• Le temps compte-t-il encore ? Ce qui est arrivé, avant, nous croyions le savoir , de fait, nous n'en savons rien. 

    De ce qui adviendra après, nous prévoyons tout le tragique ; de fait, nous n'en savons rien.

    Il reste ce présent. Nous nous y livrons entiers. Bien plus qu'entiers, survoltés, submergés, à l'infini. Marées printanières ne s'embarrassant plus de rien, charriant tout, s'emparant de tout, soulevant toutes montagnes, fouillant toutes vallées, ignorant tout obstacle, tout horizon. 

    Se mêlant au soleil, à la lune, à tout le souffle qui meut l'univers, hors du monde connu et du temps. Ô mystère ! Qui sommes-nous ? Où sommes-nous ?

    Quelle est cette énigmatique force du désir qui nous ballotte, nous pulvérise ? Et vers quel Au-delà ? 

    François CHENG

    Quand reviennent les âmes errantes 


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  • Ce soir-là, je pris la décision suivante : les actes que nous commettons par amour pour une autre personne, ou pour plusieurs autres personnes, sont les meilleurs de tous. Grâce à eux, le monde mérite que l'on s'y attarde.

    Je voulais seulement être heureux, Maggie. Que nous le soyons tous.

     

    Je l'aimais. Je l'aime encore.

    Je pris sa main et posai un baiser sur le bout du pouce et de chaque doigt - un, deux, trois, quatre, cinq.

     

    Suzan Fletcher

    Les reflets d'argent

     


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  • D'ordinaire, il existe un conflit apparent entre la survie et la célébration.

    La survie, l'attention aux besoins essentiels reposent sur le sens pratique, sur l'effort et, fréquemment, sur le travail pénible et monotone. La célébration, par contre, est souvent associée à l'extravagance et au fait d'entreprendre des choses qui dépassent nos moyens.

    Gouverner notre monde signifie vivre de façon digne et disciplinée, sans frivolité, tout en jouissant de la vie ; il  y a vraiment moyen de combiner la survie et la célébration.

    Le royaume que nous gouvernons est notre propre vie ; c'est le royaume d'un maître de maison, d'une maîtresse de maison. Que nous ayons ou non un époux, une épouse, des enfants, notre vie n'en a pas moins une structure et une dynamique. Pour certains, la régularité de la vie est une imposition constante. Ils aimeraient mener une vie différente à chaque instant, avoir un menu différent à chaque repas. Mais il est nécessaire de nous fixer quelque part et de nous efforcer d'avoir une vie régulière et disciplinée. A vrai dire, plus notre vie est disciplinée, plus il peut y avoir de la joie. Ainsi, la trame de notre vie peut être la joie et la célébration, et non seulement le devoir. Voilà ce que veut dire gouverner le royaume de sa vie.

    Chögyam Trungpa

    Shambala

    La voie sacrée du guerrier

     


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  • Âme ! abîme ! écoutez la prière du ver !

    Faites devant l'été décroître l'âpre hiver,

    La triste nuit devant l'aurore, les misères

    Devant l'homme, les maux devant le bien, les serres

    devant le doux oiseau, les loups devant le daim !

    Ramenez par la main le couple dans Eden.

    Réconciliez l'être, ô père, avec les choses.

    Arrachez doucement les épines des roses.

    Faites que la brebis admire le lion.

    Supprimez le combat, le choc, le talion ;

    Soufflez sur les fureurs et les horreurs humaines,

    Et faites une fleur avec toutes ces haines !

    Versez sur tous leurs fronts, la sereine beauté.

    Être mystérieux dont les sphères débordent,

    Dieu ! Faites se baiser les bouches qui se mordent ;

    Emplissez de bonheur les rameaux verts, mettez

    La femme dans la grâce et l'homme à ses côtés ; 

    Faites mûrir le fruit ; faîtes lâcher la proie ;

    Faites des berceaux blancs sortir un bruit de joie,

    Croître le lys, fleurir l'arbre, rire le jour,

    Et sous l'immense azur chanter l'immense amour !

     

    Victor HUGO

    La fin de Satan


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  • - tu as été courageux, lui dit Hana ce soir-là, quand des trois oiseaux qu'il avait chassés n'étaient restés que de petits os tout légers, nettoyés par les dents et les langues jusqu'à ce qu'ils brillent.

    - Tuer, c'est facile, répondit Tom, et il frissonna.

    Les autres ne l'écoutaient pas, perdus dans la béatitude de leurs bouches qui gardaient encore le souvenir de la saveur des oiseaux. Heureusement qu'Hana s'était chargée de les plumer, c'était comme si elle avait toujours fait ça, les plus petits l'avaient aidée, arrachant les duvets avec frénésie. Orla avait fiché dans ses cheveux une longue plume intacte, mais maintenant elle était toute de traviole, trophée mélancolique, iridescent à la lumière des flammes.

    -  Imagine que tu es un oiseau, un de ceux-là, dit Tom à Hana. Survivre aux renards, aux loups, aux faucons pour finir dans mes mains et dans nos ventres, d'après toi, est-ce que ça a un sens ? Il aurait pu vivre encore. Connaître d'autres matins, pour voler, chercher de bonnes choses à manger, se balader, chanter. Ce sont ces oiseaux-là qui chantent, sais-tu ? Ce sont eux qui produisent ce son prolongé, comme ça. Et il l'imita.

     

    Béatrice Masini

    Enfants de la Forêt 

     


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