•  

    Et ce mai 68 fut dans ma vie, la période la plus idéalisée, la plus exubérante, la plus intense.

    A la maison, les parents écoutaient avec intérêt, la radio et nous avions des discussions passionnées. Et la grève commença à Sollac, papa faisait partie du piquet de gréve ; il était joyeux de dire que l'usine continuait à tourner, qu'ils entretenaient les machines. Des visites furent organisées pour les familles ; première fois, que nous nous rendions sur son lieu de travail à une dizaine de kilomètres de l'immeuble.

    J'ai assisté à quelques défilés avec parents et frère et sœur. Papa était communiste et abonné à l'Humanité. Il était chaud ce mois de mai et peut être pensais je que les temps meilleurs arrivaient. Pour moi, la société communiste était une communauté fraternelle comme celle que le Christ prônait. Chez les sœurs, bien sûr, pas question de faire grève. Beaucoup d'élèves étaient absentes, grèves des bus et c'était un plaisir d'être un petit nombre.

    Puis un jour, je voulus faire grève comme les grands, comme ceux des lycées publics. Maman et papa me donnèrent l'autorisation, je restais à la maison et faisais mes devoirs, car maintenant, que mes notes étaient bonnes, je ne voulais plus connaître l'incompréhension qui mine le dernier de la classe.

    Et en classe, nous devions faire un exposé, c'était mon tour, je choisis de traiter d'un article paru sur l'humanité et bien, sans problème, rouge et enthousiaste, je parlais devant la classe.

    Un jour, nous partîmes avec les amis de mes parents pour la Meurthe et Moselle. Leurs amis avaient une sœur qui hébergeait des étudiants parisiens (les cachaient même). Cela avait un côté excitant et là bas, il échangèrent avec passion. Le monde étudiant m'était totalement inconnu, ici, les enfants soient prenaient la voie de l'apprentissage ou souvent pour les enfants des usines, préparaient un CAP (leur ouvrant une embauche à l'usine, surtout pour les garçons passant un CAP industriel). Et Paris, c'était loin, si loin, d'ailleurs j'attendrai encore au moins 10 ans avant de découvrir la tour Eiffel et le métro grâce à une copine, devenue présidente de la JOC.

    Par la suite, un des étudiants réfugiés en Meurthe et Moselle écrivit un film «rude journée pour la reine » avec Simone Signoret inspiré de la vie de la sœur de nos amis, femme de ménage.

    Puis il y eut des accords signés, des changements politiques, les vacances où je découvrais pour la première fois l'Ardèche. Les salaires furent augmentés, le temps de travail diminué. A l'époque, ceux qui travaillaient dans les magasins, les restaurants travaillaient beaucoup plus que les fonctionnaires. Au moins 4 heures de plus par semaine. A l'école, on ne mit plus de blouse, bientôt les garçons intégraient l'établissement, les religieuses ne portèrent plus de voile, s'habillèrent civilement, et allèrent chez le coiffeur pour une permanente. Les pantalons autorisés … et bientôt plus de cours le samedi après midi …

     

    C'était avant, j'étais encore une enfant.


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  • Vite,

    Arrêtons-nous !

    Les arbres enfantent

    des nourrissons

    aux couleurs délicates.

    Vite,

    buvons le printemps !

    Les pâquerettes,

    les véroniques au regard azur

    ne seront jamais si neuves.

    Le pissenlit

    vert parfait, fleur soleil

    large ;

    le cerisier du Japon

    a donné le la !

    Vite, arrêtons-nous

    Humons la vie nouvelle ! 


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  • Nouvelle installation du printemps depuis hier

     

    Gazouillis matinaux

    gais, enjoués,

    trouant l'air frais.

     

    Aimons-nous

    Construisons ce nid

    Couvons ces petits

    Aimons-nous !

    Aimons-nous !

    Nouvelle installation du printemps depuis hier

     

    Les arbres, saules,

    sapins, arbustes,

    se pointillent

    de millions de bourgeons.

     

    Printemps, printemps,

    ça gazouille

    ça bourgeonne

    La vie se multiplie !

    Nouvelle installation du printemps depuis hier


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  •  

    Depuis 1977, la journée de la femme est instituée en souvenir de celles qui se sont battues pour l'institution du droit de vote et de meilleures conditions de travail.

    En 1968, je suis femme depuis moins de deux ans et cela ne me convient pas du tout. Ma mère me souffle déjà que je ne pourrai jamais me marier …

    Chaque mois à des dates improbables, une fois toutes les lunaisons, mais bien souvent tous les 34 ou 35 jours, les "Anglais débarquent" comme le disent les copines. Et la malchance commence, par la douleur une fois sur deux (en étant optimiste) pliée en deux, je vais à l'école, m'appuie sur mon bureau, reviens à la maison, ne mange rien, envie de vomir, mal au ventre, mal à la tête, je dors dans mon lit et repars à l'école. Premier jour mal, deuxième moins, hélas, vient le deuxième embêtement. Et ce sang qui coule, dégouline, qu'en faire, une jolie petite serviette nana, un tampon discret, et bien non. Maman m'a donnée trois serviettes en tissu éponge à plier et mettre sur sa culotte. Premièrement, la serviette ne tient pas bien en place, deuxièmement, elle me tient chaud et me gratte. Ensuite, il faut mettre à tremper la serviette tâchée dans l'eau froide, puis le soir la laver et la faire sécher pour le lendemain. Quel pensum ! Je vous dis être femme a été pour moi une douche froide … et pfff ! Aucun avantage trouvé.

    Certaines ont eu une gifle pour leur signifier leur entrée dans le monde des adultes, pas moi, ce n'était pas la tradition. Bref j'aurais préféré rester un garçon.

    Pour la poitrine, aussi ! Elle pousse et cela me démange, et les soutien-gorge sont roses, achetés au marché et ne me conviennent pas. A l'époque, je porte la nuit cet embarrassant bout de tissu (ne me demandez pas pourquoi ? Je ne m'en souviens plus !). 

    Après les désagréments féminins, les bons côtés. Dans l'institution catholique où je suis, pas de professeurs hommes, pas de garçons dans les classes et je m'y sens bien. Les filles sont chipies et mon amie d'origine yougoslave s'appelle Laurence ; les professeurs (en général) et les religieuses sont plutôt sympathiques. Je me souviens de mon professeur de Français (ils ont toujours comptés dans ma vie), Madame Vernier. Elle n'est pas très apprêtée et s'habille simplement, assez âgée avais-je pensé à l'époque. Aujourd'hui je me dis qu'elle devait avoir une quarantaine d'années. Elle fait tout pour que nous aimions lire, jusqu'à nous demander de résumer plusieurs livres durant les grandes vacances en choisissant ce que nous voulions.L'un d'eux fut un livre de Guy Des Cars , certainement « l'impure ». Nos professeurs sont toutes des femmes (religieuses ou pas). Les élèves sont en majorité des filles de la bourgeoisie du secteur mais aussi des enfants d'ouvriers comme moi. Il y aura même Incarnation Rodriguez (émigrée d'Espagne) qui sera la première en Français et haut la main ! 

     

    C'est 1968 et les choses vont changer dans notre institution et pas seulement.

     

     

    •  Daniel Cohn Bendit à la tête des étudiants occupe la tour administrative de la faculté de Nanterre. Le président américain Johnson fait connaître son intention de ne pas se représenter et annonce la suspension des bombardements au Viêt Nam au Nord du 19° parallèle
    • sortie du film LE PACHA avec Jean Gabin

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  • Février est un mois d'anniversaire important : papa et maman sont nés le 3 pour l'un, le 10 pour l'autre. Tous les cinq sommes d'une période astrologique sous l'influence de l'air : 3 verseaux et deux balances. C'est l'hiver, il fait froid mais le port du pantalon est interdit chez les religieuses ; seule la sœur infirmière, petite sœur ronde et douce, penche pour le vêtement qui protège les genoux. Le pantalon pour elle c'est idéal. Deux élèves de ma classe vont être exclues pour jupe courte ? Ou pantalon ? Il faut dire qu'elles sont majorettes toutes les deux et remportent beaucoup de succès dans notre classe.

     

    Nous portons un tablier sur nos habits et nous pouvons choisir la couleur. Vert peut être ce tablier alors qu'au lycée de filles, le rose est de rigueur et au lycée de garçons, le bleu bien évidemment. Que la température soit douce ou glaciale, en hiver, nous sortons faire une promenade le dimanche. Nous longeons les immeubles pour ensuite marcher sur les rives de la Moselle. Quelquefois, nous râlons ma sœur et moi, derrière les parents. Cela me rappelle quelques adolescents d'aujourd'hui !

    Pas de mémé et pépé sur place, ni tonton, ni tata, ni cousin, ni cousine. Mes grands parents maternels habitent la Haute Loire et nous les voyons en été avec un séjour sur place pour l'une d'entre nous une année sur deux. Les parents des papa sont décédés. Notre famille ce sont les amis des parents avec leurs enfants d'à peu près nos âges. Me marier avec Olivier d'une fratrie de 5 enfants, avec 3 grands parents est une grande joie.  En classe, nous apprenons que les directeurs des Nouvelles Galeries ne restent pas plus de 5 ans dans une ville. Ainsi, ils ne créent pas de réseau familial et sont tout à leur travail. C'est inhumain. 

    Si ma fille a joué avec une poupée barbie dès l'âge de 5 ou 6 ans, à cette époque, la première barbie a été offerte pour mes douze ans. Et nous recevrons pour les Noëls suivants une nouvelle tenue. Ma poupée avec des cheveux courts, blond cendré. Celle de ma sœur me semble plus jolie avec sa longue chevelure blond, blanc. Nous leur faisons même des habits. Dans la chambre, nous nous réservons chacune un coin – elle près d'une étagère où elle range ses habits et elle se fait une sorte de tente. Pour moi, c'est sous la table en formica rouge, celle de l'ancienne cuisine et maintenant, au cellier. Des heures de jeux...

     

    Papa parle beaucoup politique, il est de gauche, communiste aussi. Des noms fusent : Jacques Duclos, Gaston Deferre, François Mitterrand, Charles de Gaulle, Georges Pompidou, peut être aussi Claude François, le chanteur préféré du petit frère. A l'époque, pas de Beatles, pas de Rolling Stone, à la maison, nous écoutons exclusivement français.

     

    Nous vivons à un rythme moins rapide qu'aujourd'hui. Un manteau, je le porte tant qu'il nous va, ensuite c'est ma sœur. A cette époque, il y a les habits de semaine (mis deux à trois semaines de suite) et ceux du dimanche. Pas de douche régulière, de temps en temps un bain dans la baignoire sabot. Chaque samedi durant les informations, ma sœur et moi prenons un bain de pieds. Un seau ou une grande bassine, de l'eau chaude et plutôt que de se laver, on fait trempette, on rit et on rêvasse. Nous suivons ce que les parents nous dictent même si eux, trouvent que nous ne sommes pas toujours obéissantes.

     

    C'est un temps où nous allons à la messe chaque dimanche pendant que maman fait le repas (toujours un bon repas avec un dessert confectionné maison, même si très simple, je me souviens de ses quenelles avec une sauce tomate et des champignons en boîte, un délice, comme les pommes de terre sautées, pas du tout sautées comme celles de la maman de mon mari : que de discussions à ce sujet !) Bref, les meilleures sont celles de nos mères respectives.

     

    Et nous suivons les jeux olympiques avec passion. Jean Claude Killy gagne 3 médailles d'or et Marielle Goitschel, l'or pour le slalom...

     

    Jeux Olympiques / Grenoble – Jean-Claude KILLY 3 médailles d'or – Isabelle Mir – Annie Famose – à la télévision : les enquêtes du commissaire Maigret - Sébastien parmi les hommes – les chevaliers du ciel.


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