• ... Caroline croyait en Dieu comme elle croyait au soleil et aux étoiles. Avec cette nuance que Lui est éternel en face de leur fragilité. Elle croyait en Dieu parce qu'elle Le voyait partout dans l'univers, dans la variété infinie de Sa création et de Ses créatures. Parce que Lui seul et Sa justice irréfutable pouvaient lui faire comprendre la perversité des hommes. A côté de tant de merveilles, ce monde serait trop détestable s'il n'existait quelque part des récompenses éternelles.

    Mais surtout, elle croyait en Dieu parce que ses deux grands-mères croyaient en Lui. Parce qu'Il était la seule chance qu'elle eût de les revoir un jour. Si elle ne croyait pas, ce serait leur dire :

    "Vous n'avez été que deux bécasses, deux pauvres innocentes dupées par vos prêtres, deux ignorantes incapables de concevoir un monde sans son Créateur, une horloge sans horloger ; de savoir que le hasard fait bien les choses si on lui donne du temps ; de comprendre que l'Evangile n'est qu'une fable pour faire tenir les enfants sages."

    Elle ne leur ferait pas cette injure. 

    Jean ANGLADE

    Le grand dérangement


    7 commentaires
  • Le bonheur et le malheur est dans le coeur et dans l'âme d'un chacun ; si tu sens du malheur mets-toi au-dessus de ce malheur, et fais en sorte que ton bonheur ne dépende d'aucun évènement.

    Catherine II de Russie 

    Mémoires 


     

    Lorsque j'étais enfant, je pensais que les princesses avaient des vies de rêve, jolies robes, jolis moments, jolis châteaux.

    En lisant les mémoires de Catherine de Russie, je vois que mon imaginaire hélas n'est pas réalité pour cette femme qui a quitté sa famille à 15 ans pour épouser Pierre, le neveu de l'impératrice Elisabeth. Son mari est passionné par les défilés, les décorations (il joue chaque jour avec ses domestiques), peu par son épouse. Il arrive que les maisons où ils logent, s'effondrent, mal construites, que l'humidité soit très forte (moisissures), que l'appartement de Catherine se composant de deux chambres, l'une pour elle, l'autre pour ses gens (au moins une quinzaine de personnes) et que pour sortir de l'appartement, il est obligatoire de traverser sa chambre. 

    Heureusement, elle découvre la lecture (avec les lettres de Mme de Sévigné et ensuite les livres de Voltaire) et l'équitation. Régulièrement, lorsqu'elle s'attache à des personnes de sa suite, celles-ci sont éloignées (soit retour dans la famille, ou mariage ). 

    Elle est constamment surveillée et les intrigues sont nombreuses. 

    Le plus triste est qu'à leur naissance, au moment où elle accoucha, son fils, puis sa fille furent pris par l'impératrice Elisabeth. 

    Les mémoires s'arrêtent en 1759 (elle avait 30 ans et c'est en 1762 qu'elle devint impératrice de Russie)


     

     


    9 commentaires
  • Épauler est un verbe que je n'ai pas l'habitude d'employer mais depuis que mon amie l'a prononcé, je l'examine sous toutes les coutures, je le presse comme un citron pour en exprimer tout le sens. C'est un verbe généreux qui suggère des liens et ouvre de belles perspectives ; il me plaît de plus en plus. J'aimerais connaître sa traduction dans toutes les langues. En espagnol on dit echar una mano, qui signifie aider, littéralement : donner la main. Il faudra que je demande à Mathilde de me le traduire en italien et en croate.

    Le mot épaule est lui aussi très évocateur et plein de résonances. Il suscite quantité d'images et de visions réconfortantes : on pose sa tête sur l'épaule d'une personne aimée, on peut s'appuyer contre une épaule. Dans la langue de Cervantès que j'utilise en classe comme tu sais déjà, épaule se dit hombro que l'étymologie rapporte à hombre, le substantif qui signifie homme. Je trouve la relation entre ces deux termes très édifiante.

    J'en ai une belle illustration dans une histoire que Mathilde m'a racontée il y a longtemps. Un jour, alors qu'elle devait avoir quatre ou cinq ans, grand-père Jules l'a emmenée à Paris pour assiter au défilé du 14 juillet. Sa soeur et mémé Colette n'étaient pas du voyage, elles avaient refusé de les accompagner. Après deux heures de train et un trajet en métro, lorsqu'ils sont arrivés sur les Champs-Elysées, grand-père a joué des coudes pour fendre la foule qui se pressait le long de l'avenue. Là, comme il n'avait pas réussi à atteindre la première ligne au bord du trottoir, il a attrapé Mathilde et l'a juchée sur ses épaules. Ainsi placée sur les hombros d'un hombre, elle n'a rien manqué du spectacle. A en croire ma mère, c'est le meilleur souvenir qu'elle garde de son enfance. 

    En anglais, épaule se dit shoulder. Mathilde possède quelques vieux disques qui datent des années cinquante, je les ai écoutés il y a quelques années quand je commençais l'apprentissage de l'anglais. Parmi eux, une chanson ringarde d'un crooner à la guimauve, Paul Anka, qui s'intitule : Put your head on my Shoulder. Non, tu ne connais pas, ça ne te dit rien ? Dommage.

     

    Anne BRAGANCE

    Remise de peines

     


    6 commentaires
  • En lisant cette lettre de Thérèse JERPHAGNON, j'ai tout de suite pensé qu'elle s'intégrait très bien au défi de Martine, sur les 7 péchés capitaux.


     

    Toi et les 7 péchés capitaux

    Stendhal, dans son livre de l'amour, appelle phénomène de cristallisation la capacité qu'a l'amant de ne voir que qualités chez l'être aimé. Bref, l'amour rend aveugle depuis Adam.

    Alors, ce soir je m'interroge avec tendresse : avais-tu des côtés ténébreux là où je n'aurais vu que brillantes qualités ? Le plus simple est encore de reprendre la liste des péchés capitaux, quelque contestable qu'elle soit... car je ne vois pas le principal : l'égoïsme, dans cette énumération hasardeuse. 

    Voyons l'orgueil... Oui, la mesure est à son comble. Orgueilleux, tu l'étais, dans le sens de fier. Soucieux de ton honneur comme un personnage cornélien. Ce n'était pas sociologique. Rien à voir avec la vanité que tu méprisais profondément. Mais tu n'aurais pu t'abaisser à une conduite que ta conscience aurait réprouvée. Tu avais besoin de ta propre estime. Tu étais fier de tous ceux à qui tu devrais d'être ce que tu étais mais le grand-père socialiste, le maire de Vierzon-Forges et cafetier de son état avait le même statut dans ta mémoire que le baron de Jerphanion du Moyen-Âge.

    L'avarice ? Peut-être n'avons-nous jamais assez possédé pour être avares. Tu avais un mépris de l'argent qu'a exploité plus d'un de tes éditeurs. S'il fallait absolument se livrer à des comptes, tu reprenais toujours la même formule : "Occupe-t'en !"

    L'envie ? Elle te semblait toujours vile, mesquine. Trop préoccupé de ton être pour te souvenir de ton avoir. Ceux qui faisaient étalage de leurs biens te paraissaient toujours comiques.

    La colère ? Je suis obligée d'admettre que tu flambais comme de l'étoupe si on t'avait provoqué. A d'autres époques, je pense que tu te serais souvent battu en duel, mais là encore, c'était pour défendre la veuve et l'orphelin. La seule fois où tu es allé faire un esclandre au ministère de l'Education Nationale, c'était pour y soutenir un de tes assistants. Dans ton camp allemeand, je crois que tu avais eu plus d'un moment de révolte qui aurait pu raccourcir tragiquement ton séjour. 

    La luxure : un plotinien saurait-il excuser les débordements de la chair ? Non... mais devant les exploits de tel Casanova tu souriais avec un peu de mépris pensant qu'il devait être malheurex pour "multiplier ce qu'il ne pouvait unifier" selon Camus.

    La gourmandise ? Ta ligne ascétique prouvait assez que les longues agapes n'étaient pas pour toi. Tes péchés mignons ? Un whisky Laphroaig le dimanche soir accompagné de fruits secs.

    La paresse ? Tu as toujours été un bourreau de travail et j'aurais tant voulu te voir paresseux. Même les vacances étaient studieuses.

    J'ai tendance à penser que non seulement l'amour ne rend pas aveugle mais encore que lui seul peut nous permettre de voir les ombres et les lumières. Pourtant quand je me relis, je me demande si je ne me suis pas livrée, moi aussi, à la cristallisation, puisque même tes défauts me semblent l'envers de tes qualités.

     

    Thérèse JERPHAGNON

    FIN D'HIVER  - lettres à Lucien


    Lucien JERPHAGNON  (1921/2011) 

    universitaire, historien et philosophe français spécialiste de la pensée grecque et romaine.

    PLOTIN (205/270)

    Pour Plotin, l'univers est fondé de trois réalités fondamentales : l'Un ou le Bien, l'Intelligence et l'Âme du monde.

    Il affirme que " le bonheur se trouve dans la vie".

     


    6 commentaires
  • Guillaume Ecart, ayant repassé la vie de Michel de L'Hospital *, comprit que la tolérance ne suffit pas. Que nous sommes tous des émigrants venus de races aussi lointaines que les diplodocus. Que les musulmans, les bouddhistes, les fétichistes qui vivent en des pays chrétients comprennent qu'ils sont des invités ; qu'ils doivent respecter les usages de leurs hôtes ; ne pas se comporter comme s'ils étaients dans leur patrie d'origine ; ne pas se rendre insupportables. Il faut que de leur côté, les chrétiens ne considèrent pas ces invités comme des inférieurs. Cela s'appelle le respect.

    Mais le respect ne suffit pas. Des liens de bon voisinage doivent se tisser entre les diverses communautés. On travaille ensemble, on s'amuse ensemble, on se fréquente. Dans le meilleur des cas, des mariages mixtes se concluent. Cela s'appelle l'amitié. Beaucoup de chemin reste à  faire. Si l'amour, selon Saint-Saint-Exupéry, consiste à regarder dans la même direction, l'amitié interraciale consiste à marcher l'un vers l'autre. 

    A Guillaume Ecart, le mot de racisme donnait des convulsions. A Saint-Pierre-et-Miquelon et ailleurs, il avait trouvé des amis arabes, juifs, africains. Et même, en naviguant autour de l'île de Beauté, des amis corses.

    Dans un très grand nombre de cas, les immigrés ne sont pas un problème, mais une solution. Ils accomplissent souvent les besognes auxquelles les Français de souche répugnent. 

    Quand les Celtes envahirent ce qui devait devenir la Gaulle et ne portait pas encore de nom connu, ils y trouvèrent des populations plus anciennes, les Ligures, les Ibères, qu'ils chassèrent ou reléguèrent dans les montagnes. Lesquels Ibéro-Ligures avaient fait de même à l'encontre des populations précédentes.

    On nous réplique : Et le chômage ? Les immigrés n'y sont pour rien. Quelle en est donc la cause réelle ? Nul ne le sait vraiment. Mais une chose est sûre : celui qui arriverait à la déterminer aurait de bonnes chances de faire fortune.

    Jean ANGLADE (né en 1915)

    Le grand dérangement (2015)

    * l'auvergnat Michel de L'Hospital a rédigé l'ordonnance d'Orléans (établissement d'une instruction gratuite pour les Français) et en 1566 l'ordonnance prescrivant les concours publics pour l’attribution des chaires dans les universités. Sa femme avait adopté la religion protestante, lui était catholique. Sa véritable religion fut la tolérance à une époque où le massacre des étrangers était considéré comme une oeuvre extrêmement agréable à Dieu. (résumé des mots de J. Anglade)


    6 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique