• c'était en mai 1968 et j'avais 14 ans (suite et fin)

     

    Et ce mai 68 fut dans ma vie, la période la plus idéalisée, la plus exubérante, la plus intense.

    A la maison, les parents écoutaient avec intérêt, la radio et nous avions des discussions passionnées. Et la grève commença à Sollac, papa faisait partie du piquet de gréve ; il était joyeux de dire que l'usine continuait à tourner, qu'ils entretenaient les machines. Des visites furent organisées pour les familles ; première fois, que nous nous rendions sur son lieu de travail à une dizaine de kilomètres de l'immeuble.

    J'ai assisté à quelques défilés avec parents et frère et sœur. Papa était communiste et abonné à l'Humanité. Il était chaud ce mois de mai et peut être pensais je que les temps meilleurs arrivaient. Pour moi, la société communiste était une communauté fraternelle comme celle que le Christ prônait. Chez les sœurs, bien sûr, pas question de faire grève. Beaucoup d'élèves étaient absentes, grèves des bus et c'était un plaisir d'être un petit nombre.

    Puis un jour, je voulus faire grève comme les grands, comme ceux des lycées publics. Maman et papa me donnèrent l'autorisation, je restais à la maison et faisais mes devoirs, car maintenant, que mes notes étaient bonnes, je ne voulais plus connaître l'incompréhension qui mine le dernier de la classe.

    Et en classe, nous devions faire un exposé, c'était mon tour, je choisis de traiter d'un article paru sur l'humanité et bien, sans problème, rouge et enthousiaste, je parlais devant la classe.

    Un jour, nous partîmes avec les amis de mes parents pour la Meurthe et Moselle. Leurs amis avaient une sœur qui hébergeait des étudiants parisiens (les cachaient même). Cela avait un côté excitant et là bas, il échangèrent avec passion. Le monde étudiant m'était totalement inconnu, ici, les enfants soient prenaient la voie de l'apprentissage ou souvent pour les enfants des usines, préparaient un CAP (leur ouvrant une embauche à l'usine, surtout pour les garçons passant un CAP industriel). Et Paris, c'était loin, si loin, d'ailleurs j'attendrai encore au moins 10 ans avant de découvrir la tour Eiffel et le métro grâce à une copine, devenue présidente de la JOC.

    Par la suite, un des étudiants réfugiés en Meurthe et Moselle écrivit un film «rude journée pour la reine » avec Simone Signoret inspiré de la vie de la sœur de nos amis, femme de ménage.

    Puis il y eut des accords signés, des changements politiques, les vacances où je découvrais pour la première fois l'Ardèche. Les salaires furent augmentés, le temps de travail diminué. A l'époque, ceux qui travaillaient dans les magasins, les restaurants travaillaient beaucoup plus que les fonctionnaires. Au moins 4 heures de plus par semaine. A l'école, on ne mit plus de blouse, bientôt les garçons intégraient l'établissement, les religieuses ne portèrent plus de voile, s'habillèrent civilement, et allèrent chez le coiffeur pour une permanente. Les pantalons autorisés … et bientôt plus de cours le samedi après midi …

     

    C'était avant, j'étais encore une enfant.


  • Commentaires

    1
    Mercredi 9 Mai à 14:43

    Mes parents étant des anti-communistes, je n'ai pas vécu Mai 1968 de la même façon. Je n'ai pas fais la révolution, je l'ai ni soutenu, ni critiqué vraiment : je m'en moquais éperdument. Nous n'avions pas de voitures, nous ne manquions pas d'essence comme beaucoup. Bisous

    2
    Mercredi 9 Mai à 16:05

    Une phrase dans ton texte m'a fait sourire Andrée.

    "Pour moi, la société communiste était une communauté fraternelle comme celle que le Christ prônait. " J'ai toujours entendu mon père, ancien FNFL et  inconditionnel du grand Charles, déclarer que le Christ était le 1er communiste de l’humanité. Et pourtant comme ancien enfant de chœur, il a bouffé du curé toute sa vie !  

    Bises et bon mercredi Andrée

    3
    Mercredi 9 Mai à 17:22

    au fin fond de la campagne c'était loin tout cela

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    4
    Mercredi 9 Mai à 18:18

    ..;c'est drôle que tu parles de la JOC, j'ai peut-être connu ton amie puisque j'étais en équipe sur la vallée de l'orne à l'époque...

    Bises du soir,

    Mireille du sablon

    5
    Mercredi 9 Mai à 20:08

    Je n'avais pas conscience , à cette époque, de l'importance que  mai 68 pouvait avoir....Paris c'était loin

    6
    Mercredi 9 Mai à 20:33

    Bonsoir Andrée. Merci de nous faire partager tes souvenirs de mai 68. J'habitais aussi loin de Paris, dans la banlieue d'Agen, J'avais 11 ans et je ne comprenais pas tout ce qu'il se passait, juste des bribes par ci par là. Bonne soirée et bisous

    7
    Jeudi 10 Mai à 08:22

    Merci pour tes souvenirs , j'ai vécu un mai 68  un peu différent mais avec quand même ce vent de liberté qui commençait à souffler dans les lycées , es transports en camion militaire . Nous refaisions aussi le monde au domicile du professeur de Français . Les blouses étaient bien au rendez - vous de terminale mais nous ne risquions plus les heures de colle si la ceinture n'était pas fermée , il restait encore  un sacré chemin à parcourir  ..

    Bonne journée 

    Bisous 

     

    8
    Janou
    Jeudi 10 Mai à 08:43

    Tu as eu une belle enfance avec des "super" parents!

    BISOUS

    9
    Mercredi 16 Mai à 09:59

    C'était avant... mais ce sont de beaux souvenirs.

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