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    Je sais ce que tu penses, dit Jodi, et c'est difficile pour toi de comprendre. Peut-être même impossible. Mais les gens qui aiment le plus les animaux - comme les vétos, et comme ces gens qui travaillent dans des refuges et des fourrières, et même les piégeurs, aussi  - sont les gens qui doivent faire tout le sale boulot pour les autres.

    Tu veux dire les politiciens ?

    Non, je parle des maîtres qui abandonnent leurs animaux familiers et des maîtres qui sont si cruels que leurs chiens s'enfuient. Je parle des éleveurs de pedigree qui accouplent trop de chiens - comme les éleveurs de lévriers. Et des gens qui achètent comme cadeau d'anniversaire ou de Noël un chiot qu'ils donnent à des enfants qui en font leur jouet. C'est de leur faute s'il y a trop de chiens et pas assez de gens pour s'en occuper. Mais ce sont les vétos et les employés des refuges qui doivent se charger de les tuer. Certains n'arrivent à le faire que pendant quelques années, parce que ça leur brise le coeur. Au bout d'un certain temps, ça m'a brûlée aussi. Je ne pouvais plus le supporter.

     

    Tim Willocks

    DOGLANDS

    sanctuaire de lévriers


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  • 14 juin

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    J'atteins la rivière que je convoitais : un torrent cascadant, à trois kilomètres au nord de la Lednaïa. L'endroit est poissonneux mais il faut trois heures pour le gagner. Les chiens furètent un moment puis s'endorment sous les coiffes de rhododendrons. J'admire leur faculté à sombrer au moindre répit.

    Ma nouvelle devise : en toute chose imiter le chien ! La bionique consiste à s'inspirer des inventions de la biologie pour les appliquer à la technique. Il faudrait fonder l'école de l'éthobionique. On s'inspirerait du comportement animal pour conduire nos actes.

    Au moment d'agir, au lieu de demander conseil à nos héros - qu'auraient décidé Marc Aurèle, Lancelot ou Geronimo - on se dirait : "Et maintenant, que ferait mon chien ? et un cheval ? Et le tigre ? Et même l’huître (modèle de placidité)?" Les bestiaires deviendraient nos livres de conduite. L'éthologie serait promue science morale.

    J'interromps mon rêve lorsqu'un omble entraîne mon bouchon de liège par le fond. Ce soir, je rapporte quatre poissons à la cabane. Et je les dévore car c'est ainsi qu'agissent les bêtes.

     

    Sylvain TESSON

    Dans les forêts de Sibérie 


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  • 28 mai

     

    Je passe la journée dans le guide ornithologique de l'édition Delachaux et Niestlé, "848 espèces et 4 000 dessins". Ce livre est un bréviaire consacré à l'ingéniosité du vivant,  aux infinies subtilités de l'évolution, une célébration du style. Même le plus sophistiqués des urbains qui verrait dans les oiseaux de stupides automates au regard de maniaque, soumis au hasard des vents, s'inclinera devant l'audace des livrées du faisan, du galopède ou du tadorne. 

    J'essaie d'identifier chacun des visiteurs du ciel. Nommer les bêtes et les plantes d'après les guides naturalistes, c'est comme reconnaître les stars dans la rue grâce aux journaux people. Au lieu de "Oh ! Mais c'est Madonna!", on s'exclame "Ciel, une grue cendrée !".

    Sylvain TESSON 

    Dans les forêts de Sibérie 


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  • 28 mars

    Etrange, ce besoin de transcendance. Pourquoi la foi en un Dieu extérieur à sa création ? Les craquements de la glace, la tendresse des mésanges et la puissance des montagnes m'exaltent davantage que l'idée de l'ordonnateur de ces manifestations. Elles me sont suffisantes.

    Si j'étais Dieu, je me serais atomisé en des milliards de facettes pour me tenir dans le cristal de glace, l'aiguille du cèdre, la sueur des femmes, l'écaille de l'omble et les yeux du lynx.

    Plus exaltant que de flotter dans les espaces infinis en regardant de loin la planète bleue s'autodétruire. 

     

    Sylvain TESSON

    Dans les forêts de Sibérie 

     


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  • 24 février

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    Le passionnant spectacle de ce qui se passe par la fenêtre. Comment peut-on encore conserver une télé chez soi ?

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    La mésange revient.

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    La visite du petit animal m'enchante. Elle illumine l'après-midi. En quelques jours, j'ai réussi à me contenter d'un spectacle pareil. Prodigieux comme on se déshabitue vite du barnum de la vie urbaine. Quand je pense à ce qu'il me fallait déployer d'activité, de rencontres, de lectures et de visites pour venir à bout d'une journée parisienne. Et voilà que je reste gâteux devant l'oiseau. La vie de cabane est peut-être une régression. Mais s'il y avait progrès dans cette régression ?

     

    Sylvain TESSON

    Dans les forêts de Sibérie

     


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