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    Val des merveilles de Zéno BIANU

     

    VAL DES MERVEILLES

     

    deux noms dans la neige

    où se prosternent les étoiles

     

    le corps du temps

    s'est recourbé

     

    l'instant vibre

    en fragments de foudre

     

    frisson bleu du vivant

     

    Zéno BIANU

    (Infiniment proche et le désespoir n'existe pas)


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  • M pour Mabel

    (photo Alisdair Macdonald)

    Prendre une bonne photo, c'est ce que Henry Cartier Bresson appelle le moment décisif : "votre oeil doit voir une composition ou une expression que la vie elle-même vous offre et vous devez savoir intuitivement à quel moment appuyer sur le déclencheur. Le moment ! Si vous le ratez, il disparaît à tout jamais."

    C'était à l'un de ses moments que je pensais, assise dans cette pièce à attendre que l'autour se nourrisse sur mon poing.

    Une photo en noir et blanc prise par mon père des années auparavant. un vieil éboueur, barbe blanche taillée en bouc, chaussettes tirebouchonnées et chaussures éculées. Vêtu d'un pantalon de travail froissé. Une paire de gants. Une casquette en laine. L'appareil doit être tout proche du trottoir et mon père a dû s'accroupir sur la chaussée pour prendre ce cliché. L'homme se penche, son balai de bouleau appuyé sur son flanc. Il a enlevé le gant de sa main droite et, entre le pouce et l'index, il tend une miette de pain à un moineau sur le bord du trottoir.

    L'oiseau est surpris en plein envol, au moment même où il attrape la miette, et l'expression de l'homme est inondée de joie. C'est le visage d'un ange.

     

    Helen Macdonald

    M pour Mabel

     

    Helen est fauconnière, Helen est poète, Helen vient de perdre son père, Helen se lie avec Mabel, un autour, Helen lie son expérience à celle de l'écrivain White, célèbre pour un de ses romans : Merlin l'enchanteur, qui se passionnera pour l'autour Gos.

     


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  • Au fils des années, Abel a lu et entendu bien des choses concernant "le cas Dieu", son existence ou sa non-existence, ses vies et ses morts, sa toute puissance ou son impuissance. Certaines de ses déclarations l'ont intéressé, quelques unes plus particulièrement touché, beaucoup l'ont laissé dubitatif, voire défiant. Il y a flairé trop souvent des relents d'anthropomorphisme, parfois très lourds. L'homme ne cesse de se mettre au centre - de la Terre, du monde, de tout, même de Dieu.

    Il lui a d'ailleurs semblé que dans la plupart des religions, la place accordée à la nature et aux éléments était nulle, ou alors si réduite, et celle concédée aux animaux, infime, sinon déplorable.

    Ces derniers ont pourtant précédé l'homme sur la Terre, et des liens de filiation, tout lointains et distendus soient-ils, les relient. Tous sont des vivants. La vie, la vie vivante, chair et souffle, mouvement et élan, déploiement de désir, voilà ce qui importe à Abel. Il ne se sent au centre de rien ; d'ailleurs la Terre tourne continûment autour du Soleil, comme toutes les planètes, et lui-même est toujours en mouvement, dans l'espace alentour autant que dans le temps, et le temps aussi bien le traverse, ça bouge en lui, dans son corps dont les cellules, les tissus, les organes sont soumis à un renouvellement permanent. Le seul centre qui vaille se trouve nulle part et partout, il est multiple, variable, itinérant, tout est échange, entrecroisement, circulation. Révolution perpétuelle - en toute chose, toute matière, tout corps, en chaque vivant, et jusqu'en Dieu. Surtout en celui-ci, l'Inconnu.

    Mais cette vie est mise à mal en crescendo, avec des pics d'affolement, comme pendant les années de la vache dite folle et des moutons et des chèvres pris de tremblante ; des ruminants alors exécutés par dizaines de millions pour avoir été gavés de farines carnées produites à partir de chairs, d'abats, d'os et de sang récupérés dans les abattoirs, et aussi de placentas humains.

    Des herbivores changés traîtreusement en carnivores se nourrissant les uns des autres avant d'être à leur tour réduits en partie en farines pour alimenter ceux de leur espèce, et tous finissant dans l'estomac des humains.

    Un cercle fou, une spirale broyeuse et avalante qui fait de tous, bêtes et hommes, des cannibales. Une explosion d'autophagie qui s'est révélée fatale, et que ceux qui l'avaient provoquée, les hommes imbus de leur pouvoir, de leurs besoins, de leur science, ont fait payer à leurs victimes en les assassinant. La mort en hâte, en rage, en vrac.

     

    Sylvie Germain

    A la table des hommes


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  • Titre fort, irrésistible, photo d'une forêt, histoire d'une maman qui meurt, histoire d'une enfance, d'une forêt, premier roman de Jérôme Chantreau, prof de littérature (cela ce sent à son style et son vocabulaire), aime les chevaux (a créé un centre équestre), la forêt, la nature dans sa totalité. 

     

    "... Je comprends. Je sais  qu'au fond de moi-même coule un fleuve, et que ce fleuve est une femme. Je ne sais pas dire s'il s'agit  de ma part féminine  ou bien de ma fascination pour elles. Il me suffit de reconnaître  dans la voix de ma mère, toutes les mères, les soeurs, les compagnes, toutes celles qui ont joué un rôle, à chaque instant de mon existence. Donner un nom aux phénomènes qui agissent en moi est utile que de nommer une tempête. Ce qui importe, c'est d'accepter, de se rendre disponible, ouvert et pénétrable."

    ...........

    "Je m'unirai avec la forêt. Je laisserai pousser librement tous les arbres et tous les végétaux. Je me tiendrai parmi eux, ni plus important ni moins essentiel à l'écosystème. Abolir le geste, annuler la volonté, rejoindre l'immobilité signifiante du vivant. J'irai, nous irons, nous, les arbres de l'autre côté de la vie, vers la liberté foisonnant, indisciplinée, où la nature comme un enfant timide, se libère et grandit. Nous serons vie sauvage, forêt primaire, ruissellement de l'eau. Je serai celui dont la hache restera suspendue dans l'air suffocant des sous-bois. Le charbonnier affranchi. Celui qui se tait et s'oublie. Alors naîtra la forêt."

     

     


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  • Hymne à la douceur

     

    Tout au fond de vous, quelque chose

    Somnole, et s'éveille parfois

    Lorsque votre chat vient près de vous,

    Vous frôle et vous caresse

    Avec son amour qui ne peut s'exprimer

    Autrement que par ce mouvement ;

    Ou bien lorsque votre bébé,

    Âgé de quelques semaines,

    Vous regarde intensément

    Vous offrant soudain son premier sourire,

    Inattendu, bouleversant

    Et vus tressaillez d'une joie nouvelle

    Qui remue votre être entier ;

    Ou lorsqu'un bouton de cette fleur

    Que vous préférez à toute autre

    Déploie tout à coup devant vous

    La délicatesse de ses pétales étroitement fermés ;

    Ou que cet homme que vous croisez

    Sur un pont en rentrant seule chez vous 

    A minuit et qui, de loin,

    Commençait à vous faire peur,

    Vous regarde, confiant, tranquille

    Et vous sourit magnifiquement...

     

    Tous ces instants magiques réveillent

    Ce qui est en vous, somnolant

    Mais bien vivant : un élan vibrant de douceur

    Prélude à l'ouverture vers l'autre,

    Remuant des fibres qui n'attendaient que cela

    Pour s'ouvrir.

    Vous vous sentez prête à l'échange

    Non d'ego à ego, mais de profondeur à profondeur

    Et pleine d'un contentement paisible.

    ...

    Denise Desjardins

    Les fleurs de l'âge 


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