• chaque être humain a quelque chose que je n'ai pas (Alejandro JODOROWSKI)

    (la vérité entre 2 langues - 2016 - PascALEjandro)

     

    Chaque être humain a quelque chose que je n'ai pas.

    Si je suis réceptif et prête attention, je remarquerai que tout collabore à ce que cette chose que je n'ai pas apparaisse comme un cadeau devant moi.

    Chaque être humain est une leçon que je dois recevoir.

     

    Alejandro JODOROWSKY

    un évangile pour guérir

    le dieu intérieur 

    le grand entretien A. Jodorowski et P.


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  • Encore une fois, le chemin de la joie est celui de l'union, le chemin du chagrin est celui de l'isolement. Lorsqu'on se sent différent de nos congénères, on les voit comme des menaces. Alors que s'ils sont une partie de nous, comme interdépendants, il n'est nul défi que l'on ne peut relever - ensemble.

    - Quand je rencontre quelqu'un, conclut le Dalaï Lama, revenant à ce qui devenait un sujet prépondérant, j'essaie toujours de me connecter à lui sur le plan humain le plus basique. A ce niveau, je sais que comme moi, cette personne désire simplement être heureuse et ne pas avoir trop de soucis dans la vie. Que je parle à une personne ou à un millier, je me vois toujours et avant tout comme un être humain. Ainsi, il est inutile de faire les présentations. 

    Si d'un autre côté, je me connectais aux autres du point de vue d'un être différent - par exemple un bouddhiste ou un tibétain -, je dresserais un mur entre eux et moi. Si je me réfère à l'humanité en tant que 14ème Dalaï Lama, je sème les grains de ma propre solitude. Après tout, il n'existe qu'un seul Dalaï Lama dans le monde entier. Par contraste, si je me vois comme un être humain, je sais que j'ai un lien profond avec 7 milliards d'individus. N'est-ce pas merveilleux ? Quel besoin de s'inquiéter quand on a 7 milliards d'individus avec soi ?

     

    Le Dalaï Lama et Desmond Tutu avec Douglas Abrams

    LE LIVRE DE LA JOIE


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  • Souvent, à l'étranger, les journalistes qui m'interrogent ne résistent pas à la tentation de me demander quel est mon plat préféré.

    .. un peu par courtoisie, j'essaie de répondre. Quels sont les plats que je préfère, les plus lié à mon identité ? ... je finis par répondre que, sans aucun doute, les essentielles pâtes à la tomate représentent mon italianité, tandis que la bagna cauda, typique plat piémontais à base d'ail, d'huile et d'anchois, est le symbole gourmand de ma région.

    Mais ensuite, si on y réfléchit, bien que ces plats représentent mon identité, aucun des deux n'est fait avec des ingrédients qu'on trouve dans la région. Les pâtes à la tomate : ni les pâtes, dont Chinois et Arabes se disputent l'invention, ni la tomate, originaire des Amériques, seulement importé au XVIe siècle et longtemps utilisée surtout comme plante ornementale (à Naples, au début, dans les recettes traditionnelles, on préférait le poivron) ne sont nées en Italie. Et pourtant, d'une certaine manière, elles représentent aujourd'hui l'essence gastronomique de notre pays.

    Et la bagna cauda : le Piémont, comme son nom l'indique, est une région en grande partie entourée de montagnes, et la mer est loin. Il n'existe donc pas d'anchois piémontais, ceux que nous mangeons arrivent de Ligurie   voisine, qui, elle, a une belle mer. Et, en dehors de cas très rares, l'olivier n'est pas cultivé dans le Piémont, donc il n'existe pas d'huile d'olive extra-vierge piémontaise. Deux des ingrédients fondamentaux de la bagna cauda ne sont pas locaux, mais proviennent d'échanges commerciaux et de rapports avec les voisins ligures. Qu'est-ce que tout cela signifie ?

    Cela signifie que l'identité est toujours engendrée par l'échange, qu'elle n'existe pas sans le rapport avec les autres ; c'est une nouvelle démonstration du fait que nous avons déjà observé, à savoir que la nourriture est toujours un réseau.

    Et si la thèse selon laquelle le bonheur a aussi la forme d'un réseau, si on veut vraiment lui donner une forme, la solution est vite trouvée. Nous ne sommes personne, et nous ne sommes pas heureux, si nous sommes fermés, si nous sommes seuls. L'aliment nous représente, nous ramène à une communauté parce qu'il en est le symbole iden titaire, parce qu'il est familial et que nous le reconnaissons comme affectif et rassurant d'une certaine manière.

     

    Carlo PETRINI

    (deux idées de bonheur de Luis Sepulveda et Carlo Petrini)

    quel est mon plat préféré  ? Carlo Pétrini (deux idées de bonheur)

     

     

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  • une idée de bonheur

    Durant une grande partie de ma vie je me suis donné beaucoup de mal, non sans un certain embarras, pour trouver une réponse sensée quand on me demandait ce qu'est le bonheur. Du reste, ce n'est jamais une réponse facile, pour personne, même si nous parlons de ce tout le monde recherche, de pourquoi au fond nous vivons : peut-être pas précisément le bonheur, mais au moins, et plus probablement, quelques moments heureux.

    A bien y regarder, en effet, un état de pleine satisfaction, de pleine réalisation ou de bien-être complet est vraiment difficile à atteindre. De plus, si par hasard on a la chance d'y arriver, il est ensuite presque impossible de le conserver, et plus encore de le maintenir à l'infini. Paradoxalement, le vaillant effort que cela exigerait nous rendrait presque certainement malheureux.

    Voilà pourquoi, en fin de compte, il est peut être plus approprié de définir le bonheur comme un moment, un éclair d'intensité majeure ou mineure, qui arrive et puis, malheureusement, passe.

    Mais alors ? Peut-on dire qu'on a vécu heureux si, quand on regarde en arrière, on trouve une série suffisante ou en tout cas conséquente de ces moments de bonheur distillé ? Peut-être, peut-être qu'il faut faire une addition, mais seulement si on raisonne de manière individuelle, personnelle, je dirais presque égoïste.

    Parce que, avec le temps et l'expérience de mon étrange métier, celui de gastronome, j'ai fini par comprendre quelque chose, à propos du bonheur : c'est comme un réseau, tissé par une série de relations, établies avec les autres et avec ce qui nous entoure ; avec les personnes, avec la nature et avec les choses.

     

    Carlo PETRINI

    fondateur de Slow Food

    Deux idées de bonheur de Luis Sépulvéda et Carlo Pétrini

    une idée de bonheur (extrait ) Carlo Petrini


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  • Christophe André : 

    J'ai été très touché par une expérience récente lors d'un colloque sur la souffrance dans un monastère zen. Il devait y avoir 150 personnes dans la salle, et un monsieur dévasté se lève pour raconter que son fils est schizophrène, qu'il délire régulièrement, casse tout à la maison et qu'il est hospitalisé en ce moment.

    Il ne sait pas que faire et nous demande conseil.

    Je suis bien embêté, parce que, dans les cas compliqués et lourds comme celui-ci, il faudrait des heures pour comprendre, et une vie pour accompagner. Mais se dérober et esquiver en disant "c'est trop compliqué pour me contenter de quelques mots, ou pour conseiller" n'est qu'une solution de facilité, une dérobade.

    Un des maîtres zen présents lui dit alors quelque chose que je trouve juste, conceptuellement, mais dur humainement : il lui parle d'impermanence et d'acceptation, si je me souviens bien. Je vois à la tête du monsieur que cela ne le console guère, et je pense intérieurement : "Qu'est-ce que je pourrais dire qui l'aide, en peu de mots et de temps ?".

    J'ai pris la parole sans savoir et je me suis entendu lui dire quelque chose comme : "Ecoutez, vous êtes impuissant à l'aider, ça fait des années que vous n'y arrivez pas, alors acceptez cette impuissance, sans renoncer à être présent à ses côtés, lui montrer que vous l'aimez même si vous ne pouvez pas l'aider, et l'accepter tout au fond de vous. Car, pour l'instant, rien d'autre ne semble possible".

    C'est une attitude qu'on adopte souvent en médecine : d'abord accepter d'être impuissant à aider comme on voudrait le faire. Le papa souhaite légitimement que son enfant souffre moins, mais tant qu'il n'accepte pas de ne rien pouvoir faire, il souffre doublement : il est affecté par la situation de son enfant et il s'inflige une autre dose de souffrance en n'acceptant pas son impuissance.

    Ensuite, être le plus présent possible. J'ai dit ensuite à ce papa endolori :"Quoi que vous fassiez, chaque fois que vous serez aux côtés de votre fils, que vous lui parlerez, que vous tenterez d'établir un lien avec lui, cette présence sera quelque chose d'important pour lui, à un point sans doute que lui, vous, moi, ne mesurons pas."

    J'ai eu l'impression que ces mots l'avaient apaisé et, à la fin de la journée, il est venu me parler pour me remercier. Je ne sais pas ce qu'il est advenu : c'est compliqué, parfois on fait du bien aux gens sur le moment, mais dans le temps ? Est-ce que ces paroles lui ont finalement ouvert un chemin et ont diminué durablement son tourment ?

     

    Christophe André (médecin psychiatre, est l'auteur de imparfaits, libres et heureux - méditer jour après jour - n'oublie pas d'être)

    Alexandre Jollien (philosophe, a vécu 17 ans dans une institution spécialisée pour personnes handicapées, est l'auteur d'éloge de la faiblesse - petit traité de l'abandon - vivre sans pourquoi)

    Matthieu Ricard (moine bouddhiste depuis 40 ans, vit au Népal où il se consacre aux projets humanitaires de Karuna-Shechen, est l'auteur de le moine et le philosophe - l'art de la méditation - plaidoyer pour le bonheur -plaidoyer pour l'altruisme - plaidoyer pour les animaux)

     

    TROIS AMIS EN QUETE DE SAGESSE 

     

     


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