• Soif (Amélie NOTHOMB)

    (dans la geôle, avant la crucifixion, Jésus entend la pluie)

    J'imagine un autre destin. Les autorités fuient la montée des eaux. On me relâche. Je retourne dans mes provinces, j'épouse Madeleine, nous menons la vie simple des gens ordinaires. Charpentier par trop médiocre, je deviens berger. Nous préparons du fromage, avec le lait des brebis. Chaque soir, nos enfants s'en délectent et grandissent comme des plantes. Nous vieillissons heureux.

     

    Suis-je tenté ? Oui. Plus jeune, je me réjouissais d'être élu. A présent, je n'ai plus cette faim. Elle est rassasiée. Je préférerais rejoindre la douceur de l'anonymat, ce que l'on nomme à tort la banalité. Rien de plus extraordinaire pourtant que la vie commune. J'aime le quotidien. Sa répétition permet d'approfondir les éblouissements du jour et de la nuit : manger le pain sortant du four, marcher pieds nus sur la terre encore imprégnée de rosée, respirer à pleins poumons, se coucher le long de la femme aimée - comment peut-on vouloir autre chose ?

    Cette vie-là aussi se termine par la mort. Je suppose néanmoins que mourir est très différent quand c'est l'oeuvre de l'âge : on s'éteint avec les siens, cela doit ressembler à un endormissement. Si je pouvais échapper à la violence annoncée, je ne demanderais rien de mieux.

    La pluie s'arrête. L'hypothèse exquise s'achève.

    Tout s'accomplira.

    Amélie NOTHOMB

    SOIF

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 14 Janvier à 14:12

    Coucou Andrée,
    Plus que le partage de cet extrait, j'aurai aimé savoir ce que tu en as pensé.
    C'est un livre sur lequel j'ai une hésitation avec des critiques littéraires très opposées parfois.
    Bises et bonne journée

      • Mardi 14 Janvier à 17:02

        Merci Andrée, 
        J'aime les ouvrages d'Amélie Nothomb, mais ce que je craignais dans cet ouvrage, c'est justement ce qu'à ressenti ton mari, de ne pas en être touchée, hors, les derniers jours du Christ devraient être extrêmement touchants...
        Bises

    2
    Mardi 14 Janvier à 14:16

    Bonjour Andrée, ah j'ai acheté un jour un de ses romans, puis deux, trois, ensuite, plus rien... j'allais même aux dédicaces à Lille...  Son dernier me donna l'envie d'en savoir plus, insolite, à la place du crucifié le plus célèbre, pas déçue, un écriture comme j'aime.... merci, JB

    3
    Mardi 14 Janvier à 14:16
    un bel extrait mais je ne sais pas pourquoi je n'accroche pas à l'écriture de Amélie Nothomb. Bisous
    4
    Mardi 14 Janvier à 14:23

    Je viens juste de terminer " Soif" j'ai  aimé cette façon de faire parler le Christ , de partager ses états d'âme . Une belle réflexion sur ce qu’entraîne le fait d'avoir un corps . Tout comme cette vision de Marie Madeleine considérée comme l'amante de Jésus . 

    Bref un ouvrage d'Amélie Nothomb que j'ai trouvé contrairement à beaucoup de critiques tres intéressant .

    Bonne journée 

    Bises  

     

    5
    Mardi 14 Janvier à 15:29

    J'ai beaucoup aimé ce livre qui pose énormément de questions sur la pertinence du sacrifice, de la souffrance, du martyre pour atteindre la rédemption, une porte ouverte comme le dit Notomb sur la fascination du martyre dans certaines religions et les dérives que l'on connaît. Ses questions sont celles que l'on ne peut que se poser et auxquelles hélas personne ne répond. Quand je les posais on me disait" c'est un mystère", ou bien Il est mort pour toi, pour effacer tes péchés. Quels péchés, qu'est-ce que j'ai bien pu faire de si terrible en venant au monde pour qu' un père envoie son fils se faire massacrer de façon aussi odieuse?

    6
    Mardi 14 Janvier à 16:04
    Renée

    Un bel extrait mais qui ne me tente pas pour lire un tel livre trop de questionnement en résulterait et je lis souvent pour me détendre.....Bisous

    7
    Mardi 14 Janvier à 16:41

    Un très bel extrait, auquel on aime à croire.

    8
    Mardi 14 Janvier à 17:04

    Marc 10:45
    Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.

    9
    Mardi 14 Janvier à 22:23

    C'est un livre que j'aimerais lire ! Je ne sais pas si j'aimerais

    mais j'ai toujours apprécié ce que j'ai lu de Amélie Nothomb

    10
    Mercredi 15 Janvier à 02:03
    colettedc

    Ah ! Je ne connais ni le livre, ni l'auteure, Andrée ! Merci pour cet aperçu ! Bon mercredi ! Bises♥

    11
    Mercredi 15 Janvier à 09:29

    J'hésite à le découvrir bien qu'une amie l'ait présenté dans le cadre de notre Cercle de lecture. Tu ne nous dis pas si tu as aimé, si ça vaut le coup de le lire. Je ne lis que rarement les romans d'Amélie Nothomb, ce n'est pas que je ne l'aime pas parce que je les lis avec plaisir, mais je les oublie aussitôt, c'est une drôle de sensation...ils ne font que passer et ils ne m'en restent rien sauf si je les relis :) bises 

    12
    Mercredi 15 Janvier à 17:23

    tout est dans cet extrait choisi, le choix de nos vies, la simplicité de nos moeurs, juste le fait d'être nous avant l'endormissement final ... pourquoi a t-il fallu que des hommes aient porté à bout de bras ces illusions démoniaques ? 

    le fait que tu aies choisi cet extrait me séduit ! 

    amitié .

    13
    Mercredi 15 Janvier à 19:35

    Bien ce petit trait du livre

    14
    Mercredi 15 Janvier à 20:56

    Bonsoir Andrée? Je n'ai lu aucun de ses livres. Je n'accroche pas du tout, mais cet extrait me donne envie d'en savoir plus. Bonne soirée et bisous

    15
    Jeudi 16 Janvier à 18:52

    C'est vrai que l'on pourrait imaginer chacun une autre vie pour Jésus, une autre que celle que l'on a apprise au catéchisme.  Merci pour cet extrait car je n'ai jamais lu un seul livre d'Amélie Nothomb. Bon week end et bises.

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