• Notre heure

     

    Écoute le doux bruit de cette heure que j’aime
    Et qui passe et qui fuit et meurt en un poème !

    Écoute ce doux bruit tranquille et passager
    Des ailes de l’Instant qui s’envole, léger !

    Je crois que ma douleur n’est que celle d’un autre…
    Et cette heure est à nous comme une chose nôtre…

    Car cette heure ne peut être à d’autres qu’à nous,
    Avec son doux parfum et son glissement doux…

    Elle est pareille à la chanson basse qui leurre
    Et qui vient de la mer… Ah ! retenir notre heure !

    Ô triste enchantement de se dire : Jamais
    Je ne retrouverai cette heure que j’aimais !

    Renée Vivien, Dans un coin de violettes, 1910


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  •  

    défi 217 avec Marie Chevalier

     

    Pour ce défi 217, c’est une première, c’est Marie Chevalier qui s’y colle et nous propose :

     

    « Un(e) ami(e) de longue date vous demande de mentir à son (sa) conjoint(e)

    sur son emploi du temps du samedi dans la soirée.

    Elle veut que vous lui disiez que vous étiez ensemble … ce qui n’est pas le cas…. »

     

    Nadège, petite femme courageuse, entre en courant par la porte entr'ouverte et me souffle au creux de l'oreille. "Samedi soir, j'ai dit à Georges, mon poux ronchon, que nous allions toutes les deux, toi et moi, au concert de Gregory Parker aux Arènes. Tu as compris, toutes les deux, toi et moi ... compris, bouche cousue et secret."

    Dans sa petite robe noire, elle s'en va, petite sorcière bien-aimée, sillage de citron et de mandarine, elle s'en va et je suis là abasourdie, un secret, un secret et je ne sais pas les garder, c'est comme ça. Ou alors une technique éprouvée, le détruire de mon souvenir. Le chien bleu approche, bientôt deux mois qu'il rôde près de la maison. Grandes pattes, fourrure un rien ébouriffée et impressionnant, même à quatre pattes, il est aussi grand que moi. Dans le quartier, certains ont dit qu'il est dangereux, un canolupus grandus et peut me dévorer.

    Nadège est partie, rejoindre je ne sais qui et préparer je ne sais quoi et moi je suis subjuguée par le bleu, par ses yeux gris foncés. Nous nous fixons tous les deux. Chacun dans sa condition, si mon coeur a battu au début, je crois le sien aussi, maintenant nous en sommes aux prémices de la rencontre. Il est assis à deux mètres, sa queue, panache de mousquetaire, fouette l'air avec aisance. Sa gueule ouverte sur des crocs larges, blocs de granit,  et une langue pendante, rouge, rouge. Il avance, avance et je ne recule pas, il avance et me pousse dans le canapé, s'allongeant sur moi, langue râpeuse et douce chaleur. Je me sens si heureuse, si parfaitement heureuse, libérée des mots, libérée de l'anxiété. 

    Et Nadège revient, vif argent, Verra-t-elle le monstre ? Verra-t-elle ? Et bien non, dans le nuage de son histoire, de son mental, elle ne voit qu'une couverture bien chaude sur moi. "C'est pas la peine me souffle-t-elle, c'est plus la peine ! Finalement, je lui ai dit : Viens avec moi rencontrer le compagnon de notre fils. J'ai trouvé un billet de concert. Autant se présenter dans des circonstances favorables. Jérémie est un bon fils, de ceux dont tous les parents rêvent, un homme pétillant, dévoué et joyeux. Avec Jean, nous partirons à Florence et à Honfleur." Alors elle s'est mise à rire et courir rejoindre sa petite troupe.

    Krishna, cher canolupus, soulève toi de là, je n'arrive plus à respirer, plus à respirer ! Pousse-toi mon ami !

    et mes yeux s'ouvrirent, grands, grands, dans la fraîcheur de la chambre verte. Ce soir, tard ce soir, je te retrouverai et là tout à l'heure, à Nadège, je lui confierai, parles enfin à Georges.

     


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  • Avec  Marie Chevalier ce jeudi en poésie est libre choix

     

    Oubliant complètement

    mon époux et mes enfants,

    je reste les mains dans les poches

    TEIJO NAKAMURA

     

    Douce journée.

    Un de nous deux

    sera seul un jour.

    MOMOKO KURODA

     

    Printemps limpide -

    j'entends les nuages

    naître dans le ciel

    REIKO AKEZUMI

     

    HAIKUS

    Pensées de femmes


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  • Pour ce jeudi, Marie nous propose de faire un poème selon le modèle suivant

    Janvier pour dire à l'année bonjour 

    Février pour dire ...

    Mars pour dire ...

    vous continuez la même structure pour tous les mois et vous concluez par :

    Et douze mois de plus ( mon ... ma ...) pour te dire .......

    _________________________________________________________

     

    janvier pour dire bon anniversaire, doux frère compagnon de mon enfance,

    février pour dire bon anniversaire, fille et petite fille chéries, parents disparus, et gai beau frère

    mars pour dire comme les crocus sont mignons et ardents

    avril pour dire le printemps revient, allons vite découvrir une nouvelle région

    mai pour dire bon anniversaire petits-fils de mon cœur,

    juin pour dire le retour des cerises et merles moqueurs,

    juillet pour dire gavons nous de lumière pour éblouir notre âme,

    août pour dire les raisins, les pêches, les melons, bons les sucrés,

    septembre pour dire enfants apprenez à l'école, les montagnes et les poésies,

    octobre pour dire bon anniversaire sœur-amie, doux gendre et feuilles d'or,

    novembre pour dire je pense à toi, amie fidèle et gracieuse,

    décembre pour dire comme les jours sont courts, enfant divin, et bien-aimé mari.

     

    Et douze mois de plus, ma chère terre, pour te dire qu'aimer est bon !


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  • Pour le défi du lundi 25 février

    Marie a trouvé dans une brocante, cette élégante estampe

    qui apparemment évoque une histoire mystérieuse…

    Qui sont ces personnages ? Que disent ils ?

    Que vont ils faire ? A vous de nous le raconter.

    Morin, yarfoun be toukheboure baili bi, indakhôn, orkho be ousikhiboure karoulan bi.

    Le cheval a pour récompense qu'on lui ôte la bride; le chien a pour récompense l'herbe mouillée.

     (proverbes manchoux et mongols de Louis Rochet)

     

    Dans un monde ancien, à l'Est de la Chine, en Mandchourie, vivait un peuple fier et nomade.

    Vaillant Soleil était le fils aîné d'une famille vivant du commerce des peaux de zibeline. Tout lui souriait et surtout il respectait ses parents. Il aimait la poésie, les chevaux qui filaient dans le vent. A 25 ans il n'était pas encore marié et ses parents souhaitaient des petits fils pour remplir la terre de Mandchous.

    La marieuse, une femme âgée, pas n'importe quelle marieuse, une femme avisée, Face de Lune, leur avait proposés plusieurs jeunes filles, fleurs à peine écloses nées de famille de notables. Ils hésitaient entre les jeunes filles. Dans les mariages anciens, de nombreuses qualités étaient exigées et la beauté n'était pas un critère respectable. Et les parents choisirent une des plus jeunes, 15 ans à peine, dont les parents avaient des terres proches des leurs. Elle s'appelait Hirondelle.

    Les accords étaient établis entre les  deux familles et le jour du mariage arriva. Les deux époux ne s'étaient jamais vus. Jamais et lorsqu'elle enleva son voile rouge, signe de bonheur, les mariés  se regardèrent et restèrent sans joie particulière. L'un et l'autre respectaient leurs familles.  Elle avait emmené pour sa belle famille les cadeaux rituels et pour son époux, un adorable chow-chow noir de 6 mois. Hirondelle guettait sa réaction, ce fut une surprise éclatante : Vaillant Soleil riait en prenant le chiot dans ses bras. D'un geste, il fit signe à son ami qui vint avec une chienne chow-chow noir de deux ans, une femelle qui de suite lécha les mains d'Hirondelle.

    De guindé et impassible, le jeune couple se sourit et le soir, au fond du lit, avant de devenir amants, ils parlèrent de chasse, chevaux où tout deux excellaient à sauter en selle sur un cheval qui passait au galop. C'est pourquoi, ils tinrent à se faire représenter en costume de mariage, avec leur chapeau de zibeline, et surtout leurs deux chow-chow. Comment le tableau se retrouva dans une brocante, l'histoire ne le dit pas.

     

     

    note :

    j'ai été passionnée par la vue de cette estampe. J'ai passé beaucoup de temps à essayer de trouver des indices. Les chow-chow étaient des animaux de chasse et ont longtemps été inconnus des Européens. Les Mandchous portaient la tresse qu'ils ont imposée aux Chinois.  Chez nous est affichée une belle reproduction d'un cavalier chinois/mandchou dont le cheval fait un saut magnifique dans le vide qui aurait pu être Vaillant Soleil. 

     

    défi 216

     

     

     


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