• la chair de Rosaro Montero

    Soledad regarda Rosa avec aversion.

    - J'ai lu que... que ton mari était mort récemment, c'est bien ça ?

    Le visage de l'écrivain se durcit légèrement. Elle ne semblait pas apprécier d'en parler.

    - Oui.

    - Pardon. Je suis vraiment désolée. Je peux te demander combien de temps vous êtes restés ensemble ?

    Montero la regarda avec une curiosité méfiante.

    - Vingt et un an.

    Soledad sentit que le sang commençait à bouillir dans ses veines.

    - Alors comment peux-tu dire que tu la comprends ? Comment sais-tu ce que ressent une femme qui n'a jamais connu l'amour ?

    Rosa sourit :

    - Eh bien, parce que dans mes biographies je fais la même chose qu'avec mes personnages de mes romans. Tu te mets dedans, tu sais. Tu vis à l'intérieur de ces vies. Nous avons tous en nous toutes les possibilités de l'être humain, c'est ce que le Romain Térence disait : "Rien de ce qui est humain ne m'est étranger." Tu t'imagines alors à l'intérieur de cette autre existence, tu te laisses porter par elle, tu laisses le personnage te raconter son histoire, t'envelopper dedans... C'est comme surfer, tu sais. Comme grimper sur le dos d'une vague puissante et éclaboussée d'écume et la laisser t'emporter et te conduire jusqu'à la plage, pérora pseudo-poétiquement la romancière.

    - Tu fais du surf ?

    - Non !

    - Mais alors comment peut-tu savoir pour la vague et l'écume et tout ça ? se désespéra Soledad, incapable de contenir son irritation.

    Montera éclata de rire avec une joie sincère et ses yeux pétillèrent :

    - Ça aussi, je l'imagine.

     

    Rosa Montero

    La chair

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 8 Juillet à 14:46

    C'est bien là la prérogative de l'écrivain ! Dans son univers, il est le dieu créateur, comme disait Apollinaire !

    2
    Samedi 8 Juillet à 14:50
    C'est très bien décrit.
    J'aime beaucoup cette page.
    Bises et douce journée.
    3
    Samedi 8 Juillet à 18:50

    Pas facile d'en parler.

    4
    Dimanche 9 Juillet à 11:33

    Très bien dit, car effectivement pour arriver à bien transmettre les émotions un écrivain doit s'immerger dans différentes vies.

    Beau dimanche Durgalola, je t'embrasse

    5
    Dimanche 9 Juillet à 18:04
    Daniel

    L'imagination n'a' ni limites ni frontières Elle n'est pas enfermée dans le monde de la forme. Bonne soirée à toi.

    6
    Martine
    Mardi 11 Juillet à 07:34

    Bonjour Andrée,

     

    L'écrivain seul maître à bord de son bateau-livre. smile C'est l'imagination au pouvoir

    Bien vu.  Moi  aussi j'ai bien aimé ta page

    Bises estivales  tachées de pastel

     

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