• ... L'expérience mystique réside dans la situation présente. Il s'agit de se relier au corps, à la situation physique. Si vous posez la main sur le brûleur de la cuisinière, vous vous brûlez. C'est un message très direct qui vous indique que vous êtes distrait. Si vous vous mettez en colère et partez en claquant la porte après une dispute, vous risquez de vous coincer les doigts dans la porte. Vous recevez un message très direct : vous vous êtes fait mal aux doigts.

    Vous êtes, dans cette situation, directement en contact avec les choses, avec les énergies vivantes de la situation. Vous êtes en contact direct plutôt qu'en train d'élaborer une stratégie, ou de façonner ou remodeler votre expérience. Alors la situation  vous indique automatiquement le prochain mouvement.

    La vie devient musique. Vous danser en accord avec elle. Vous n'avez pas à lutter pour remodeler quoi que ce soit. C'est précisément là l'idée d'absence d'agression, l'une des idées clés des enseignements bouddhistes.

    Danser sur la musique de la vie n'est en rien une situation d'agression.

    Cela consiste à vivre au gré des quatre saisons, pour reprendre la métaphore de la croissance de la plante tout au long de l'année. C'est l'idée de lalita, un terme sanscrit qui signifie "danse". On pourrait aussi traduire lalita par "danser avec la situation". La situation vous inspire, plus que vous ne créez la situation.

    Chôgyam Trungpa

    Argent Sexe et Travail

    S'éveiller à la vie réelle 


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  • Il n'avait pas le sentiment d'avoir réussi quoi que ce soit dans la vie.

    Samuel ne craint plus de voir son texte refusé. Quelque chose en lui a lâché prise, une forme d'ambition, non pas l’ambition littéraire - il a toujours eu l'obsession de créer une langue qui lui soit personnelle, une langue identifiable, une voix forte, qui porterait loin -, mais l'ambition sociale.

    Il ne cherche plus à être connu/reconnu - cette obsession rageuse qui détruit tout. Susciter l'admiration, être aimé pour ce que l'on fait, avoir une place sociale clairement identifiable, il y a renoncé à l'approche de la quarantaine, et il peut l'avouer, l'assentiment des autres n'est plus une condition à son bonheur, il se sent soulagé, la pression est moins forte, le corset, moins serré, il est passé de l'autre côté... Hier, c'était encore possible, hier, c'était même une obligation, un impératif : Réussir !

    Une norme sociale à laquelle il fallait se soumettre (ou être marginalisé, exclu de la société des hommes), mais aujourd'hui, c'est fini, et il le dit sans rage, sans crainte d'être jugé. Les fragments d'une promesse.... les preuves de son ambition ou de celle que ses parents ont placée en lui - la construction d'un être d'EXCEPTION, d'ELITE : une mystification sociale. 

    Et ainsi, quand il envoie son manuscrit à quatre éditeurs, il se persuade qu'il n'attend rien. Il est calme, lucide. Il sait que personne ne peut réussir en littérature. Ecrire, c'est se confronter quotidiennement à l'échec.

     

    Karine TUIL

    l'invention de nos vies 


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  • ... Bonaparte nous a enseigné que la liberté dépendait d'un bras armé, mais dans la légende arthurienne personne n'a conquis le Saint-Graal par la force. Ce fut Perceval, le doux chevalier, qui fit halte dans une chapelle en ruine et trouva ce qui avait échappé aux autres, simplement en restant en repos. Je crois aujourd'hui qu'être libre n'est pas être puissant ou riche, ou bien considéré ou encore dénué d'obligations, mais être capable d'aimer. Aimer un autre être suffisamment pour s'oublier, ne serait-ce qu'un moment, c'est être libre. Les mystiques et les gens d'Eglise parlent de rejeter le corps et ses désirs, de ne plus être esclave de la chair. Ils se gardent de dire que par la chair nous sommes délivrés. Que notre désir de l'autre nous élèvera plus sûrement que les choses divines. 

    Nous sommes un peuple indolent et notre aspiration à la liberté égale notre aspiration à l'amour. Si nous avions le courage d'aimer, nous ne priserions pas tant ces faits de guerre.

    Les mouettes crient à ma fenêtre. Je devrais les nourrir, je garde mon pain du déjeuner afin d'avoir quelque chose à leur donner.

    Jeannette WINTERSON

    Passion


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  • En quoi consiste l'essence de la vie ?

    Il y a autant de réponses que d'arbres dans une forêt dense

    dans une forêt où les nuages s'amoncellent au-dessus des cimes.

    Il ne manqua pas d'audacieux, qui dans les tourbillons des pensées

    s'engageaient en essayant de découvrir la vérité

    et d'ouvrir une fenêtre sur les mystères profonds.

    Mais bien peu sont allés au bout de ce chemin

    et ont appris en quoi consiste l'essence de la vie...

     

    En quoi consiste l'essence de la Vie ?

    Tu ne le sauras guère qu'après avoir parcouru

    le chemin, en te frayant un passage à travers les épineux.

    La question est comme le plus affûté des couteaux.

    Tant qu'on ne la touche pas du coeur, on ne sait rien.

    Et seulement d'un coeur - ne l'oublie pas ! -

    qui aime et qui souffre...

    Et cependant, avant la mort, tu ne sauras pas

    en quoi consiste l'essence de la vie.

     

    Ce n'est qu'à l'heure où pour toujours

    l'homme, fatigué, ferme les paupières

    qu'il sait la véritable réponse.

    Et la mort elle même va devenir une nouvelle question :

    est-ce vain ou n'est-ce pas en vain que ta poitrine a respiré ?

    qu'est-ce que ta vie a laissé en héritage ?

    va-t-elle être un souvenir ou sombrer sans laisser de trace ?

    C'est en cela que consiste l'essence.

     

    Shomishbai Sariyev


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  • La proposition

     

    l'année sur la Terre chasse l'année.

    Le livre rouge s'épaissit, celui des espèces disparues...

     

    Il y a de moins en moins de cygnes blancs

    d'aigles

    de saïgas rapides

    de daims et de cerfs...

    Il y a de moins en moins de fleurs arc-en-ciel, déjà rares :

    leurs racines sorties de terre ont pourri...

    Est-il possible que la steppe disparaisse à jamais

    le stipe argenté

    l'animal en liberté

    et l'oiseau

    le pourpre de la petite fleur d'avant l'aurore ?

    Il n'y aura donc plus que des nuages de poussière brûlante ?

    Au nom de tout ce qui vit

    sur la Terre

    tendez l'oreille au sifflement et au cri.

    Pour ne pas nous retrouver dans la cendre et la poussière

    ouvrez ce livre de deuil.

    Il y a déjà longtemps qu'il faut y inscrire

    au nom de la vie commune sur la planète

    des faits, qui depuis la nuit des temps ont été en honneur

    afin que nos enfants ne les oublient pas.

    Inscrivons-y l'Amour et la Bonté

    l'idée d'Honneur et celle de l'Amitié

    la Sensibilité vivante, la Pureté du coeur :

    armes d'une Haute Humanité.

    Inscrivons-y tout ce à quoi nous accordons du prix

    tout ce qui reste sacré dans nos esprits, qu'il fasse beau, qu'il fasse laid.

    L'un dans l'autre nous ne faillirons pas

    si à l'unisson nous nous inclinons devant la Nature.

    Le principe de toutes les principes divins

    niche au sein de la nature depuis la nuit des temps...

     

    Le cheval a henni

    Le veau a meuglé

    et l'oiseau dans le ciel a crié quelque chose...

     

    Les pages tremblent.

     

    Et le jugement du sévère livre rouge nous dévisage.

    ***

     

    Shomishbai Sariyev


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