• Défi 222 avec Asfree

     

    Capitaine Asfree  pour le défi du lundi, le dernier de la saison , propose : 

    Quelqu’un est sur le pas de sa porte, à votre avis que fait-il ?

     

    Sur le pas de sa porte, Roland se gratte la tête. Il ne sait pas quoi faire. Ce type venu remuer le passé, son passé, n'arrange rien ! 

    L'histoire commence le 6 juin 1944, Ouistreham, dans le ciel des parachutes, dans la rue des Anglais, des Allemands, du bruit et tous ces morts qui jonchent le sol. Il a 5 ans, pour lui, le sens de la guerre est incompréhensible, juste qu'aujourd'hui, sa mère, ses grands parents, sont aux fenêtres et parle des "boches" qui vont enfin payer pour ce qu'ils ont fait.

    Le 6 juin 1944, à Ouistreham, il est tout gamin, habillé d'un sarrau bleu, et il a ouvert la porte ; il est sorti pour retrouver Jean et Germain, jouer au ballon ; à 5 ans, la vie est normale que l'on soit en guerre ou pas et jouer est vital. Puis le ballon est perdu, dans la rue claquent des bruits d'armes, des mitraillettes et devant lui, deux morts, puis trois, et dix ; du sang, des armes à terres, des militaires et aussi des civils. Il se recroqueville dans un coin de la place, tout près d'un arbre, et un soldat se penche vers lui, le console et lui offre un pingouin en peluche, un tout petit pingouin grand comme ses mains. Déjà, il part plus loin, le laissant seul et fier de son nouvel ami.

    Aujourd'hui, 6 juin 1964, un homme a frappé à la porte, et Roland a ouvert. Peut être un représentant, un homme bien habillé, la quarantaine, venu vendre une encyclopédie. Seulement il n'a pas besoin d'une encyclopédie. L'homme se présente : "Aël Guillot" ; il hésite, il reste quelques secondes sans parler, regardant Roland . "Bonjour, j'étais dans le commando Kieffer, j'ai débarqué à Ouistreham en 1944 et j'ai appris par Monsieur le Fauconnier, maire de Ouistreham, que vous étiez le jeune  enfant à qui j'ai offert une peluche !".

    Derrière, Roland, arrive sa femme, s'essuie les mains sur son tablier et dit :"Entrez, Monsieur, entrez, vous boirez bien un café !". Les deux hommes sont intimidés et Lucie, petite abeille vive, tire une chaise, pousse un bouquet de fleurs, sourit et fait tout pour mettre à l'aise les deux hommes. Elle apporte un morceau de tarte à la rhubarbe. Et Aël reprend son histoire, toute son histoire, infirmier il était dans ce groupe, un grand jour où les décisions se prennent seul, dans l'instant, beaucoup de camarades morts, et des blessés, la peur que cela tourne mal, la joie de fouler le sol de la France et le souvenir de ce petit enfant, dans son sarrau bleu, de ses larmes. Lui offrir son fétiche, celui remis par tante Lisette avant son départ  de la maison en 42, il a 17 ans tout juste pour rejoindre le Général à Londres. 

    Les mots s'écoulent, torrent puis rivière, son regard est perdu dans le passé. Et soudain, il s'arrête : "Et vous, Roland, vous souvenez-vous ? Avez-vous encore le petit pingouin ? ". Le jeune homme ouvre sa bouche, un peu comme un poisson. Dire que l'on a encore un petit pingouin à 25 ans, qu'on l'a conservé, ce confident, cet ami dans les joies et les tristesses, pas facile pour un homme. Finalement, il se lève et va dans une pièce adjacente, revient tenant dans ses mains, une boîte ronde, bleue. Dedans, la peluche est couchée, bien un peu vieillie, les couleurs ternies, même du tissu utilisé pour ravauder les ailes. Et Germain de confier que sa maman est décédée peu de temps après la fin de la guerre ; elle avait marché sur une des nombreuses bombes laissées là. Tous ont eu beaucoup de chagrin et Dédé, son pingouin aussi ... 

    La boîte bleue est déposée sur la table, Aël remercie, dit qu'il va prendre congé. Les deux hommes se serrent la main, fortement, longuement. Il tend à Germain, sa carte de visite : "J'aimerais vous revoir, vous et votre épouse, je serai à Cabourg tout le mois d'août avec ma famille ".

    Sur le pas de sa porte, Roland se gratte la tête. Il tergiverse sur l'attitude à prendre. Lucie le prend par la main, elle ne se pose pas de questions. "Voyons Roland, nous irons à Cabourg avec Maurice, nous irons leur rendre visite."

    La porte se referme ; plus loin un homme sifflote, il est heureux. Il reverra Roland et sa petite famille. Il a vu beaucoup de livres chez l'homme, des romans, des livres de poésie. En son for intérieur, il songe à ce petit garçon qu'il n'a jamais eu, il songe à cet homme, peut être s'entendront-ils et voudra-t-il travailler avec lui dans sa maison d'édition ? 

    Note :

    A la radio, hier, un homme racontait son histoire de soldat, le débarquement comme infirmier, le petit enfant, le pingouin, puis la rencontre ... dans cette histoire l'homme a rencontré une jeune femme grâce à une émission de France Inter dans les années 60. Je l'ai senti déçu, il était presque muet, il était si certain que l'enfant était un garçon. J'ai voulu lui offrir une autre rencontre. Si vous souhaitez en savoir davantage sur lui, il s'appelait Gwen Aël Bolloré. 

     

     

     

     

     

     


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  • Boîte à outils pour une bienveillance inconditionnelle

     

    Efforçons nous d'élargir sans cesse le cercle de notre bienveillance afin d'y inclure le plus grand nombre d'êtres possible. Souhaitons que le jour vienne où aucun être ne sera exclu de notre cœur.

    La bienveillance inconditionnelle n'est pas hors d'atteinte : tous les êtres désirent éviter la souffrance et parvenir au bonheur. Pour que cette aspiration bienveillante s'étende de fait à tous les êtres, il suffit de souhaiter sincèrement qu'elle s'accomplisse.

    La bienveillance en action : simultanément, accroissons peu à peu la mise en oeuvre de cette bienveillance au travers de nos paroles et de nos actes.

     

    Matthieu Ricard

     

    A nous la liberté !

    Matthieu Ricard - Alexandre Jollien - Christophe André

     

    pensée de la semaine (10/06/19) - Matthieu Ricard

    L'égocentrisme, qui nous touche tous à différents degrés, nous empêche d'éprouver envers les autres de l'amour et de la compassion. Or, pour être vraiment heureux, il faut avoir l'esprit pacifié, et la paix de l'esprit ne s'installe en soi que par le biais de l'amour altruiste. Bien sûr, pour cultiver la compassion il ne suffit pas de croire à ses bienfaits ni de s'extasier sur la beauté de ce sentiment. Il faut faire des efforts et profiter de toutes les circonstances quotidiennes pour modifier nos pensées et notre comportement.

    Extrait résumé et adapté de Les Voies spirituelles du bonheur, Presses du Châtelet, Paris, 2002; Points Sagesse, Seuil, 2004.

    FOURTEENTH DALAI LAMA, TENZIN GYATSO (B. 1936)


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  • 1939

     

    ... Il fut maintenu dans l'armée à cause de la guerre qui risquait d'arriver, changé de région pour former un bataillon de rappelés avec beaucoup de réservistes, pas loin de la frontière d'Espagne, pour garder dans les camps de pauvres gens qui fuyaient devant le caudillo.

    Là, ils leur ont souvent rendus service. Avec eux, se trouvaient beaucoup d'officiers de réserve dont le capitaine de leur compagnie qui était commerçant à Roanne. Il leur demandait de garder mais pas de sévir. Il considérait lui que tous ces gens étaient des victimes d'une guerre fratricide engendrée par les gens du Caudillo. Le grand responsable en France de ces camps était un certain maréchal * qui n'avait qu'invectives au sujet ce ces pauvres gens ; il n'était pas ambassadeur chez le Caudillo pour rien.

    Je peux affirmer qu'il y avait des gardes mobiles qui gardaient les portes d'entrée au camp pire que si cela avait été des criminels. D'ailleurs un jour qu'il était venu ; tous les corps et les bataillons du secteur avaient été réunis au Barcarès et dans son discours, il avait bien insisté sur le terme de crapule vis à vis d'eux et demandé aux gardes mobiles de punir ceux qui cherchaient à sortir en leur faisant creuser des fosses dans le sol comme cela se pratiquait aux colonies et de les mettre nus en plein soleil toute la journée sans manger ni boire.

    Nous n'étions pas loin d'un certain Dodolf. Là-dessus après cette séance, le capitaine les avait convoqués et demandés de ne pas se rendre complice de telles pratiques. Et, comme quelques jours après avec d'autres camarades, ils voyaient les gardes mobiles maintenir des réfugiés allongés à plat ventre sur le sol, nus jusqu'à la ceinture et leur maintenant les portails d'entrée sur le dos, ils ont prévenus leur capitaine. Immédiatement, celui-ci a été rencontré le chef de bataillon pour qu'il fasse cesser de telles façons de faire. Ils sont partis tous les deux voir le commandant des gardes mobiles et lui ont dit de faire arrêter immédiatement ces brimades sinon ils y enverraient la troupe pour arrêter. L'autre se plia à leur demande. Ils eurent donc gain de cause. Seulement, deux jours après leur bataillon était envoyé vers un autre camp, pas besoin de chercher d'où le coup venait.

    * maréchal PETAIN, ambassadeur de France en Espagne (mars 1939 - mai 1940)

     

     

    Jean ROSSILLOL

    (1917-2004)

    (extrait de sa biographie)


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  • Boîte à outils pour une bienveillance inconditionnelle

     

    La bienveillance est comme ces petits brins d'herbes qui parviennent à pousser entre les dalles de béton : même si on a l'impression qu'il n'y a pas de place, ce sont toujours eux qui finissent par gagner.

    Il est précieux de dissocier la bienveillance de ses jugements. Tous les humains la méritent. Elle n'est pas une récompense mais une reconnaissance de leur humanité. Soyons aussi bienveillants que possible, même avec ceux qui sont différents de nous, même avec ceux que nous jugeons malfaisants. La bienveillance ne peut qu'éveiller ou réveiller leur humanité (et leur culpabilité). 

    Soyons des "bienveilleurs" le plus souvent possible : de notre mieux, saupoudrons nos journées et nos rencontres de regards, de gestes, de paroles de bienveillance. Quand les arbres produisent de l'oxygène, quand les humains produisent de la bienveillance, la Terre et l'Humanité se portent mieux.

     

    Christophe André

     

    A nous la liberté

    Christophe André - Alexandre Jollien - Matthieu Ricard 

     

     


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