• - Hue, Coquet !

    Mon oncle travaillait avec son cheval du matin au soir.

    - Quand est-ce que tu es passé au tracteur ?

    - En 1970, mon premier. Mais la mécanisation, c'était un piège. Je pensais que j'irais plus vite, que j'aurais du temps... En fait j'étais rentré dans ce truc infernal de l'industrialisation. Il fallait toujours produire davantage, acheter des terres... C'était délirant. Tout le long de ma vie de paysan, je croyais avancer, et j'étais doublé par l'évolution. Il fallait avoir le diable au corps pour rester ici. Tous mes copains se tiraient en ville ! ça faisaient des gendarmes, des mécanos, des maçons, des cheminots... Pour ne pas se flinguer, il fallait être solide. Et les jeunes qui revenaient au pays nous snobaient parce qu'on chiait avec le cheval, qu'on n'avait pas de salle de bains... Du coup je bossais encore plus, pour financer la modernisation de la maison... Je sortais pas de la spirale.

    Il avait construit des gîtes ruraux, bientôt, parce que le pays, son agriculture et son industrie moribondes basculaient dans le tourisme, "les gorges de l'Ardèche et toutes ces conneries..."

    Mon oncle pose son béret.

    Attends... Là. dix... Ici, ils étaient bien... Je vais te dire... Vingt-cinq.. Et ceux de Elze... Les trois frères des coteaux... Et sur le bord du Chassezac... La famille... Comment ils s'appelaient...

    - Oui, juste après-guerre, tu vois, il y avait 80 fermes sur la commune.

    - Combien il en reste ?

    - Trois. On est trois. Et tu as vu mes cheveux blancs....

     

    Pierre SOUCHON

    Encore vivant

     


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  • pour ma belle-mère chérie (91 ans) 

    pour Mme G. (94 ans) qui vit depuis peu dans une maison de retraite

    pour la maman (92 ans) d'une copine

    et pour tous nos grands ancien(ne)s

     

    Qui sait de quoi demain sera fait ? J'approche les quatre-vingt-quinze ans. A mon âge, je ne peux rien prédire.

    Il faut apprendre à vivre au jour le jour et se faire au moins quatre plaisirs par jour, comme s'ils étaient prescrits par une ordonnance médicale.

    Statistiquement, j'ai dépassé l'âge limite pour une femme. Ce que je vis est donc un cadeau - un cadeau inattendu et très bienvenu.

    Rien ne me servirait de me plaindre des divers bobos ou maux de la vieillesse. Bien sûr, ce serait mieux si je pouvais encore lire et écrire : je me contente aujourd'hui d'écouter et de dicter. Mais, amis lecteurs, ne me plaignez pas ; j'y vois suffisamment pour vivre seule et me débrouiller dans mon appartement. Se plaindre augmente les douleurs. Voir le bon côté des choses les diminue. J'aime mieux être en vie.

    Chaque matin, quelque soit l'endroit où je me réveille, chez moi à Paris ou chez moi à la montagne, je sens avec la main le bois qui se trouve sur ma droite et, avant même d'ouvrir les yeux, je savoure simplement ceci : je suis en vie, et c'est bon. Je remercie Dieu pour cette nouvelle journée qui commence. Elle ne pourra qu'être agréable.

     

    Anne Ancelin Schützenberger

    Ici et maintenant

    vivons pleinement

    (décédée en mars 2018 à l'âge de 99 ans)

     


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  • Je n'ai pas été à l'école

    et je n'en éprouve aucun regret.

    *

    Les gens qui se croient importants

    ont à mes yeux moins d'importance

    que les dessins d'enfants.

    *

    La première fois 

    qu'on m'a appelé monsieur,

    j'ai été stupéfait.

    Avec le temps je me suis habitué

    mais moi je me vois toujours

    comme un petit garçon de dix ans.

     

    Alexandre ROMANES

    Sur l'épaule de l'ange


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  • Putain que c'était bon d'être à quinze ans assis près de la 

    cage des chiens de mon père tandis qu'un rayon de soleil

    me faisait pousser à vue d'oeil ! Tous les animaux ont des

    yeux de poète. On ne rêve pas quand on est jeune, on vit. 

    Le bien et le mal jouent ensemble car les enfants de Dieu

    et les enfants du diable restent des enfants. Mon enfance

    portait déjà l'épée de Saint Michel et le serpent renaissait

    chaque fois que je lui tranchais la tête. C'est après que 

    tout change, quand les feuilles des arbres déposent leurs

    signes écarlates à vos pieds, faisant de vous un poète. 

     

    Jean-Marie KERWICH

    Le livre errant

     


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  •  

     

    A l'origine, la densité de mammifères était extrêmement réduite, car ces forêts  (de hêtres) ne leur offrent que peu de ressources alimentaires. Avant que l'homme entre en scène, les chances d'attendre tranquillement 200 ans sans être dévorés étaient très bonnes.

    Puis des bergers sont arrivés dont les troupeaux affamés se sont jetés sur les savoureux bourgeons. Sur les parcelles éclaircies par les coupes, des essences se sont imposées qui jusque-là étaient supplantées par les hêtres. La progression post-glaciaire du hêtre en fut fortement ralentie et les territoires qu'il n'a pas reconquis sont encore nombreux.

    Ces derniers siècles, s'y est ajouté le développement de la chasse qui, paradoxalement, a entraîné une augmentation sensible des populations de cerfs, de sangliers et de chevreuils. Le nourrissage du gibier pratiqué par les sociétés de chasse, notamment dans le but d'accroître les effectifs de cervidés mâles, a eu pour effet d'en multiplier le taux de présence naturel par cinquante. A l'heure actuelle, l'espace germanophone affiche la densité de grand gibier herbivore la plus élevée au monde.

    La sylviculture limite aussi son extension. Dans le Sud de la Suède, les plantations d'épicéas et de pins occupent les territoires naturels des hêtres. Hormis quelques individus isolés, l'espèce en est quasiment absente, mais elle attend son heure. Dès que l'homme aura tourné les talons, elle reprendra sa marche vers le nord. 

     

    Peter WOHLLEBEN

    La vie secrète des arbres 

    ce qu'ils ressentent

    comment ils communiquent


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