• BRICOLAGE

     

    Tu naquis d'un bricolage

    Du génial univers

    Par d'étranges combinaisons

    Par surprise et par liaisons

    Tu devins Toi plutôt que mouche

    Plutôt que zèbre souris lion

     

    Surgi du magma des possibles

    Et de la souche de toute vie

    Tu devins Toi

    unique au monde 

    Face à l'éphémère défi.

     

    Andrée CHEDID

    Rythmes

     


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  • Une très légère oscillation de Sylvain Tesson

    photo de Vincent Munier 

    Avec les bêtes

     

    Le WWF publie un rapport éprouvant pour les nerfs, désolant pour l'esprit, accablant pour l'homme, d'où il ressort qu'entre 1970 et 2012 58 % des effectifs d'espèces vertébrées ont disparu. On sait les raisons du recul : pression démographique, extension des zones urbaines, pollution des sols par l'agriculture intensive. On les connaît, on ne les enraye pas, on les déplore, on les oublie, on se chagrine un peu et l'on continue l'immense entreprise de salopage en règle à laquelle nous nous adonnons depuis la révolution néo-lithique. Les auteurs du rapport prédisent que la disparition pourrait atteindre 67 % en 2020 si nous n'agissons pas. Agira-t-on ? Non.

    ...

    Une bête est un dieu, c'est à dire l'incarnation d'un mystère. En croiser une est une jouvence, un tressaillement, un viatique que l'on serre au fond de sa mémoire et que l'on emporte en soi pour le reste des jours. A quoi sert le séjour sur Terre si l'on se prive de la puissance et de la gloire vivantes, si l'on s'économise de vénérer les formes de l'individuation biologique, si l'on supprime la mystérieuse héraldique de la faune, l'ornementation de la flore, l'art immémorial des constructions vivantes ? La vie aura-t-elle encore un sens dans un "entre-soi" d'humains ?

    Le photographe Vincent Munier, 40 ans, a compris qu'une rencontre avec une bête lui procurerait les plus beaux transpercements de l'être. Depuis des années, il court les horizons proches et sauvages - Vosges, terre d'Ellesmere, Kamtchatka, Abyssinie... -, se fond dans le substrat et attend pendant des semaines la survenue d'un animal, qu'il immortalise avec la science du naturaliste, l'intelligence de l'artiste et l'amitié éblouie d'un homme qui n'a pas placé ses semblables au sommet de la pyramide du vivant. Ses livres (solitudes, la nuit du cerf, au fil des songes, publiés aux éditions Kobalann) devraient être envoyés dans la prochaine sonde spatiale à destination des éventuels visiteurs extraterrestres, qui sauraient ainsi qu'ils arrivent trop tard dans un jardin anciennement enchanté.

     

    Sylvain Tesson

    une très légère oscillation


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  • Cette conviction - que nous vivons et mourons le plus souvent obscurs - a tout spécialement inspiré ce petit livre sur mes parents et déterminé son propos. La vie de nos parents, jusque dans sa gangue d'obscurité, nous fournit une première preuve solide que les événements humains tirent à conséquence.

    Car enfin, nous sommes là.

    L'avenir est imprévisible, aléatoire, mais celui de nos parents nous réalise et nous singularise à la fois. Comme je tiens pour acquis que la vie vécue n'admet aucune transcendance, j'en reviens toujours aux miens.

    Dans des moments difficiles, longtemps après leur mort, il m'arrive souvent d'éprouver d'eux, de leur réalité, une franche nostalgie. Alors, les évoquer, au lieu de chercher un dérivatif, n'est pas qu'un remède à la nostalgie, c'est aussi une démonstration factuelle de cette réalité qui, je le répète, relève de l'essentiel pour moi.

    Richard FORD

    Entre eux

     

     


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  • Après la lettre du défi, j'ai repris la lecture à partir de la page 106 de "un océan, deux mers, trois continents" de Wilfried N'SONDE

    Parti de son pays le Kongo, pour rejoindre le vatican où Dom Antonio Manuel, né Nsaku Ne Vunda, est appelé comme ambassadeur (le premier ambassadeur africain), Il aura traversé l'Océan avec dans la cale, des esclaves, ses frères, rencontré l'amitié, puis se fait enlever par des pirates, puis au Portugal, est interrogé, torturé par l'Inquisition et maintenant, est reçu par le pape au vatican.

    La salle était remplie d’ecclésiastiques qui ne se souciaient plus de l'âme, ils avaient fait de Dieu un instrument pour servir leurs ambitions personnelles et politiques. Leurs discours insignifiants, sans rapport avec la parole divine, m’attristèrent, j'étais étranger à ce lieu de pouvoir et d'intrigues. Dans la bouche des hommes de chair et de sang censés relayer la voix du Seigneur, je ne décelais aucun signe d'amour, le miracle préféré de Dieu, la magie la plus puissante.

     

    D'autres mots pourraient être choisis, mais ceux-ci sur l'amour me touchent en profondeur.  Cet écrivain a fait preuve d'une grande force d'amour envers cet homme disparu depuis longtemps et envers tous les êtres qu'il a croisés. 

    Ce prêtre est mort en 1608 à Rome et le pape demandera que sa dépouille soit ensevelie sous la basilique Sainte Marie Majeure à Rome et pour qu'il ne soit pas oublié, l'artiste Francisco Caporale sculptera son buste en marbre noir. Egalement, le pape fera peindre dans la bibliothèque vaticane, les faits les plus importants de son règne, la canonisation de deux saints, et une fresque représentant sa visite au peintre noir moribond.

     

     (renseignements pris aussi ICI)

     

     


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  • - Et maintenant ?

    - Maintenant, ce que je crois, c'est que sans traitement, je suis malade. Je dysfonctionne. Donc c'est à peu près aussi con de dire que je ne suis pas naturel avec mes cachets qu'un cancéreux qui vous dirait : "Ah mais avec ma chimio, vous démolissez mon être profond, je ne me reconnais plus, ce n'est plus moi..." Sauf qu'il ne viendrait jamais à l'idée d'un cancéreux de sortir une connerie pareille. C'est l'apanage de la psychiatrie... Tout mon combat, ça a été de considérer que j'étais malade au même titre qu'un diabétique, ou qu'un type qui a le VIH. Une maladie au long cours, qu'on doit traiter au long cours - et surtout qu'il n'y a pas de différence entre une maladie psychique et une maladie organique... Le souci avec les maladies psy, et c'est un énorme problème, c'est qu'on vous stigmatise.

    - Vous en avez souffert ?

    - Ah mais sans arrêt ! J'ai fait plusieurs mois d'hôpital dans ma vie, ce n'est pas rien... Mis à part mes parents et ma sœur, aucun des membres de ma famille n'est jamais venu me voir. Aucun ! pire : à ma sortie, lorsque je les revoyais personne ne me demandait de mes nouvelles !

    ....

    Tout le problème est là : les symptômes d'une maladie psy, mes symptômes à moi, en tout cas, s'incarnent dans mon comportement. Donc tout le monde y met de l'intentionnalité, en niant la dimension psychologique. Et on me renvoie à ma responsabilité, on me traite de tout. ça c'est parfaitement dégueulasse.

    ...

    - Vous espérez sortir rapidement ?

    - Oui. Mais pour tout vous dire, je me rends compte depuis peu de temps que j'étais malade, ces derniers mois, vraiment malade. Donc ça ne fait que quelques jours que je suis plutôt content d'être ici, de me poser, et que j'ai de moins en moins hâte de sortir, parce que je sais qu'il va falloir tout reconstruire, et que ce sera très long...

     

    Pierre Souchon

    Encore vivant


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