• pour Mlle Jeanne 

     

    Il (Maître Huang Yuan) m'a aussi enseigné à vivre les moindres gestes de la vie quotidienne, car c'est en eux que le peintre trouve son inspiration. Une réceptivité totale nous rend attentifs aux vibrations des choses, à la nuance de l'aube.

    Il m'a appris, en me levant, à sentir la petite brume matinale qui varie chaque jour. Elle éclaire un aspect de soi encore inexploré, un sentiment ignoré. "On enrichit sa peinture en vivant pleinement l'humeur du jour, disait-il. Le peintre ne copie pas la nature, en même temps elle est sa révélation première ; il en restitue les traits, les états, l'ossature.

    Un brin d'herbe est source de connaissance. Il apprend la ligne drue, coupante, dense. La danse de l'oiseau en vol t'indique comment se déployer, prendre son élan, piquer vers le sol. Il faut te nourrir des vies qui t'entourent. Elles provoqueront des émotions et des perceptions de plus en plus riches et variées.

    Le peintre, au cours de son existence, se construit une banque de données psychiques à partir de sa connivence avec le monde. C'est ce qu'il restitue dans son trait. Un jour, de cette banque de données naîtra naturellement, en un geste spontané, un acte créatif."

     

    Fabienne VERDIER

    Passagère du silence

     


    12 commentaires
  • J'en ai plus qu'assez de me torturer les méninges

    pour écrire. Je crois que je vais laisser les mots

    sortir tout seuls comme un enfant fatigué.

    "Je peux avoir une part de tarte ?" demande-t-il

    avant de se rendormir sur la corne de la lune.

     

    JIM HARRISON

    Une heure de jour en moins 

    poèmes


    12 commentaires
  • Une communauté se noie parfois en elle-même,

    puis ressuscite. Chaque mètre semble

    avoir ses fleurs, chaque rue ses pies en résidence.

    Dans le champ extérieur du terrain de base-ball

    poussent de merveilleuses petites fleurs blanches qui,

    selon un jardinier, sont du "liseron insidieux". 

    Toute ma vie j'ai aimé les mauvaises herbes.

    Ce sont des poètes botaniques, indésirables. 

    Elles ne vous font pas gagner un dollar.

    Les gens détruisent le répugnant pissenlit

    que depuis le début de l'enfance je trouve splendide,

    en soufflant les graines duveteuses après leur mort,

    propulsant tous ces bébés dans le sombre univers, 

    mais j'ai aussi un faible pour les passereaux vachers

    et les corneilles, ces passereaux et les poètes pondent

    leurs oeufs pour que d'autres les couvent,

    avant de s'en aller sans raison.

     

    JIM HARRISON

    une heure de jour en moins 

    poèmes


    12 commentaires
  • La mousse fluorescente des vieux murs parle la langue des disparus.

    C'est une langue sourdement lumineuse, un serpent émeraude qui monte au cœur.

    Noireclaire de Christian BOBIN

     Pourquoi aimons-nous tant les feuilles mortes alors qu'elles sont le signe de notre fin, sinon parce que nous avons profondément besoin d'être menés loin du monde ?

    Noireclaire de Christian BOBIN 

    Quand une joie monte du papier blanc jusqu'à ma main, j'ai la certitude que personne n'est perdu. 

    Noireclaire de Christian BOBIN

     

    Christian BOBIN

    Noireclaire


    11 commentaires
  • Petites ombres dans les yeux et dans la voix, vous êtes glacées, petites ombres.

    C'est la porte de l'enfer qu'on a oublié de fermer.

    Noireclaire de Christian Bobin

     

    Assistant à ton propre enterrement, tu te tiens de bout à ton cercueil, une main appuyée au bois de chêne clair.

     

    Noireclaire de Christian Bobin

     

    Un livre dans une brocante c'est parfois un mort qui me tend la main et qui me dit : ne me laisse pas, s'il te plaît.

     

    Noireclaire de Christian Bobin

     

    Christian BOBIN

    Noireclaire

     

    dans les poussières infimes dansant dans l'espace de ma chambre, je sens ceux qui sont partis,

    les parents, les amis, d'autres aussi, des innocents, des vieillards, des poètes

    et leur légèreté palpable, à peine dorée, encourage mon âme à attendre patiemment des retrouvailles sensibles.

    AG


    11 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique