• Christophe André : 

    J'ai été très touché par une expérience récente lors d'un colloque sur la souffrance dans un monastère zen. Il devait y avoir 150 personnes dans la salle, et un monsieur dévasté se lève pour raconter que son fils est schizophrène, qu'il délire régulièrement, casse tout à la maison et qu'il est hospitalisé en ce moment.

    Il ne sait pas que faire et nous demande conseil.

    Je suis bien embêté, parce que, dans les cas compliqués et lourds comme celui-ci, il faudrait des heures pour comprendre, et une vie pour accompagner. Mais se dérober et esquiver en disant "c'est trop compliqué pour me contenter de quelques mots, ou pour conseiller" n'est qu'une solution de facilité, une dérobade.

    Un des maîtres zen présents lui dit alors quelque chose que je trouve juste, conceptuellement, mais dur humainement : il lui parle d'impermanence et d'acceptation, si je me souviens bien. Je vois à la tête du monsieur que cela ne le console guère, et je pense intérieurement : "Qu'est-ce que je pourrais dire qui l'aide, en peu de mots et de temps ?".

    J'ai pris la parole sans savoir et je me suis entendu lui dire quelque chose comme : "Ecoutez, vous êtes impuissant à l'aider, ça fait des années que vous n'y arrivez pas, alors acceptez cette impuissance, sans renoncer à être présent à ses côtés, lui montrer que vous l'aimez même si vous ne pouvez pas l'aider, et l'accepter tout au fond de vous. Car, pour l'instant, rien d'autre ne semble possible".

    C'est une attitude qu'on adopte souvent en médecine : d'abord accepter d'être impuissant à aider comme on voudrait le faire. Le papa souhaite légitimement que son enfant souffre moins, mais tant qu'il n'accepte pas de ne rien pouvoir faire, il souffre doublement : il est affecté par la situation de son enfant et il s'inflige une autre dose de souffrance en n'acceptant pas son impuissance.

    Ensuite, être le plus présent possible. J'ai dit ensuite à ce papa endolori :"Quoi que vous fassiez, chaque fois que vous serez aux côtés de votre fils, que vous lui parlerez, que vous tenterez d'établir un lien avec lui, cette présence sera quelque chose d'important pour lui, à un point sans doute que lui, vous, moi, ne mesurons pas."

    J'ai eu l'impression que ces mots l'avaient apaisé et, à la fin de la journée, il est venu me parler pour me remercier. Je ne sais pas ce qu'il est advenu : c'est compliqué, parfois on fait du bien aux gens sur le moment, mais dans le temps ? Est-ce que ces paroles lui ont finalement ouvert un chemin et ont diminué durablement son tourment ?

     

    Christophe André (médecin psychiatre, est l'auteur de imparfaits, libres et heureux - méditer jour après jour - n'oublie pas d'être)

    Alexandre Jollien (philosophe, a vécu 17 ans dans une institution spécialisée pour personnes handicapées, est l'auteur d'éloge de la faiblesse - petit traité de l'abandon - vivre sans pourquoi)

    Matthieu Ricard (moine bouddhiste depuis 40 ans, vit au Népal où il se consacre aux projets humanitaires de Karuna-Shechen, est l'auteur de le moine et le philosophe - l'art de la méditation - plaidoyer pour le bonheur -plaidoyer pour l'altruisme - plaidoyer pour les animaux)

     

    TROIS AMIS EN QUETE DE SAGESSE 

     

     


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  • Tous les commandements de Dieu viennent de l'amour et de la bonté de sa nature ; car s'ils ne venaient pas de l'amour, ils ne pourraient pas être le commandement de Dieu, car le commandement de Dieu est la bonté de sa nature et sa nature est sa bonté dans son commandement.

    Qui demeure dans la bonté de sa nature demeure dans l'amour de Dieu, et l'amour n'a pas de pourquoi.

    Si j'avais un ami et que je l'aime parce que j'en reçois du bien et qu'il fait pleinement ma volonté, je n'aimerais pas mon ami, mais moi-même. Je dois aimer mon ami pour sa bonté propre et sa vertu propre, et pour tout ce qu'il est en lui-même, alors j'aime vraiment mon ami quand je l'aime comme je viens de le dire. Il en est ainsi pour l'homme établi dans l'amour de Dieu qui ne cherche en Dieu rien qui lui soit propre, ni pour lui-même ni pour quelque chose que ce soit, qui aime Dieu seulement pour sa bonté propre, pour la bonté de sa nature et pour tout ce qu'il est en lui-même : tel un véritable amour.

    Maître Eckhart

    Sermons

     


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  • On pourrait dire à un homme bon :"Pourquoi cherches-tu Dieu ?"

    - "parce qu'il est Dieu !"

    "Pourquoi cherches-tu la vérité ?"

    - "parce qu'elle est la vérité !"

    "Pourquoi cherches-tu la justice ?"

    - "parce qu'elle est la justice !"

    De telles personnes sont telles qu'elles doivent être. Toutes les choses qui sont dans le temps ont un "pourquoi". Si l'on demandait à quelqu'un "pourquoi manges-tu ?"

    -"pour avoir de la force"

    "Pourquoi dors-tu ?"

    - "pour la même raison !". 

    Il en est ainsi de toutes les choses qui sont dans le temps.

     

     

    Maître Eckhart

    Sermons

     


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  • Mais certaines gens veulent regarder Dieu comme ils regardent une vache, avec les mêmes yeux ; ils veulent aimer Dieu comme ils aiment une vache. Tu aimes celle-ci pour le lait et le fromage et pour ton propre avantage. Ainsi font toutes ces personnes qui aiment Dieu pour la richesse extérieure ou la consolation intérieure, et ils n'aiment pas vraiment Dieu, ils aiment leur propre avantage.

    Oui, je le dis en vérité : tout ce vers quoi va ton intention et qui n'est pas Dieu en lui-même ne peut jamais être assez bon pour ne pas entraver ta voie vers la plus haute vérité.

    ....

    Tu dois être stable et ferme, c'est-à-dire semblable dans la joie et la souffrance, dans le bonheur et le malheur. Tu dois avoir en toi la noblesse de toutes les pierres précieuses, c'est-à-dire que toutes les vertus soient enfermées en toi et fluent de toi essentiellement. Tu dois franchir et dépasser toutes les vertus, tu dois saisir la vertu seulement dans ce fond où elle ne fait qu'un avec la nature divine. Et dans la mesure où tu es plus uni que l'ange à la nature divine, dans cette même mesure, il recevra par toi. Que Dieu nous aide à devenir Un. Amen

     

    Maître Eckhart (1260/1327)

    sermons


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  • Choisir nos aliments

     

    Nous pouvons manger et produire de la nourriture en étant très violents, avec les autres espèces vivantes, avec notre corps et avec la Terre. Mais nous pouvons aussi produire des aliments, les distribuer et les manger de telle sorte que cela fasse partie d'un grand processus de guérison. Nous avons le choix.

     

    La planète souffre profondément à cause de la façon dont beaucoup de personnes mangent aujourd'hui. Des forêts sont rasées pour faire pousser des céréales qui serviront à nourrir le bétail, et les élevages intensifs polluent notre eau et notre air. Beaucoup de céréales et d'eau sont aussi utilisées pour produire de l'alcool. Des dizaines de milliers d'enfants meurent de faim ou de malnutrition chaque jour, alors que notre Terre a la capacité de tous nous nourrir.

     

    A chaque repas, nous faisons des choix qui aident notre planète ou qui lui nuisent. "Qu'est-ce que je vais manger aujourd'hui ?" Il s'agit là d'une question très profonde. Vous pouvez vous la poser chaque matin. 

     

    Vous découvrirez que, en pratiquant la pleine conscience du repas et en commençant à regarder profondément ce que vous manger et ce que vous buvez, vos envies de certains aliments changeront sûrement. Votre bonheur et celui de la Terre s'entremêlent. 

     

    Thich Nhat Hanh

    Vivre en pleine conscience

    manger 


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