Louis en l'Ïle, un buisson a réussi à prospérer à la base de la flèche. Ici et là, des graines apportées par les courants ou dans le tourbillon du vol des pigeons (reconnaissons-leur le mérite de féconder les pierres) sont parvenues à se développer dans la rainure d'une gargouille ou sur le rebord d'une façade, poussées sur une mince couche de terre elle-même déposée grain à grain par des vents très patients. Une promenade attentive dans la ville permet de ne pas désespérer de l'avenir des plantes.

    Des signes prouvent qu'elle n'ont pas capitulé devant le goudron. De minuscules tiges en crèvent ici et là la croûte. Certaines germent dans les égouts et montent, rectilignes, à la verticale des plaques de fonte pour chercher la lumière dans le trou de serrure qui laisse passer le jour. D'autres tapissent le fond de minuscules cavités dans les meulières de soutènement des quais (aux Tournelles par exemple). Des lichens rampent sur le calcaire des pierres de taille accélérant l'arénisation de la pierre. Des lierres commencent à cascader des ponts métalliques. Des simples poussent à la base des façades d'immeubles, à l'angle qu'ils dessinent avec les trottoirs comme si elles voulaient les soulever par effet de levier. Et le comble,  c'est que personne n'y prend garde. On se fout des herbes folles. Jamais un regard accordé aux frémissements du végétal. Pourtant, on devait prendre garde.

    Ces présences à peine visibles attendent peut-être leur heure. Il est possible qu'elles occupent le terrain avant le grand assaut et qu'un jour elles déchaînent leurs forces pour reconquérir la ville qui les a spoliées du ciel. Le raz de marée de sève engloutira alors les habitations. Et le prochain règne sera végétal.

     

    Sylvain TESSON

    Notre-Dame de PAris

    Ô reine de douleur


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