• dire oui

     

    Tandis que le train fonçait vers la capitale, un jeune m'a accosté. Quand il s'est avisé que j'étais chrétien, il m'a demandé :"pourquoi, portes tu des pantalons de moine bouddhiste ?" Comment lui dire que ces pantalons à Velcro, très pratiques, me plaisent et surtout que l'habit ne fait pas le moine  Jésus et Bouddha, faut-il les réconcilier ? Sont-ils vraiment en concurrence, en conflit ? Je n'aime pas les guéguerres qui opposent les religions, ni la suffisance ni le syncrétisme. Tous les hommes sont frères.

    Je crois en Dieu, en son fils Jésus-Christ. J'espère qu'avec la mort, tout ne prendra pas fin. Jésus m'enseigne la bonté du monde. Malgré les crimes, les violences, les maladies, les souffrances, l'injustice, tout est ultimement en ordre. Suivre le Christ, c'est essayer de dire oui. Croire qu'au fond de la faiblesse, des miracles peuvent se produire. Les miracles, ce n'est pas seulement marcher sur les eaux mais assumer au quotidien les hauts et les bas, sortir de soi, aimer l'autre pour de vrai.

    ...

    Ce bus, cette brosse à dents, ce sac-poubelle, le fou rire de mes enfants, le ciel bleu, l'amitié, l'amour, la paix, tout provient de Dieu, tout participe d'une gigantesque création. Il est très facile de s'exiler de l'origine, de l'oublier. Pour peu qu'on regarde attentivement un visage, même le plus sombre, le plus méchant, on devine en lui la présence de Dieu. J'aime qu'il y ait quelque chose qui dépasse, et de loin, ce que nous voyons. J'aime un Dieu qui transcende tout, y compris sa transcendance, pour nous rejoindre dans le banal, le quotidien. 

    Le zen m'aide à dézinguer l'image d'un Dieu qui juge, scrute et condamne le moindre faux pas. Je prie ce Dieu de tout mon coeur et de toute mon âme. Prier, c'est vivre, se lever, aimer, aller aux toilettes. Ne jamais oublier que tout est en même temps vain, précaire, fragile, parfait et inouï. 

    Grâce au zen, je ne regarde plus Dieu comme un être lointain. Il est partout, y compris dans le tragique, la peur, les ennuis, les pulsions, ma bassesse, mes faiblesses. Entrer dans une vie spirituelle, c'est se relier à ce plus grand que nous. Plus intime aussi.

     

     


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  • Pourquoi ce livre plutôt qu'un autre ?

    parce que j'aime Alexandre Jollien, l'écrivain de "Eloge de la faiblesse", papa de Victorine, Augustin, Céleste, ami de Bernard Campan, Matthieu Ricard, Frédéric Lenoir etc... parce qu'en finissant de le lire, je me sens joyeuse, affectueuse, confiante.

    Pourquoi vous offrir ces mots au lieu d'autres ?

    si je m'écoutais, je vous les donnerai tous, cela fait un peu beaucoup pour un blog alors je vous conseille (pas de conseil ...) juste vous dire si vous saviez ce que ce livre apporte quand on vit avec notre foi (en Dieu, en l'homme, en l'AMOUR tout simplement),notre jour le jour, nos peines, nos éclats de rire .. 

    alors, après avoir feuilleté toutes les pages, hésité.. je vous donne :

    l'amour pur

    l'amour pur, je l'ai découvert ce curieux soir où se sont mêlés larmes, chagrin, rires et joie. Augustin s'apprêtait à fêter son premier anniversaire au Pays du matin frais, lorsque la sonnerie de Skype a retenti. La nouvelle est tombée, brutalement, ma belle-mère allait bientôt mourir.

    Après avoir écouté beaucoup, et aussi pleuré, ma femme nous a rejoints à table. A la lueur d'une bougie, trois enfants bouches bées l'ont regardée. Et ses paroles, montées du coeur infini d'une maman nous ont rassurés : "Maman est triste, très triste, mais maintenant on va savouret le beau gâteau d'anniversaire d'Augustin. C'est ça le plus important au monde, maintenant."

    Qui dira la délicatesse, le don de soi, l'abnégation et le courage d'une mère ? Cette joie tragique était notre manière de nous rapprocher de cette femme qui, à des milliers de kilomètres de nous, apprenait que le temps était venu pour elle de tout quitter.

     


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    Tous les êtres sont identiques dans leur désir d'être heureux et de ne pas souffrir.

    Ils ne diffèrent de moi que par leur nombre : je suis un, alors qu'eux sont innombrables.

    Mes joies et mes peines sont donc insignifiantes face aux bonheurs et aux malheurs des autres.

    Cette pensée est la base de l'esprit d'Éveil.

    Nous devrions souhaiter le bonheur d'autrui plus que le nôtre, en songeant particulièrement à nos ennemis et à ceux qui nous maltraitent.

    Sinon, à quoi servirait la compassion ?

    Le Trésor du cœur des êtres éveillés, p. 15,16, 53, 60, 79.

    DILGO KHYENTSE RINPOCHE (1910-1991)

    pensée de la semaine de Matthieu Ricard

     


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  • 15  août : l'assomption de Marie

     


     
    Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là.
    Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples.
    Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. »
    Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. »
    Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
    Saint Jean - chapitre 2

     

     

    «Les femmes aussi peuvent-elles devenir Bouddha?» - «Oui, Ananda - Alors pourquoi ne pas admettre les femmes en tant que nonnes dans la communauté?» Le Bouddha ne répondit pas à la question d'Ananda, son plus proche disciple. Celui-ci avait été bouleversé à la vue de femmes de haute caste, dont la tante même du Bouddha, qui avaient marché et mendié afin de voir le Bienheureux et lui demander la permission de vivre la vie errante consacrée à la méditation et à l'enseignement, comme le faisaient les moines. Il est dit qu'Ananda dut poser sa question trois fois avant que le Bouddha n'accepte les nonnes - encore ceci s'accompagnait-il de nombreuses restrictions plaçant les nonnes toujours sous le contrôle des moines. Pesanteurs culturelles? Peur du scandale? Il était en effet impensable dans le contexte de l'époque - le nord de l'Inde, il y a 2.500 ans - qu'une femme, quelqu'ait été son ancienneté, puisse se retrouver en position de supériorité.

    Cependant, dès le début, des nonnes furent des enseignantes renommées pour leur compréhension du Dharma (l'enseignement du Bouddha) et pour la profondeur de leur réalisation spirituelle. Le Bouddha fit leur éloge à plusieurs reprises. Il déclara, par exemple: «Si vous m'interrogez sur les mêmes sujets, je vous donnerai les mêmes réponses que Soeur Dhammadina. Que son discours soit répété devant toute la communauté des moines car elle a saisi l'essence de l'enseignement sur l'Illumination.» (2)

    Si les femmes doivent rester socialement inférieures, les paroles du Bouddha montrent qu'elles ne cèdent en rien aux hommes quant à la réalisation spirituelle. Mais cette ambiguïté va peser sur la position des femmes dans la Communauté qui sera toujours le reflet de la position des femmes dans la société en général.

    Dans l'école Zen du Japon à laquelle j'appartiens, l'ordination se fait de Maître à disciple - homme ou femme. «Dans le bouddhisme, hommes et femmes sont complètement égaux. C'est un des principes les plus élevés de la Voie du Bouddha» , a déclaré Maître Dôgen le fondateur, au 13e iècle. Mais la théorie est une chose, son application une autre!

    Depuis une décennie, tout est en train de changer. Grâce à l'aide du Dalaï Lama d'abord, et aussi sous la pression des femmes elles-mêmes, que ce soit dans les pays traditionnels ou occidentaux. Aux Etats-Unis, beaucoup de femmes enseignent ou dirigent des centres importants. Il semblerait qu'en Europe, l'évolution soit plus lente. Sur une trentaine de centres et monastères, la France en compte deux dirigés par des femmes.

    S'éloignant de la position du Bouddha, beaucoup de textes tardifs déclarèrent que ce n'est que dans un corps d'homme qu'on peut devenir Bouddha. Heureusement, le Soutra «L'enseignement de Vimalakirti», composé en Inde vers le 2e siècle, raconte ceci: un des grands disciples du Bouddha, Shâriputra, rencontre une déesse. Impressionné par ses paroles, reconnaissant sa compréhension des enseignements, il se risque à lui demander: «Pourquoi ne changez-vous pas de corps, vous qui êtes une femme?» La déesse lui rappelle le caractère illusoire des apparences et complète sa démonstration en le transformant en déesse, et en prenant elle-même la forme de Shâriputra. Obligé de reconnaître que la forme - masculine ou féminine - ne change rien, il s'incline devant l'Eveil «incomparable et sans égal» de la déesse!

    Luce Jôshin Bachoux

    (1) Luce Jôshin Bachoux a été ordonnée au Japon dans l'école Zen, il y a 15 ans. Elle dirige un monastère et centre de retraite en France, «La demeure sans limites» (Ardèche).

    (2) Thich Nhat Hanh - «Sur les traces de Siddharta».

    © La Libre Belgique 2001


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  • La notion de mandala est très difficile à comprendre, car elle est très éloignée de toutes nos habitudes de compréhension. Tout d’abord, contrairement à ce que peuvent laisser croire ses représentations iconographiques, un mandala n’est pas une représentation de la réalité existant à l’extérieur de nous-mêmes, par exemple une image de l’univers. Bien au contraire, le mandala est d’abord l’ensemble  même de notre être, il est « un sentiment d’existence totale où nous sommes au centre ».

    Le terme de mandala signifie littéralement un « cercle » qui incorpore tout, sans rien laisser de côté. Un tel rassemblement constitue une profonde unité, non celle d’une uniformité nivelée, mais celle d’un monde où tout peut apparaitre à sa taille, en son lieu, avec sa propre charge de réalité.

    Alors que nous pensons spontanément que nous sommes dans une situation un peu par hasard, la notion de mandala nous montre que notre rapport au monde et aux choses autour de nous est constitutif de notre être même. Là où nous sommes est le centre du mandala. Autrement dit, il n’y pas un « sujet » qui soit en relation avec des « objets » à l’extérieur de lui. Loin d’être anodin ou fortuit, tout fait partie d’une même réalité.


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