• Être là de Véronique DUFIEF

    - Semaine de la santé mentale du 13 au 26 mars 2017 -

     

     

    chaises musicales et chaise électrique

    Nous avons tous autour de nous des personnes bien intentionnées, qui sont toujours prêtes à vous proposer de l'aide, mais jamais à vous en demander, qui, avec leur dévouement, leur bonne volonté, vous enferment dans un de ces cartons où est portée en gros la mention "FRAGILE". C'est seulement en vivant les uns avec les autres que nous pouvons découvrir combien les sens sont infiniment moins uniques que nous l'imaginons.

    je m'appuie beaucoup sur mon mari, sur nos filles. Ils ne se servent pas de la bipolarité dont je souffre pour m'épargner la peine et me priver de la joie de me rendre utile. Ils savent qu'ils peuvent me demander certains services, qui comptent pour eux. Quand la relation d'aide s'avère être en réalité une authentique relation d'entraide, tout le monde  gagne et la liberté de chacun s'élargit. On sait qu'on peut placer sa confiance non pas seulement dans une force protectrice qui n'appartient en réalité qu'à Dieu - quand on y croit ! - mais dans la faiblesse consentie de chacun, qui est le don inestimable par excellence.

    A vrai dire, tout cela tient à très peu de choses, et je pourrais formuler une autre version de ceci en disant que jamais je ne me la suis coulée aussi douce que cet automne. Les objectifs, la performance, l'efficience : tout cela fait joyeusement naufrage dans la seule joie d'exister qui n'a de comptes à rendre qu'à elle seule et qui, malgré les apparences, prend sa part du poids du monde. Être là, ensemble, n'appartient à aucune logique de rentabilité.

    Demander de l'aide à quelqu'un, quelle confiance cela suppose ! Est-ce que les personnes fragiles méritent vraiment qu'on les prive d'une telle joie ? L'aliénation, ce ne sont pas des salauds, à abattre, ce ne sont jamais des personnes qu'il suffirait d'éliminer pour effacer définitivement de la terre toute mémoire de violence. L'aliénation procède toujours d'une pétrification des êtres dans des rôles présumés intangibles, sans aucune possibilité d'intervention.

    Nous ne pourrons jamais être là tous ensemble si, de temps en temps, nous n'acceptons pas - avec allégresse - de jouer aux chaises musicales : que chacun change de place, occupe pour un temps celle d'un autre, cède la sienne, voir accepte provisoirement de ne plus en avoir du tout ! Il y a quelque chose d'au moins aussi terrible qu'être condamné à la chaise électrique, c'est d'être condamné à perpétuité, par la commisération des autres, à une chaise roulante infamante parce qu'impartageable.

    Être là

    Véronique DUFIEF

    (en allant de Christian Bobin à Alexandre Jollien, j'ai rencontré Véronique DUFIEF, femme mûre, mère, poète, atteinte de bipolarité)

     

    merci à Thérèse qui m'a prêtée ce livre,

    ange au doux sourire accueillant


  • Commentaires

    1
    Mercredi 15 Mars à 15:41

    Coucou Andrée,
    Très beau texte, et en effet, je partage ce point de vue.
    Il faut savoir trouver le juste milieu autant dans le fait de savoir proposer son aide, mais également savoir la recevoir.
    Je pense aussi que pour qu'une relation fonctionne bien, il faut que ce "plateau" soit équilibré dans un couple comme dans l'amitié, en tous cas dans une relation d'adulte à adulte, de manière qu'aucun des deux ne se sente supérieur et l'autre fragile et vulnérable.
    C'est aussi quelque chose qu'il faut savoir faire avec nos enfants quand le temps de l'aide n'est plus ce qu'ils attendent de nous ;-)
    Bises et belle fin de journée

    2
    Mercredi 15 Mars à 16:49

    Je retiens : jouer aux chaises musicales...C'est très juste...savoir donner et savoir recevoir, cela va ensemble

    3
    Mercredi 15 Mars à 17:01

    Un très beau texte. La bipolarité, même légère, je connais ! Ce sont des médicaments à vie.

     

    4
    Mercredi 15 Mars à 17:59

    difficile à vivre pour les personnes atteinte de cette maladie et leur entourage,

    bonne soirée à toi, bisous, MIAOU !!!!

    5
    Mercredi 15 Mars à 18:44

     Il est essentiel de savoir considérer les autres comme des êtres vivants à part entière et non comme des "malades", ou des "sains d'esprit" ; étiqueter quelqu'un, c'est toujours la même chose, qu'on l'étiquette comme "étranger", "voisin",  "terroriste", "parent", "jeune","vieux", "homme", "femme", "riche", "pauvre", "noir", "blanc", chrétien", "musulman", etc, etc... ... ... Quelle que soit l'étiquette, elle lui ôte sa vérité en le couvrant d'un costume de scène totalement inventé.

    6
    Vendredi 17 Mars à 06:38

    Très très intéressant. Etre là.... tellement important.

    Bonne journée.

    7
    Vendredi 17 Mars à 11:19
    Daniel

    L'aide ne doit pas se transformer en aliénation, en dépendance. Laisser sa part d'autonomie à l'autre et savoir l'écouter.

    8
    Vendredi 17 Mars à 11:25

    On sait qu'on peut placer sa confiance en Dieu

    et voilà..... tout à fait pour moiRésultat de recherche d'images pour "fleurs humour"

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